Été 1932 : Adolf Hitler et Joseph Goebbels aux abords de la guerre civile…

Le mariage de Joseph Goebbels avec Magda (ex-épouse de l’homme d’affaires Günther Quandt, dont il paraît qu’il était l’un des hommes les plus riches d’Allemagne) avait eu lieu le 19 décembre 1931. Gros événement, bien sûr, et tout spécialement pour un « socialiste » de la trempe du chef de la propagande d’un parti national-socialiste qui avait désormais le vent en poupe.

Dès le 3 janvier 1932, le bel attelage reçoit une assez forte secousse :
« Le soir, première dispute avec
Magda. Pour des broutilles. Jusqu’à ce qu’elle claque les portes en criant qu’elle se fait traiter comme un chien. Il faut, bien sûr, qu’elle retire ce qu’elle vient de dire, et je suis résolu à aller jusqu’au bout. Puis, tout de même, elle cède. Et ensuite, tout repart du bon pied. Mais il faut que nous fassions tous les deux nettement plus attention. Deux mauvaises têtes ne peuvent rester ensemble que si elles font preuve de ménagements l’une envers l’autre. » (Idem, page 616)

La suite du relevé effectué par le jeune époux est un peu plus rugueuse (et plus significative ?) :
« 
Magda a besoin qu’on la dompte. Elle a peut-être eu trop de liberté jusqu’à présent. Ça ne va pas tarder. » (page 616)

Or, vingt jours plus tard, le 23 janvier 1932, voici enfin une excellente nouvelle qui vient donc colmater assez rapidement la petite brèche. Et cela est tout simplement dû à l’ancien autre amoureux de Magda
« Le Chef me propose mon prochain poste : il est prévu que je devienne ministre de l’Education populaire. Cinéma, radio, école, université, art, culture, propagande. Le ministère de l’Instruction publique de Prusse me sera rattaché. Un vaste projet. Je vais me mettre à en élaborer les fondements : puis le travail pourra commencer. Le Chef est enthousiasmé par mes plans.
Magda ne l’est pas moins. Nous en débattons longuement. Tout est au mieux. Le Chef nous apprécie beaucoup tous les deux. » (Idem, page 623) 

Retour aux travaux pratiques ordinaires… Par exemple le 28 mai 1932 au Landtag de Prusse…
« En séance plénière, un débat dégénère en échauffourée.
Schulze se fait traiter d’assassin. Pieck fait de la provocation sans mesure. Le communiste Frenken frappe Hinkler au visage : c’est le signal de l’attaque. Brève mais violente : jets d’encriers et de chaises. En trois minutes, nous sommes seuls dans la salle, la « Commune » et les autres partis se sont fait repousser violemment vers la sortie. Le groupe chante le Wessel-Lied. Huit blessés graves appartenant à différents partis. C’était un avertissement pour l’exemple. Il nous assure le respect. Pagaille sans remède. Nous sommes les vainqueurs. » (Idem, page 655)

Joseph Goebbels frémit d’aise :
« L’aspect de la salle des séances est terrifiant. C’est très bien ! La force brutale contre la provocation insolente. C’est la seule chose qui les impressionne. Les journaleux juifs commencent déjà à rôder autour de nous. Pleins de déférence. » (Idem, page 655)

Et n’hésite pas à tirer immédiatement de cette petite « affaire » la leçon qui lui paraît s’imposer :
« La presse se montre très docile. Comme quoi une bonne bagarre peut être salutaire ! Tous conviennent qu’on nous a attaqués et que nous sommes les vainqueurs incontestés dans cette affaire. » (Idem, page 655)

Le vocabulaire du chef de la propagande se transforme assez sensiblement de jour en jour, en même temps que le sang coule de plus en plus abondamment…
12 juillet 1932 :
« L’après-midi, en route. A travers la populace déchaînée, à Düsseldorf et Elberfeld. Un trajet fou. » (Idem, page 666) 
« Les assassins rouges se déchaînent dans le pays. Le gouvernement regarde. Dix-sept morts pour la seule journée de dimanche. Où cela nous mène-t-il ? » (Idem, page 667)
14 juillet 1932 :
« On ne se déplace qu’au péril de sa vie dans la région de la Ruhr. D’abord, direction Eberfeld. En voiture anonyme. La populace se déchaîne dans la rue. Mais tout va bien. Je prends la parole au stade devant 30 000 personnes. » (Idem, page 667)
« Nouveau départ, dans une autre voiture et par des chemins détournés, direction Oberhausen. De nouveau, la populace dans la rue. Je parle bien, devant 20 000 personnes. » (Idem, page 667) 

Mais, par contre… et toujours le 14 juillet 1932…
« À l’hôtel. Toute la belle société de Theydt. Long entretien avec
Terboven : dans la région de la Ruhr, nous sommes au bord de la guerre civile. Il veut regrouper tous les pouvoirs dans sa main. Il a tout à fait raison : il est le seul qui puisse préparer correctement le terrain. Je plaiderai pour cela auprès de Hitler. » (Idem, page 667)

Ce qui ne permet pas d’oublier que… 
« Depuis ce matin, de bonne heure, la populace fait du tapage alentour. » (Idem, page 667)

Le 18 juillet 1932, il devient de plus en plus clair aux yeux du chef de la propagande du parti nazi que l’État allemand va devoir assez rapidement se décider en faveur de l’un ou l’autre camp, et tout particulièrement par l’intermédiaire du ministre de l’Intérieur :
« Des nouvelles terrifiantes arrivent d’Altona. Le KPD attaque nos gars. Quinze morts et cinquante-neuf blessés graves. Deux morts de notre côté. C’est la guerre civile ! Quand M.
von Gayl va-t-il intervenir ? » (Idem, page 668)

Et voici que, le 31 juillet 1932, les résultats des élections au Reichstag tombent comme la foudre : le parti national-socialiste passe de 107 à 230 sièges !… Dès le lendemain, le « socialiste » Joseph Goebbels écrit dans son Journal :
« […] c’est maintenant que nous devons prendre le pouvoir et éradiquer le marxisme. D’une façon ou d’une autre ! Il faut faire quelque chose. Le temps de l’opposition est terminé. Maintenant, des actes !
Hitler est aussi de mon avis. Il faut d’abord que les résultats soient clairs, puis il faudra prendre des décisions. Nous ne parviendrons pas à la majorité absolue de cette façon. Il faut donc prendre un autre chemin. Nous sommes devant de délicates résolutions. » (Idem, pages 669-670)

… qui ne tardent guère à produire quelques résultats (2 août 1932)…
« Hier : à Königsberg, attentat contre des chefs rouges. Deux communistes tués. C’est donc parti. Cela peut devenir guilleret. » (Idem, page 670)

Ça dépend, évidemment, pour qui…

Michel J. Cuny

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