Des deux façons de se saisir d’un ex-pays socialiste, l’allemande paraît bien être la plus efficace…

Alors que nous étions sur la piste des sources allemandes – ordolibéralisme et économie sociale de marché – de l’intégration économique des PECO dans l’Union européenne, le mémoire de maîtrise présenté en 2007 par Julie Lécuyer a soudainement attiré notre attention sur une possible implication des schémas de transition connus sous le terme générique de Consensus de Washington

D’où notre idée de bifurquer – rien que pour un instant, peut-être – vers la thèse de doctorat soutenue en 2016 par Ivan Kacarevic, Les politiques économiques dans les pays émergents d’Europe (lien) En le suivant, nous arrivons bientôt à cette question :
« Les chemins de la réforme dans les pays en transition – quelle serait la vitesse optimale de la mise en œuvre de la politique économique ? » (Idem, page 37)

Nous pouvons prendre la mesure du problème abordé en lisant tout d’abord ceci :
« Un pays commencera-t-il les réformes dans tous les domaines où cela est possible en les mettant en œuvre à un rythme très rapide ou aura-t-il une approche plus systématique tout en procédant par séquences dans la mise en œuvre afin d’éviter des coûts sociaux élevés, cela dépend en grande partie de l’environnement politique et institutionnel du pays en question. » (Idem, page 37)

Il paraît qu’après deux décennies d’expérience, les résultats étaient contradictoires, y compris en y mêlant l’ancienne puissance tutélaire des PECO eux-mêmes :
« Si l’on généralise les choses on peut dire que la thérapie de choc fut efficace en Pologne et pas si efficace que cela en Russie, tandis que le gradualisme a réussi en Hongrie et échoué en Roumanie. » (Idem, page 38)

Nous allons entrer dans le débat du côté des « durs »…
« Au tout début de la transition plusieurs documents ont été publiés comportant les différentes recommandations pour certaines stratégies de réforme. Peut-être que la plus grande contribution à l’époque a été donnée par
D. Lipton et J. Sash (Lipton, et al., 1990) qui ont formulé l’approche de thérapie de choc (big-bang) et donné la recommandation qu’il est nécessaire que les réformes soient rapides et que le paquet de réformes soit global. » (Idem, page 39)

C’est dans ce nid que sera venu se nicher le… Consensus de Washington qui a pu servir de caution « scientifique » à la rugueuse pratique en question. Grâce à lui…
« le focus est mis sur la privatisation, la libéralisation et la discipline fiscale en tant qu’une condition pour être éligible pour avoir l’aide financière des institutions financières internationales. » (Idem, page 40)

À la façon du Dieu créant son univers, il paraît que l’affaire pouvait se régler en sept rapides épisodes, tout simplement…
« Au tout début, le débat a pris la forme de la question des séquences de réformes. Dans ce contexte
Dornbusch parle d’une façon métaphorique de « sept jours » où chaque « jour » représente une tâche spécifique pour les gouvernements (Dornbusch, 1991) : 1er jour : les règles du jeu ; 2ème jour : les institutions, le système fiscal, légal, social et de retraite ; 3ème jour : l’équilibre macroéconomique ; 4ème jour : la privatisation ; 5ème jour : la libéralisation et la convertibilité ; 6ème jour : l’intégration dans l’économie mondiale ; 7ème jour : la réhabilitation du système financier. » (Idem, page 40)

Sans doute avons-nous frappé à la bonne porte…
« Le début des années 90 révèle le concept de maintien des réformes économiques connu comme le Consensus de Washington, qui a été inspiré par le travail de (
Williamson, 1990). » (Idem, page 42)

Il y aurait là une clé d’un usage pratiquement universel…
« Cet ensemble de recommandations a inspiré une vague de réformes en Amérique latine et en Afrique subsaharienne, tandis qu’il a eu dans les pays en transition, un impact fort sur la formation du concept « Big-bang ». Selon cette idée, indépendamment du niveau de développement du pays ou de sa situation géographique, un ensemble approprié de politiques pour assurer la croissance est la libéralisation du commerce et celle de la concurrence, la privatisation des entreprises publiques et le maintien d’un environnement macroéconomique stable. » (Idem, page 42)

A priori, nous ne pouvons guère penser que l’Allemagne réunifiée aura pu elle-même se laisser emporter par ce courant qui ne paraît pas s’accorder à la prudence que nous lui connaissons depuis les lendemains immédiats de 1945…

Sans perdre de vue ce que nous venons d’apprendre des éléments fondamentaux inclus dans le Consensus de Washington, nous allons reprendre le mémoire de Julie Lécuyer là où nous l’avions laissé, c’est-à-dire à l’endroit où nous avions abordé la première étape de la transition devant permettre aux PECO d’obtenir leur intégration dans l’Union européenne : étalée de 1989 à 1993, elle avait pour tâche de les arracher à leur passé soviétique…

Nous voici à la deuxième…
« À compter de 1994, les privatisations s’accélèrent, dû à l’assainissement des bilans bancaires des entreprises et autres institutions, et se traduisent par un afflux important de capitaux étrangers, qui stimule la restructuration des entreprises. » (
Julie Lécuyer, op. cit., page 89)

Quant à la troisième étape, qui paraît courir de 1997 à 2004, elle s’attache à des éléments que nous n’avons pas vus figurer dans les préoccupations premières du Consensus de Washington :
« La perspective de l’élargissement se transforme au cours de la période la plus récente en un objectif tangible, qui conditionne directement le processus de changement dans les pays candidats, la vie politique, les pratiques administratives et plus largement les anticipations de tous les acteurs économiques et sociaux. » (Idem, page 89)

Il nous semble qu’il y a ici quelque chose qui s’assimile à un phénomène d’intégration organique bien plus qu’au simple transfert d’impulsions d’un caractère strictement économique. D’où cette conséquence qui ne devrait étonner personne :
« C’est donc durant cette période que les négociations d’adhésion sont officiellement ouvertes et par conséquent, la phase du basculement du processus de transformation dans une dynamique forte d’intégration. » (Idem, page 89)

Il ne peut alors s’agir que d’un transfert massif de capitaux qui n’ont rien d’autre à redouter que de ne pas être eux-mêmes à la hauteur de la situation qui leur est faite dans un contexte où ils ne peuvent apparaître que comme des sauveurs, avant que la population elle-même ne puisse encore mesurer que tout cela se paiera d’une domination financière – relayée par un schéma institutionnel rigoureux – bientôt sans fin… D’où le sérieux de l’affaire… dont Julie Lécuyer nous présente ici quelques détails :
« Afin de permettre cette transformation, l’accroissement du stock de capital devait être suffisamment important pour induire à la fois la modernisation et la rationalisation de l’appareil productif d’une part, l’accroissement des capacités de production d’autre part. » (Idem, page 89)

Dans ces pays où aucun capital n’avait pu se constituer en dehors d’un système d’attribution des investissements qui passait par les autorités étatiques…
« L’investissement privé est ainsi devenu la pierre angulaire de tout l’édifice et c’est là que l’apport de capital étranger a pris toute son importance. La transformation de la propriété d’État en propriété privée a ainsi constitué, dès 1989, un objectif central des gouvernements postcommunistes. » (Idem, pages 89-90)

Et tout à la fois, il a fallu faire comme si les habitants eux-mêmes allaient pouvoir participer à la grande fête du ralliement à la puissance des capitaux… Ainsi, comme le souligne Julie Lécuyer :
« Il a existé plusieurs modalités de privatisation et formes de propriété : vente d’actions, distribution par certificats ou coupons, propriété individuelle, communale, propriété des employés, propriété institutionnelle, etc. Toutefois, afin de pallier la faiblesse de l’investissement national et d’éviter d’alourdir davantage l’endettement déjà accumulé des PECO, les privatisations sont devenues davantage le soutien des flux d’investissements directs étrangers en direction des PECO que le soutien aux investisseurs locaux. » (Idem, page 90)

De fait, Julie Lécuyer nous montre bien ce qui est réellement visé à travers l’intégration programmée dans l’Union européenne :
« Malgré des différences très grandes dans la vitesse d’exécution et les modes d’opération des privatisations entre les PECO, ces dernières ont joué un rôle particulièrement important dans la transition des PECO, constituant un des piliers de ces changements systémiques, dont l’objet central est de redonner le rôle principal aux agents privés, qu’ils soient nationaux ou étrangers. » (Idem, page 90)

Messieurs les maîtres étaient donc désormais installés dans la place… À quel prix ?

Michel J. Cuny

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