De Iouri Andropov à Vladimir Poutine : une étrange communauté de destin

Je rappelle que nous sommes occupé(e)s à essayer de cerner la continuité politique qu’il y a, peut-être, entre Iouri Andropov, président du KGB entre 1967 et 1982, et Vladimir Poutine qui appartiendra durant seize années au même organisme (1975-1991), avant de devenir, pendant un peu plus d’un an (juillet 1998 – août 1999), le patron du successeur de celui-ci : le FSB…

Iouri Andropov (1914-1984)

Nous avions précédemment appris que Iouri Andropov jeune avait été partie prenante dans les purges intervenues à la fin des années trente pour préparer l’URSS au choc terrible qui s’annonçait depuis la prise du pouvoir, en Allemagne, d’Adolf Hitler à la fin du mois de janvier 1933.

« Stalinien » de stricte obédience, il est frappé par le décès, survenu le 5 mars 1953, du « petit père des peuples ». C’est ce que nous rapporte Andreï Kozovoi :
« Comme avec Brejnev qui doit sa promotion à Staline et connaît après la mort de celui-ci une petite traversée du désert, Andropov se retrouve mis sur la sellette en 1953. Il doit sa survie (politique) à Molotov, redevenu ministre des Affaires étrangères. Commence alors une nouvelle phase de sa vie : à 39 ans, Andropov est pressenti pour un poste à l’ambassade soviétique au Danemark. Il est finalement envoyé en Hongrie, où il sera nommé ambassadeur en 1954. » (Kozovoi, page 40)

À peine Nikita Khrouchtchev aura-t-il sonné la charge contre la mémoire de Joseph Staline en dénonçant, dans les marges du XXe Congrès du Parti communiste d’Union soviétique (février 1956),  le « culte de la personnalité » dont celui-ci avait fini par faire l’objet, culte qui n’exprimait que l’adhésion du peuple soviétique à la politique bolchevique menée depuis la mort, le 21 janvier 1924, de Vladimir Ilitch Lénine, que les forces contre-révolutionnaires déjà très présentes en Hongrie tout particulièrement entraient en action. Ainsi, comme le rappelle Andreï Kozovoi
« […] lorsque, le 23 octobre 1956, des manifestations appelant à la fin du régime communiste virent à l’insurrection à Budapest, Andropov demande l’intervention des troupes soviétiques. Depuis des mois, il intoxique le Comité central en affirmant que les réformateurs hongrois, Imre Nagy en tête, sont des marionnettes de la CIA. » (Kozovoi, page 40)

Était-ce vrai, était-ce faux ? Pour l’instant, nous n’avons pas encore à en juger. Mais sans doute est-ce le lieu de citer Vladimir Poutine pour ce dont il a été le témoin privilégié, un peu plus d’une trentaine d’années plus tard, lors d’événements comparables survenus en Allemagne de l’Est, au temps de la glasnost et de la perestroïka dues à celui qu’il ne faut jamais manquer de rapprocher de Nikita Khrouchtchev : Mikhaïl Gorbatchev.

Placés dans ce contexte, ces propos datés de l’an 2000, et rapportés par Frédéric Pons, s’ils sont pour nous une redite, nous aiderons à fixer certaines coïncidences très significatives. Voilà donc ce qu’a vécu le lieutenant-colonel Poutine lorsqu’il était en service à Dresde, peu de temps avant l’ effondrement de l’Union soviétique qu’avaient tellement espéré les adversaires de Iouri Andropov à Budapest durant l’automne de 1956 :
« Personne à Moscou ne lit nos rapports. Ne les avons-nous pas avertis de ce qui allait se passer ? Ne leur avons-nous pas donné des recommandations sur ce qu’il fallait faire ? Il n’y a pas eu de réaction. » (Cité par Pons, page 75)

Ainsi Vladimir Poutine n’a-t-il pas eu à affronter à Dresde en janvier 1990 ce que son prédécesseur a dû affronter, plus de trente ans plus tôt, à Budapest, toujours selon ce que Andreï Kozovoi nous en dit :
« Andropov peut donc être considéré comme l’un des principaux instigateurs de l’opération Rafale, l’invasion soviétique de la Hongrie qui se solde en novembre par 2.700 morts et 19.000 blessés côté hongrois. Enfermé dans son ambassade pour ne pas subir le sort des agents du KGB, lynchés par la foule, Andropov reste marqué à vie. » (Kozovoi, page 41)

Dans le contexte qui a été le sien, on peut compter sur Vladimir Poutine pour ne plus jamais perdre de vue la terrible humiliation de la non-réponse soviétique en 1990 à un adversaire que lui connaissait bien… mais que Mikhaïl Gorbatchev avait décidé de ne surtout pas voir…

Si Vladimir Poutine n’avait pu que fuir sans gloire, et après avoir détruit jusqu’aux dernières traces d’un travail de plusieurs années dans un poêle de fortune, son prédécesseur avait connu le sort d’un vainqueur :
« Le travail d’Andropov en Hongrie ne passe pas inaperçu. En 1957, grâce à la recommandation du successeur de Molotov, Andreï Gromyko, il se glisse à la tête du département des Pays communistes du Comité central. Toujours protégé par Kuusinen, alors secrétaire du Parti et vieux sage, Andropov monte dans la hiérarchie et devient secrétaire à son tour, en 1962. » (Kozovoi, page 41)

Mais, si nous y regardons de plus près, nous pouvons constater que l’élève a fini par rejoindre puis par dépasser le maître dans des délais finalement plus que surprenants.

En effet, après 1956, Iouri Andropov devrait attendre onze années pour devenir le patron du KGB (1967), tandis que Vladimir Poutine obtiendrait la direction du FSB (1998) huit ans seulement après les avanies allemandes de 1990…

Mieux, deux ans plus tard (2000), le cadet atteignait le sommet de l’État russe, tandis qu’il aura fallu quinze ans pour que son aîné soit porté, lui, à la tête de l’Union soviétique (1982)…

Autres temps, et autres dimensions… D’un certain point de vue, il n’y a rien de comparable dans les deux situations… Les deux pays sont aussi différents qu’il est possible de l’être.

Et surtout, il y a ceci…

Au bout d’un an et trois mois (12 novembre 1982 – 9 février 1984), Iouri Andropov mourait, pour laisser la place à Mikhaïl Gorbatchev… Nous connaissons la suite.

Seize après sa première élection à la présidence de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine est toujours là… Nous nous interrogeons sur l’aboutissement que tout ceci pourrait avoir.

Sans doute, pour mieux le voir venir, aurions-nous intérêt à bien comprendre ce qui s’est réellement passé entre l’arrivée de Iouri Andropov à la tête du KGB (1967) et la venue au pouvoir suprême de Vladimir Poutine (2000)…

Michel J. Cuny

NB : Pour entrer davantage dans la réflexion conduite ici, et l’étendre à des questions bien plus vastes, je recommande que l’on s’inscrive dans le groupe « Les Amis de Michel J. Cuny (Section Vladimir Poutine) » sur Facebook.

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