3 janvier 1946 : Charles de Gaulle offre la France aux USA… et à l’Europe de Jean Monnet

Quel qu’ait pu être le jugement de Jean Monnet en ce qui concerne Charles de Gaulle – il l’a présenté comme tout bonnement « hitlérien » au conseiller personnel du président Franklin Roosevelt, Harry Hopkins, dès le mois de mai 1943 -, il a reçu, à la suite d’une décision datée du 3 janvier 1946 et signée du Général, les moyens de saisir la France au collet, c’est-à-dire par le sommet du pouvoir exécutif, et ceci, bien sûr, au profit des États-Unis.

Gaston Palewski, l’ami de François de Wendel tout autant que de Winston Churchill, a été l’artisan principal de cette manœuvre. Voici ce qu’il nous en dit :
« L’Assemblée, en confiant à De Gaulle la direction de l’État, avait entendu que les communistes en fissent partie. Ces derniers, c’est évident, visaient de gros portefeuilles : ceux de la Défense nationale, de l’Intérieur, des Affaires étrangères et même de l’Information. Le Général a dit non, il a fini par leur accorder trois ministères économiques.
– Que faire pour contrôler ces diables ? m’a-t-il demandé.
– C’est bien simple, ai-je répondu, il faut créer un commissariat au Plan dont le contreseing sera nécessaire pour toutes les mesures économiques. » (Gaston Palewski, page 225)

Je rappelle que les élections du 21 octobre 1945 avaient fait du parti communiste le premier parti de France, et qu’à elle seule, la coalition socialistes-communistes détenait la majorité absolue à l’Assemblée nationale constituante…

Dès le départ, le vote populaire aura donc été bafoué, puisqu’il s’agit de maintenir les représentants du premier parti de France sur un strapontin. Or, comme je l’ai écrit dans un article précédent, Gaston Palewski savait pertinemment qu’il n’y avait aucune raison, pour des gens comme lui, de redouter quoi que ce soit de ce côté-là. Il l’écrivait :
« Il n’était pas question de la prise du pouvoir par les communistes français. » (page 222)

Trois ministères économiques pour les communistes, voilà tout. Mais, évidemment, c’était encore beaucoup trop. D’où cette excellente idée d’exiger, pour toute mesure prise sur le terrain économique, d’obtenir le contreseing… d’un commissariat au Plan. C’est-à-dire de qui ?

Continuons à lire les Mémoires d’action de Gaston Palewski  :
« Le général de Gaulle devait quitter le pouvoir quelques jours après avoir signé le décret créant le commissariat général au Plan et le rattachant directement au chef du gouvernement. » (page 226)

Les communistes étant à l’intérieur du Gouvernement, pour les contourner jusque dans leur petit pré carré des trois ministères économiques, il suffisait de brancher le nouveau commissariat directement sur le sommet de l’État : le chef du Gouvernement. En conséquence de quoi, non seulement les communistes perdaient tout véritable pouvoir de décision sur les questions d’économie, mais il en allait de même pour le reste du Gouvernement, pour l’Assemblée nationale constituante et pour la population française dans son entier. Ceci valant pour des années entières…

Voici donc l’instance d’exercice de la souveraineté économique états-unienne sur la France : le commissariat au Plan qui n’avait de comptes à rendre qu’au chef du Gouvernement.

Tournons-nous maintenant vers le biographe de… Jean Monnet, qui nous le décrit un mois avant la date de création du commissariat au Plan (3 janvier 1946) :
« Dès le début du mois de décembre [1945], il est en mesure de tenir l’engagement qu’il a pris auprès du général de Gaulle  : il lui remet une note de cinq pages intitulée : Propositions au sujet du Plan de modernisation et d’équipement. » (page 435)

Décidément, le temps pressait (gare aux communistes !) :
« Sur-le-champ, le jour même où elles sont envoyées, c’est-à-dire le 5 décembre, les propositions de Jean Monnet sont adoptées. Et le 3 janvier 1946 le Plan est créé. » (page 436)

Et parce que cet organisme, dont nous verrons en quoi il était à peu près « imperceptible » aux non-initiés, était rattaché directement au président du Gouvernement, Jean Monnet – puisque c’est bien lui qui en sera aussitôt devenu le patron – pourra s’exclamer :
« Aucun poste ministériel ne m’eût offert un champ d’action aussi vaste que celui que m’ouvrait la fonction indéfinissable de commissaire au Plan. » (page 436)

Vive de Gaulle  ! Vive l’Europe ! Vivent les États-Unis ! (pour celles et ceux qui croient que cela les arrange).

Michel J. Cuny

(Ce texte est tiré de l’ouvrage électronique « Pour en finir avec la Cinquième République – Histoire de l’étouffement du suffrage universel » que j’ai publié il y a quelques mois et que l’on pourra trouver ici.


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