1931 : la porte de sortie du parti national-socialiste est en vue pour le « socialiste » Goebbels…

Toujours tenaillé par le souci de maintenir sa fidélité au « socialisme », Joseph Goebbels se dit qu’il a peut-être trouvé une solution idéale qui ne le couperait pas de la ligne politique empruntée par le Chef. Nous sommes le 17 décembre 1930 :
« Je trouve une définition excellente du concept de socialisme.
Hitler est enthousiaste et très gentil avec moi. « Le socialisme, c’est la subordination du concept d’individu au concept de peuple. » On l’ajoute au programme. » (Idem, page 521)

Deux mois et demi plus tard, le 6 mars 1931, petit coup de déprime…
« Hier : long entretien avec le Chef. La situation politique. Il est, selon moi, trop mou et trop enclin au compromis. » (Idem, pages 536-537)

Cependant, peu à peu le programme d’action immédiate qui doit accompagner cette prise de pouvoir qui paraît ne plus être très éloignée se déploie dans une direction qui ne plaît pas au chef de la propagande qui en tient toujours pour les nationalisations qu’il avait évoquées dès 1926. Le responsable des questions économiques, Hierl, préférerait laisser les grands travaux aux mains d’un secteur privé qui recourrait au crédit… Le 16 mars 1931, Joseph Goebbels se redresse de toute sa petite hauteur :
« Je polémique avec la plus grande sévérité contre le nouveau programme économique de
Hierl et Wagener, qui en est au stade préparatoire. Plus aucune trace du socialisme. Je me suis également insurgé là contre, dans un exposé envoyé à Munich. Göring est esclave des circonstances. Pauvre socialisme ! Mais je ne renoncerai pas. Le Parti est à un tournant décisif. Les socialistes doivent être sur leurs gardes. Nous ne voulons pas l’avoir été pour rien. » (Idem, page 538) 

Vraiment très courroucé, Joseph Goebbels se prépare, dès cet instant, à lutter de toutes ses forces, et jusqu’à affronter le « dictateur » de demain. C’est que, selon lui, une faute politique fondamentale est en voie d’être commise par le parti national-socialiste :
« Discuté encore longtemps à la maison avec
Willi Hess. Sujet : Munich. Partout un grand scepticisme. Hitler n’a aucune idée de l’humeur des masses. La prochaine fois, je lui mettrai les points sur les « i ». » (Idem, page 538) 

Le 29 mars 1931, il estime que, déjà, la catastrophe est à la porte :
« Mon scepticisme était justifié. En raison des événements récents,
Hindenburg promulgue une ordonnance d’urgence fondée sur l’article 48 : la Constitution est suspendue. Les réunions sont soumises à autorisation, c’est-à-dire interdites. Affiches et tracts doivent passer à la censure. Loi martiale. C’est la dictature pour Jung. Et Brüning est l’ami de Göring. A notre santé ! Vive la légalité ! À vomir ! » (Idem, page 540)

Et il tire la leçon de toute cette affaire qui exige du parti nazi qu’il se corrige jusqu’à son sommet, dans ses méthodes et dans sa ligne politique d’ensemble :
« Il nous faut maintenant inventer d’autres méthodes de travail. Cela va être très difficile. A quoi vient s’ajouter la double crise au sujet de la SA et du socialisme. On a quelque raison d’être tristes
. Nous avons commis beaucoup de fautes. Surtout, nous nous sommes trop compromis avec l’ennemi. Aujourd’hui, il nous berne. C’est la faute de Göring. Nous devions rester menace de malheur, énigme de sphinx. Maintenant, nous sommes démasqués. Ce sont aussi nos hommes. Virer de bord, toute ? Revenir à l’opposition systématique. Combat, travail ! De l’action – pas de transaction ! » (Idem, pages 540-541)

Cependant, ce combat-là n’est pas pour tout de suite. Une grosse révolte se produit à l’intérieur du parti : elle met en cause une tentative d’autonomisation de la direction des SA de Röhm qui représentent, par ailleurs, la base populaire et assez largement émeutière du national-socialisme qu’il s’agit de ne pas perdre… Le chef de la propagande n’hésite pas une seule seconde. Nous sommes le 2 avril 1931 :
« Pour moi, je n’ai plus de questions à me poser : je reste fidèle à
Hitler. En dépit de toutes les critiques. » (Idem, page 541)

À nouveau, au beau milieu de circonstances très particulières, il rejoint son ancienne idole :
« Bon. Il faut donc se battre, et même si cela doit durer six mois. Je reste avec
Hitler. […]. On veut m’attirer à Berlin. Je n’y songe pas. Je vais partir avec Hitler pour Munich, où je préparerai tranquillement ma contre-attaque. Daluege est à Weimar. A fond pour le Chef. » (Idem, page 541)

La base d’un certain « socialisme » ne sera pas perdue. Dès le 4 avril, Joseph Goebbels peut écrire dans son Journal :
« Les SA reviennent au Parti par bataillons entiers. La révolte est finalement écrasée. » (Idem, page 543)

Cependant, c’est bien le côté « Munich » qui l’a emporté, laissant Joseph Goebbels dans un très grand embarras qui apparaît le 22 avril 1931 :
« Ce midi, conversation décisive avec
Schulz et le Dr Hunke. Hunke a peur du socialisme, qui lui pose problème. Schulz l’approuve. Prusse, Prusse ! Munich ne soupçonne même pas ces problèmes. » (Idem, page 548)

Or, qu’est-ce donc que Munich pour le « socialiste » Goebbels, et le « socialiste » Goebbels pour Munich ?… Le chef de la propagande ne peut plus s’y tromper… Il comprend qu’il est lui-même désormais en danger (22 avril 1931, toujours) :
« À Munich, on intrigue contre moi à toute force. Pour ces bonzes grassouillets, je suis toujours le bouc émissaire et ils voudraient bien me chasser dans le désert. J’exposerai le problème. Je ferai rapport demain à Hitler, puis je poserai la question de confiance : dans les conditions actuelles, le Parti ne marche plus. Si
Hitler ne cède pas du terrain à la pression des socialistes, je pars pour six mois en vacances. » (Idem, page 548)

Il y aurait pourtant une autre solution, mais…
« Pas question que j’aille à Munich pour m’y embourgeoiser. Je reste à Berlin.
Hunke et Schulz sont totalement de mon avis sur ce point. Mais je peux fort bien me taire une fois pendant six mois, partir pour l’étranger ou aller… en prison. Et revenir ensuite. » (page 548)

Décidément, l’affaire Goebbels est très mal engagée…

Michel J. Cuny

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