Qui aime bien châtie bien… après coup

Le héros – et ses façons à lui d’agir – ne prennent l’ampleur qu’exige une mise en scène efficace, que pour autant que le défi à relever s’ente sur une situation suffisamment désastreuse. 

Directeur général de Sanofi depuis peu, Chris Viehbacher n’est évidemment pas responsable des délabrements qu’il a dû y découvrir… Mais il paraît que ses tout premiers pas ont eu le mérite d’attirer sur sa personne l’attention des professeurs Even et Debré. Tellement qu’à la fin du « Guide » son nom figure au bas de la page (869) portant le titre : « Remerciements à ceux à qui nous devons tout », avec cette annotation :
« Pour ses efforts de restructuration de Sanofi, après vingt ans d’enlisement. Enfin les fenêtres s’ouvrent. »

Sans doute cet enthousiasme ne peut-il encore valoir que sous bénéfice d’inventaire… C’est ce que la précédente excursion de nos deux professeurs dans le même domaine nous a enseigné (cf. mon ouvrage « Une santé aux mains du grand capital ? – L’alerte du Médiator ») : il leur est apparemment très facile de brûler ce qu’ils viennent à peine de se mettre à adorer.

En effet,  dans le rapport réalisé par eux en 2011 à la demande d’un petit homme de l’Elysée, figurait, parmi les dix-sept personnes auditionnées pour en fournir la matière, un responsable de Sanofi (à l’époque Sanofi-Aventis), et non des moindres puisqu’il s’agissait du Président-Directeur général de la branche française, mais également président du LEEM (Syndicat patronal de l’industrie pharmaceutique) : Christian Lajoux (photographie jointe).

Il paraît qu’en ce temps-là, c’était lui, la possible planche de salut. Voici, en tout cas, comment MM. Even et Debré le faisait intervenir au milieu de ce qu’ils décrivaient déjà comme un champ de désastre :
« Depuis 2 ou 3 ans, l’avenir pourrait s’éclairer. Cette période noire, où l’industrie pharmaceutique a paru parfois oublier sa mission de santé au service des malades, serait aujourd’hui révolue, du moins aux dires de l’industrie elle-même et on ne demande qu’à la croire, parce qu’on l’espère et que son discours, présenté par C. Lajoux, est clairement sincère, lucide et convainquant. »

Brève consécration, puisque, dans le « Guide » – et tout juste sur la page qui fait face à celle où retentit, comme nous venons de le voir, le nom de son patron de chez SanofiChris Viehbacher – voici le sort qui est fait au PDG de la branche française Christian Lajoux (dont on sait que, désormais, il a quitté l’une de ses autres casquettes : la présidence du LEEM – ceci expliquant peut-être cela) :
« Suivent d’évidentes contrevérités de C. Lajoux : « Les premiers contacts avec le nouveau gouvernement auraient permis de recevoir l’assurance de ne pas remettre en cause les accords conventionnels et lui auraient permis d’expliquer que, contrairement aux idées reçues, et documents à l’appui, la consommation de médicaments n’était pas plus élevée en France qu’ailleurs, de façon à dissuader les pouvoirs publics de prendre de nouvelles mesures de limitation en volume. »
Quel aplomb ! A ce niveau, c’est du grand art ! Jamais C. Lajoux ne nous déçoit, jamais. Il sait si bien rassurer ses actionnaires et attirer les investisseurs, car c’est à eux qu’il s’adresse dans Les Echos. » (page 868)

Mais, est-ce vraiment un reproche ?  Rien n’est moins sûr…

Michel J. Cuny


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