Peut-on déterminer ce que l’opposition à Joseph Staline avait toujours voulu obtenir ?

Selon lui-même, ce serait pour rester dans la ligne des vingt années qu’il vient de passer au service de l’État soviétique, qu’en 1937, Alexandre Barmine aurait décidé d’envoyer sa démission et de partir tout à coup pour la France… où il sait qu’il ne sera décidément pas seul :
« À Paris, je rencontrai Victor Serge, que j’avais connu en 1927, à Léningrad, déjà opposant, déjà écarté de l’activité politique dans l’Internationale communiste, écrivant tranquillement ses livres avant d’aller en prison. » (Idem, page 54.)

À nouveau, nous voici en présence d’un « opposant »…, et nous découvrons bientôt qu’il y a, dans la capitale française, différents personnages qui le sont, eux aussi…
« Je rencontrai Fedor Dan. Je le connaissais bien de nom comme l’un des chefs des socialistes menchéviques. » (Idem, page 55.)

Il s’agit là d’un adversaire déterminé de la politique que Lénine aura menée en octobre 1917… Ce qui ne l’empêcherait d’ailleurs pas de retourner en Union soviétique dès 1941 pour participer à la lutte contre l’Allemagne hitlérienne.

Autre retour vers le passé, et  cette fois-ci à travers un adversaire déterminé de Joseph Staline :
« Mon vieil ami Boris Souvarine (de qui je gardais, depuis 1922, le meilleur souvenir pour un témoignage énergique et chaleureux dans une minute difficile) m’a retrouvé. » (Idem, page 55.)

Enfin, ce personnage dont le nom ne dit pas immédiatement qui il est :
« Un homme jeune encore, négligemment vêtu comme un ouvrier parisien, prématurément fatigué, mais plein de vie, l’esprit aiguisé, le rire prompt et cordial, vient me trouver : Léon Sédov » (Idem, pages 55-56.)

Il s’agit effectivement du troisième fils de Léon Trotski

Quittant cette époque-là de sa vie, Barmine nous emmène avec lui en Ukraine, à Kiev, entre fin décembre 1917 et début janvier 1918… où, alors qu’il est âgé de dix-huit ans et demi, il est témoin d’un événement dramatique qui s’inscrit dans la suite immédiate de la Révolution bolchevique d’Octobre 1917 :
« Les bolcheviks tenaient depuis trois mois déjà ; on s’attendait d’un jour à l’autre à leur effondrement. » (Idem, page 79.)

La population locale s’inscrivait dans l’ensemble de la dynamique révolutionnaire alors en cours sous l’autorité des instances centrales où nous allons immédiatement retrouver trois personnages qui apparaissent dans des rôles tout à fait précis. Mais reprenons tout d’abord les propos d’Alexandre Barmine sans encore savoir de quel côté il se situe  par rapport aux combats en cours :
« Dans le bassin du Donetz, les mineurs bolcheviks prenaient le pouvoir et formaient des troupes rouges. » (Idem, page 79)

La situation paraît confuse…
« La Rada publiait des communiqués sur la résistance victorieuse de son armée, mais la rumeur publique disait que les Ukrainiens reculaient devant une armée rouge. Brusquement, le canon tonna, en pleine ville. De nouveau, l’arsenal s’était insurgé. » (page 79)

C’est alors qu’il faut introduire ce document qui montre la place qu’occupaient les événements en cours à Kiev dans la stratégie d’ensemble du pouvoir soviétique occupé à mener d’âpres discussions pour obtenir que les combats cessent au plus vite avec l’Allemagne, ce qui représentait un engagement pris par les bolcheviks devant l’ensemble de la population conduite désormais par le pouvoir des Soviets. Il s’agit de ce que l’Histoire a retenu sous le titre de Conversation par fil direct avec L. Trotski, président de la délégation de paix soviétique à Brest-Litovsk, le 3 (16) janvier 1918.

Nous y lisons ceci que je livre dans son entièreté (entre crochets, l’ancien et le nouveau calendrier) :
« 1. – [3 (16) janvier 1918] Ici, Lénine. Je viens seulement de recevoir votre lettre. Staline n’est pas ici et je n’ai pas encore pu la lui montrer. Votre plan m’apparaît discutable. N’est-ce pas possible d’ajourner quelque peu seulement, sans application définitive, et de n’adopter la décision finale qu’après la séance spéciale du Comité exécutif central qui aura lieu ici ? Dès que Staline sera de retour, je lui montrerai à lui aussi votre lettre. Lénine.
– Je voudrais prendre conseil de Staline avant de répondre à votre question. La délégation du Comité exécutif central ukrainien de Kharkov qui m’a assuré que la Rada de Kiev est à l’agonie, part aujourd’hui pour vous rencontrer. Lénine.
2. – 
[5 (18) janvier 1918] Staline vient d’arriver ; nous allons examiner la question ensemble et nous vous donnerons aussitôt notre réponse. Lénine.
3. – Transmettez
à Trotski. Prière de surseoir et de venir à Pétrograd. Lénine. Staline.» (Vladimir Ilitch Lénine, Œuvres, tome 26, Éditions sociales 1967, page 449.)

Ici, nous n’avons à retenir que le rôle que Lénine souhaite voir jouer par Staline alors qu’un différend s’élève avec Trotski

Nous allons maintenant  pouvoir passer au témoignage d’Alexandre Barmine… qui va très vite nous dire comment les bolchéviks se comportent, selon lui, sitôt qu’ils prennent le pouvoir… Du moins est-ce ainsi qu’il présente les choses à ses lectrices et à ses lecteurs, en France, alors qu’il s’agit, pour ce dernier pays, de consolider, ou pas, ses relations avec l’Union soviétique pour remédier à l’attaque imminente de Hitler en Pologne…

Note : Selon le site de la Bibliothèque de France, le dépôt légal de l’ouvrage de Barmine est daté du 9 mai 1939, alors que, comme chacun sait, le pacte de non-agression germano-soviétique n’a été signé que le 23 août suivant.

Michel J. Cuny


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