Doper Sanofi… mais à quelle fin?

Les professeurs Even et Debré [photographie jointe] ont donc opté pour un soutien sans faille à Sanofi et à son nouveau Directeur général, Chris Viehbacher.

Quelle analyse nous fournissent-ils de la situation actuelle de cette multinationale d’origine française ? Et quelles modifications souhaitent-ils y voir impulsées ?

Tout d’abord, Sanofi s’inscrit dans le cadre général de l’industrie pharmaceutique nationale. Elle en partage les travers dont le moindre n’est pas celui-ci :
« A la question : « L’industrie pharmaceutique française existe-t-elle ? », la réponse pourrait être bientôt qu’elle n’existe plus. » (page 118) 

En admettant que, grâce à la vigueur toute spéciale de Chris Viehbacher, Sanofi puisse éviter, plus tard, de partager elle aussi ce triste sort, voici le descriptif sans complaisance que dressent MM. Even et Debré de ce qui subsiste aujourd’hui de l’industrie pharmaceutique française :
« Plus de 100 firmes, dispersée, balkanisée, archaïque, attardée, distancée et coupée de toute recherche, stérile depuis trente ans, sans la plus petite percée qui vaille, seulement capable de dupliquer, emprunter, copier les inventions étrangères. Intrigante et corruptrice d’un monde médical parfois aussi vénal qu’elle. » (page 118) 

Comme on peut le constater, le corps médical laisse lui aussi quelques plumes dans la bataille!… Et avec ces plumes, un peu de la santé de nos concitoyens et concitoyennes. Ainsi la suppression plus ou moins programmée de la quasi-totalité de cette centaine d’entreprises serait un rare bienfait. Et nous voici parfaitement disposés à prononcer la condamnation à mort de ce semblant d’industrie pharmaceutique française qui nous tue à sa façon. Mais !… (page 118)
« Mais elle a trois atouts majeurs qu’il faut préserver : des personnels qualifiés et qui croient à leur mission, un outil de production de qualité, une grande capacité à exporter. »

C’est-à-dire l’essentiel de ce dont il faut disposer pour tenir sa place dans une économie de marché mondialisée !…

Rien n’est donc perdu, si l’on ne perd pas cela, qu’il faut donc ne pas perdre, quel que soit le prix de cette non-perte.

Résumons-nous : (page 118)
« Le problème de cette industrie, c’est ce qu’elle fabrique, mais elle sait fabriquer et vendre. Cet outil doit être sauvegardé. Ce qu’il faut, c’est lui redonner un sens. »

C’est sans doute sur ce dernier point que Chris Viehbacher s’apprête à faire quelques miracles. Mais en attendant, Sanofi n’est pas, elle non plus, très belle à voir, s’il faut en croire nos deux bretteurs de première : (page 119)
« Même Sanofi et, a fortiori, les autres entreprises plus petites, toutes entièrement occupées à faire de l’argent sur la « bobologie » de tous les jours, se sont bornées pour tout projet à annoncer à la presse des blockbusters à 6 milliards de dollars, comme l’Acomplia de Sanofi, qui explosa en vol, ou à clamer pour objectif « le doublement du chiffre d’affaires et le triplement des bénéfices » (Ipsen), en croyant pouvoir bientôt conquérir la Chine […]. »

Et pourtant, n’était-ce pas bien essayé !… Puisque nous sommes dans une économie de marché qui ne peut qu’être une économie du risque, et de la recherche de cette performance que seule permet d’atteindre l’extrême prise de risque? A la façon du vent qui recèle la tempête, le risque n’inclut-il pas, comme sa possibilité nécessaire et suffisante, l’échec retentissant !…

Or, justement, monsieur Chris Viehbacher, en sa qualité de Prince Charmant qui s’en va guerroyer (pour la France ?) jusqu’à l’autre bout du monde, ne va-t-il pas devoir courir les pires risques pour entrer dans la légende que lui destinent nos deux éclaireurs de choc !…

…en songeant peut-être, comme ils l’écrivaient dans la très déterminante et déterminée « Exergue » (page 15) :
« Mais « l’important n’est pas de réussir, mais de savoir échouer avec bonne humeur » (R. L. Stevenson).« 

Michel J. Cuny


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