Deux soupirants pour la belle Magda : Joseph Goebbels (34 ans) et Adolf Hitler (42 ans)

Entre Goebbels et sa fiancée, au tout début du mois de septembre 1931, rien ne va plus !… Pourtant, dans les jours précédents, le chef de la propagande – inquiet de l’étrange comportement de Magda et d’Adolf – était prêt à ne pas trop se fâcher contre celui-ci. Le 26 août, il avait écrit dans son Journal :
« Je souhaite au Chef une femme qui ait du cœur et de l’aménité. Cela lui manque tant. » (Idem, page 577)

Certes, la femme en question ne pouvait tout de même pas être sa dame de cœur, celle qu’il n’allait pas tarder à épouser tandis que lui-même avait déjà 34 ans ! Magnanime, donc, jusqu’à ce que, le 4 septembre, il en apprenne de bien belles…
« Appel de
Magda. Le Chef l’a appelée et s’est invité à dîner. Le félon ! Tu viens quand tu veux !
Nuit épouvantable, jalousie torturante ! » (Idem, page 578)

Jusqu’à quel point compte-t-on se jouer de lui…
« Déjeuner avec
Magda. Beaucoup parlé. Elle se moque du Chef, qui est de nouveau au Kaiserhof avec toute sa clique de félons. Ces éternelles réunions ! » (Idem, page 578)

Le reste de l’environnement partisan n’est guère réjouissant :
« 
Göring se répand partout en chicanes. Horrible ! Un balourd gros et gras. Le vide du Parti. L’ordure s’y accumule. » (Idem, page 579)

Sur le grill, le prétendant à la main de Magda rentre au bercail en se demandant si c’est du lard ou du cochon… Et il y a effectivement de quoi…
« À la maison. Il faut que
Magda invite le Chef et l’informe de notre situation commune. Sinon, une stupide jalousie risque de s’installer entre nous. Il a été très gentil avec moi aujourd’hui. » (Idem, page 579)

Du côté de son « socialisme », la guerre de classes est plus que jamais à l’ordre du jour (10 septembre 1931) :
« Réaction des communistes : attaque d’un local de la SA à Kreutzberg. Nous avons un mort et quatre blessés graves. Découvrons-nous ! Deuil et fureur. Puis, de nouveau, continuons d’avancer ! » (page 579)

Et le 16 septembre 1931, voici déjà arrivé le temps de la paix des braves… D’abord sur le terrain politique…
« Quand et comment arriver au pouvoir ? C’est la grande question.
Hitler mène les tractations. Je travaille dans le peuple. Complémentarité ! » (Idem, page 580)

Et puis sur le terrain même de… l’amour…
« 
Hitler me demande ensuite de sortir avec lui, et il est alors très émouvant. L’ami et le frère. Ange gardien, dit-il. Il aime Magda, mais il me laisse mon bonheur. « Une femme aussi intelligente que belle. Elle ne va pas vous entraver, mais vous pousser en avant. » Il me serre les mains et il a des larmes dans les yeux? Soyez heureux ! Je lui suis infiniment reconnaissant. Il dit beaucoup de bien de moi. Mon brave camarade et Führer ! » (Idem, page 581)

Après avoir eu l’une des plus grandes peurs de sa vie, le chef de la propagande nazie mesure l’ampleur de la victoire qu’il vient de remporter sur un adversaire décidément malheureux…
« Il est assez résigné. Le bonheur ne lui sourit guère. Pauvre, cher Hitler ! Je te serai toujours fidèle ! Lui aussi cherche une bonne amie qu’il puisse ensuite épouser. Moi, j’ai trouvé
Magda. Veinard. Les rapports entre nous trois seront excellents. Il sera notre ami le plus fidèle. Les larmes me viennent. Au revoir, Hitler ! […] J’ai un peu mauvaise conscience de le laisser partir ainsi. Mais il me souhaite tout le bonheur possible, et des larmes remplissent ses grands yeux étonnés. Je suis très fier de Magda. » (Idem, page 581)

Regonflé à bloc, Joseph Goebbels reprend immédiatement le harnais du « socialisme ». Nous sommes le 3 octobre 1931 :
« Rencontre avec ces messieurs de l’industrie. De la chambre de commerce de Chemnitz. Ce sont des gens perdus. Ne pensent et ne parlent qu’économie, barèmes, salaires. Ne voient en nous que des gardiens de coffres-forts ; ils vont être déçus. Je leur dessille les yeux. » (Idem, page 588)

Cependant, huit jours avant son mariage, Joseph Goebbels inscrit ceci dans son Journal (11 décembre 1931) :
« Reçu le Dr
Völter, des gens de chez Mercedes. Nous allons nous engager davantage encore aux côtés de l’industrie automobile. » (Idem, page 607)

Tandis que, dans une note placée à la page 835, les éditeurs nous indiquent que…
« Les services commerciaux de la marque Mercedes, de la firme Daimler-Benz, ont souvent accordé des conditions d’achat généreuses à divers chefs nazis. »

Or, à la même date, le Journal paraît confirmer cette nouvelle orientation du national-socialisme :
« Chef très gentil. Et vif, en bonne santé. Il a parlé aux chefs de l’industrie de Rhénanie-Westphalie. Ils sont désormais tous convaincus que nous allons marcher. » (Idem, page 607)
… et sans doute pas contre eux…

Et voici Joseph et Magda époux et épouse… au soir du 19 décembre 1931… Mais quinze jours plus tard, il y avait déjà du grabuge…

Michel J. Cuny

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