À peine fiancé, le « socialiste » Joseph Goebbels allait-il perdre Magda au profit du « nationaliste » Adolf Hitler ?

De fil en aiguille… Nous avions d’abord appris que l’un des promoteurs – et peut-être le principal – de cette « économie sociale de marché » dont l’actuelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, nous a dit qu’elle fait désormais partie de l’héritage européen, n’était autre qu’un ancien membre du parti national-socialiste, Alfred Müller-Armack… « National-socialisme » et puis économie « sociale » de marché… Y aurait-il un rapport ? Et de quelle sorte ?

Paradoxalement, pour bien comprendre le pourquoi de ce vocabulaire dans l’une et l’autre de ces deux configurations, le mieux était sans doute de nous tourner vers… Joseph Goebbels. Son Journal est une véritable initiation à un « socialisme » qui a pu se trouver effectivement associé aux crimes les plus monstrueux qu’aura connus l’humanité : ceux qui seront venus frapper, à l’intérieur même de la Seconde Guerre mondiale, la patrie du vrai socialisme : l’URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) à travers la mort de 27 millions d’êtres humains : hommes, femmes, vieillards et enfants…

Alors que nous avons, pour l’instant, étudié la période qui va du 15 juin 1925 au 22 avril 1931, nous avons vu l’indéfectible attachement, pour un certain « socialisme », de celui qui serait bientôt, aux côtés d’Adolf Hitler, le principal héraut des crimes nazis, attachement maintenu au risque même de rompre avec le nazisme tel qu’il lui semblait le voir se couper de son « socialisme » à lui…

Il y aura eu, certes, cette petite accalmie du 17 décembre 1930, qui résultait de l’acquiescement du futur dictateur à la définition fournie par son chef de la propagande : « Le socialisme, c’est la subordination du concept d’individu au concept de peuple. »

Où placer le grand patronat et la finance dans cette formule particulièrement dépouillée ?… Du côté des « individus » subordonnés ?… Sinon, qu’en faire ?

En tout cas, au mois d’avril 1931, Joseph Goebbels est tout à fait sûr de ne jamais aller plier le genoux devant eux, et pas plus à Munich – vers quoi Adolf Hitler jetait des regards un peu trop complices – qu’ailleurs… Plutôt rompre !… Rien que momentanément, peut-être… Mais rompre tout de même !…

Le 28 avril 1931, c’est fait : l’ultimatum va être lancé. Gentiment, sans doute, mais non sans fermeté. Le bon Joseph nous propose d’en être les témoins…
« Lundi matin à 9 heures, entretien avec le Chef. Je lui brosse un tableau du Gau de Berlin et de son évolution. Je lui expose en particulier les raisons spirituelles de la crise qui s’éternise en Allemagne du Nord. Le Parti doit devenir plus prussien, plus actif et plus socialiste. Il me comprend, mais il a toujours des arrière-pensées tactiques. Je réussis quand même à le convaincre de venir plus souvent à Berlin et d’accorder une attention plus soutenue à la question du socialisme. » (Idem, page 549)

Goebbels a effectivement brandi son drapeau, tout en sachant ce que valent les promesses du… Chef. Et puis, il a même osé poser la question qui aurait pu fâcher. C’est lui-même qui le précise, tandis que nous voyons qu’elle est tombée complètement à plat :
« Je lui pose alors la question de confiance, et il se range entièrement de mon côté : « Berlin vous appartient et il doit en être et en rester ainsi ! » » (Idem, page 549) 

Traduction : fais ton petit socialisme à Berlin, si tu veux… et ne viens pas me casser les pieds à Munich, par exemple !…

Pour nous détendre un peu, faisons maintenant un petit tour dans l’état-major nazi…
10 juin 1931 :
« 
Göring n’est qu’un bravache fainéant. Il veut avoir de l’influence, mais pas de responsabilités. » (page 559)
30 juin 1931 :
« 
Himmler me hait. Désormais, je vais travailler à sa perte. Cette bête à cornes sournoise doit disparaître. Même Göring est d’accord avec moi sur ce point. » (page 563)

Cependant, Joseph Goebbels ne perd toujours pas le fil de sa préoccupation principale, et le voici qui attaque au su et au vu de tout le parti –  dont il est l’une des voix officielles – et des Allemandes et Allemands qui en lisent la presse… Nous sommes le 15 août 1931 :
« Ma déclaration de guerre à la bourgeoisie fait l’objet de violentes critiques. Même, à voix basse, chez certains militants de second ordre. Mais la Garde se tient derrière moi. Et c’est bien là l’essentiel. » (Idem, page 573)

Socialisme, en avant toute !…
« La semaine prochaine, je vais lancer le nouveau mot d’ordre : « Pénétrons dans les entreprises ! » » (Idem, page 573)

Et c’est tout juste à ce moment-là qu’une affaire plutôt fâcheuse se met en travers de la route du « socialiste » Joseph Goebbels… (26 août 1931) :
« Un torchon, la Berliner Tribüne, publie un article immonde et abject sur moi. Selon eux, j’aurais une liaison avec une prostituée municipale bien connue à Berlin. Il n’y a pas un mot de vrai dans ce torchon. » (Idem, page 577)

Eh bien, nous allons bien voir ce que nous allons voir !…
« J’attrape six gaillards de la SA, les fais monter dans l’auto et nous partons pour la rédaction en question afin d’aller rosser le salopard. Malheureusement, le nid est vide. Cela n’empêche pas les SA de faire un esclandre. Et je finirai bien par rattraper ce chien. » (Idem, page 577)

Sans doute n’était-ce effectivement que partie remise… En tout cas, pas nécessaire de trop espérer pour entreprendre… Sans doute y va-t-il du « socialisme » !…
« Les SA sont aux trousses du salopard de la Tribüne. Nous n’allons pas tarder à lui mettre la main au collet. » (Idem, page 577)

Et puis, soudain, un terrible pincement au cœur à propos de la future épousée (rien que quatre mois à patienter encore)…
« 
Magda affiche une attitude quelque peu compromettante vis-à-vis du Chef. J’en suis malade. Magda n’est pas parfaitement dame. Je ne ferme pas l’œil de la nuit. Il faut que je procède à certains ajustements. Elle n’est, je le crains, pas sûre en matière de fidélité. Ce serait terrible. » (page 577)

Décidément, tout s’emmêle !… Mais jusqu’où donc cela va-t-il pouvoir aller ?…

Michel J. Cuny

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