Les femmes et les enfants d’abord !

Il faut y insister : ce qui sert à la fois de cible et d’instrument de mesure aux intérêts dominants, ce sont les femmes et les enfants des milieux populaires et des couches moyennes qui viennent les rejoindre : mouvement massif de longue haleine qui ne sera pas sans conséquences sur l’ensemble de notre schéma de vie…

Succinctement dans un article publié le 13 décembre 2013 sous le titre : « Une catastrophe enfantine annoncée », et de façon très détaillée dans l’ouvrage « Une santé aux mains du grand capital ? », j’ai montré comment l’Europe elle-même se fait le principal promoteur de cet effondrement programmé des peuples tel qu’il est exigé par les maîtres de la finance internationale.

Or, les travaux de Jean Pisani-Ferry à la tête du Commissariat général à la stratégie et à la prospective vont me permettre d’offrir, ici, une illustration supplémentaire de cette manœuvre qui constitue l’un des éléments essentiels du très dangereux processus d’accumulation primitive actuellement en cours : il est difficilement pensable qu’il ne finisse pas par déboucher sur des événements bien plus terribles.

Dans l’Avant-propos de la note datée du 16 août 2013 qui va servir à alimenter notre réflexion, le Commissaire général écrit que celle-ci « a été conçue pour servir d’introduction au séminaire gouvernemental du 19 août 2013 ». Voilà donc à quoi peut venir s’abreuver le gentil pouvoir exécutif de notre pays, pour nous tracer la route des dix années à venir. Regardons cela de près…

« Autour de nous plusieurs pays avancés ont, en une décennie, réalisé des transformations de grande ampleur. L’Allemagne de Gerhard Schröder vient immédiatement à l’esprit : en mars 2003, au moment où le chancelier présente son programme de réformes, le pays fait figure d’homme malade de l’Europe. Dix ans après les inégalités de revenu se sont accrues, mais le chômage est à son plus bas et la prospérité économique du pays est insolente. »

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Belle « insolence » qui vient en surplomb d’une « inégalité » croissante…, elle-même facteur d’une « prospérité » tout aussi croissante dont on voit qu’elle s’établit sur le malheur de quelques autres… Des femmes et des enfants ?… Allons-donc, notre pays n’aura certainement pas glissé aussi bas !… Rassurez-nous, monsieur Pisani-Ferry.

Ajoutant alors, au cas de l’Allemagne, celui tout aussi significatif de la Suède ainsi que le…
« plan d’équipement télécoms et le programme d’indépendance énergétique dans les années 1970 ; la mise en place de la monnaie européenne dans les années 1990 ; le processus de Bologne sur l’harmonisation des systèmes universitaires européens ou le plan cancer dans les années 2000 »,
la note s’enflamme :

« Tous ces exemples montrent qu’à condition de viser loin et de se fixer des objectifs clairs, l’action publique n’a pas perdu sa capacité transformatrice. Dix ans, c’est le bon horizon pour des décisions structurantes qui :
− éclairent l’avenir ;
− donnent continuité à l’action publique par‐delà les alternances politiques ;
− permettent de sortir de la logique paramétrique – combien en plus, combien en moins – pour mettre l’accent sur des changements qualitatifs ;
− conduisent à raisonner sur les stocks – de compétences, d’équipements, de logements, de dette – qui déterminent le bien‐être d’une nation, et plus seulement sur les flux ;
− amènent les institutions à se réformer pour servir les objectifs qui leur ont été assignés. 
»

Donc, ça marche… « par-delà les alternances politiques » !… Ainsi obtenons-nous ces précieux « changements qualitatifs » inscrits parmi les « objectifs » (de « bien-être » ?) qui, pleinement réalisés, ne sauraient manquer d’éclairer notre « avenir » de la bonne façon…

Ce bel avenir, le voici, tel qu’organisé autour de la merveilleuse « capacité organisatrice » des jolis personnages qui nous gouvernent :
« En France comme dans les autres économies avancées, la proportion des postes d’ouvriers et d’employés qualifiés sera probablement en baisse, tandis que la part des emplois les moins qualifiés devrait se maintenir, soutenue par la demande de services à la personne ou le secteur du tourisme. Cette évolution tendra à induire une certaine polarisation des emplois en haut et en bas de l’échelle des qualifications et risque donc de conduire à une société « en sablier ». Il faudra faire des efforts pour empêcher que le dualisme de la demande de travail induise un dualisme social permanent et l’enfermement d’une partie de la population au travail dans des emplois instables et sans qualités. Ce sera tout l’enjeu des politiques de revalorisation des emplois, de formation, d’accompagnement des transitions et de fluidification du marché du travail. »

…grâce à la main secourable qui retiendra la cohorte des vaincu(e)s du système au plus bas de l’échelle des qualifications et des rémunérations… pour le plus grand bien des élus d’une « prospérité économique » effectivement « insolente »…

Au beau milieu de quoi nous retrouvons cette montée de l’emploi féminin qui bouleverse l’ensemble du marché du travail en renforçant l’exploitation des hommes aussi bien que des femmes qui n’ont plus que leurs bras pour vivre :
« Une autre évolution sensible de la main-d‘œuvre est sa féminisation qui se poursuivra sous l’effet de la hausse du taux d’activité des femmes, de la tertiarisation des emplois (dont une partie est très féminisée, à l’instar des services à la personne), et de la meilleure réussite scolaire des filles, qui accentuera leur présence parmi les professions les plus qualifiées. Au total, les femmes pourraient occuper près de la moitié des emplois, une proportion supérieure à leur part dans la population active. Cette évolution pourrait conduire à une inversion de la hiérarchie traditionnelle des taux de chômage entre hommes et femmes. »

Le déclin professionnel des hommes de milieu populaire ne saurait être sans conséquence sur la structure des familles recevant le même qualificatif :
« Les changements affecteront aussi les structures familiales : en ce domaine, tous les indicateurs amènent à anticiper que la spectaculaire transformation à l’œuvre depuis trente ans se poursuivra dans la décennie à venir, avec l’augmentation du nombre des divorces, des unions libres et des familles monoparentales.
L’Insee projette une poursuite de la baisse de la taille des ménages (de 2,6 personnes par ménage en 1990 à 2,1 en 2025), ce qui se traduira par une hausse de la demande de logements, et posera aussi la question du soutien aux populations fragilisées et paupérisées par ces évolutions, au premier rang desquelles les femmes et les enfants
. »

Sinistre avenir !… jusqu’à ce qu’enfin nous décidions, toutes et tous, d’y regarder de plus près…

Michel J. Cuny

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