Un objectif français : rassembler l’Europe autour de la nécessité de la guerre

Renouons le fil de l’analyse du Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale de 2013 en nous reportant à cette citation que nous avions déjà rencontrée à la page 83. Elle nous disait en quoi devra consister la visée immédiate de la France :
« Elle développera les capacités critiques lui permettant l‘initiative et l’action autonome, mais aussi la capacité à entraîner avec elle ses alliés et partenaires. »

Nous le voyons, il s’agit d’atteindre la masse critique qui devrait permettre d’enclencher la bonne avalanche : celle qui servira les intérêts d’une France aux abois en présence de l’invraisemblable montée en puissance de l’Allemagne, tout en attirant celle-ci – et quelques comparses – dans une aventure dont il vaudrait beaucoup mieux que les États-uniens ne soient pas partie prenante : ils ont pour habitude de ne pas laisser grand-chose dans les grands plats dont ils se saisissent toujours les premiers…

Mais il s’agit également de se doter des moyens nécessaires à la définition, en toute liberté, de nouvelles cibles, ainsi que de mettre au point les instruments et les hommes du premier engagement… et le schéma idéologique apte à emporter l’enthousiasme guerrier des éventuels comparses.

soldat

Dans le langage du Livre blanc, voici ce que cela donne :
« Cette autonomie stratégique doit permettre à la France de prendre l’initiative d’opérations qu’elle estimerait nécessaires pour préserver ses intérêts de sécurité et, le cas échéant, fédérer l’action de ses partenaires, notamment au sein de l’Union européenne. » (page 88)

Tout ceci implique un énorme effort qui devra engager toutes sortes de disciplines scientifiques, technologiques, militaires, etc.

Le catalogue en est très impressionnant puisqu’il s’agit d’atteindre la pointe du progrès dans les domaines concernés (je souligne les éléments essentiels) :
« Une telle exigence impose de conserver les moyens nous conférant une autonomie d’appréciation, de planification et de commandement, ainsi que de privilégier les capacités critiques qui sont à la base de notre liberté d’action. Il s’agit de celles qui sont indispensables à la défense de nos intérêts vitaux, nécessaires à la prise d’initiative dans des opérations simples et probables (commandement interarmées, renseignement et capacités de ciblage, forces spéciales, moyens de combat au contact de l’adversaire), ou liées à la capacité de peser dans une coalition afin de conserver notre indépendance (moyens de frappes précises dans la profondeur, capacité autonome à « entrer en premier » sur un théâtre d’opérations de guerre, capacité de commandement permettant d’assumer le rôle de nation cadre pour une opération interalliée de moyenne ampleur ou un rôle d’influence préservant notre souveraineté dans une action multinationale). » (pages 88-89)

Alors, les comparses, maintenant… Où les trouverons-nous ? En Europe… À moins que ce ne soit l’Europe elle-même.

Ce n’est encore qu’un monstre froid, mais le Livre blanc nous dit qu’il faut tirer la leçon de la mise en œuvre du traité de Lisbonne (2009) qui a établi le Service européen d’action extérieure (SEAE)…
« L’Union est ainsi devenue l’une des seules organisations internationales disposant de tous les leviers qui doivent lui permettre de peser efficacement sur les foyers potentiels ou avérés de crise. » (page 100)

Il suffira donc, à la France et à ses initiatives judicieusement choisies et calculées, de piquer aux fesses l’animal qui, dans son for intérieur, ne demande peut-être plus que cela, tout en maintenant la flamme guerrière par quelques expérimentations dont elle seule a le secret, le désir et les moyens :
« Dans l’attente d’une vision stratégique partagée et d’un consensus en matière de politique étrangère, l’Europe de la défense se construira à travers ses opérations dans lesquelles ses capacités civiles et militaires se compléteront et se renforceront mutuellement. » (page 101)

 Certes, pour que la France soit véritablement le fer de lance dans les prochains conflits où l’Europe trouvera enfin le sang et les larmes nécessaires à sa consolidation politique, idéologique et militaire, il faut que sa population retrouve le dynamisme guerrier qu’on ne lui a plus connu depuis 1914.

Le Livre blanc y a pensé, bien sûr :
« Le maintien et le développement, chez nos concitoyens, de l’esprit de défense et de sécurité, manifestation d’une volonté collective assise sur la cohésion de la Nation, sont donc une priorité. » 

Arrivé(e)s en 2016, nous comprenons mieux la phrase suivante :
« Les réservistes ont un rôle de premier plan à jouer à cet égard. » (page 122) 

Et nous attendons, avec une certaine impatience, de voir les enseignants et les « zélites » politiques retrouver la foi du charbonnier en matière de préparation au sacrifice suprême (à partir de quel thème ? je vous le demande) :
« Les initiatives prises en ce domaine par les enseignants, grâce aux trinômes académiques, et par les élus, grâce aux correspondants de Défense, doivent également être mieux reconnues et valorisées. » (page 122) 

Certes, actuellement, tout ceci est un peu poussif… Les attentats n’ont pas encore fait chavirer les cœurs… L’état d’urgence n’est toujours qu’un léger bruit de fond…

Autre chose chemine gentiment. C’est l’industrie de défense :
« Elle regroupe plus de 4 000 entreprises, dont un nombre important de petites et moyennes entreprises, qui réalisent un chiffre d’affaires global de 15 milliards d’euros et emploient de l’ordre de 150 000 personnes, dont 20 000 hautement qualifiées. Elle exporte, selon les années, 25 % à 40 % de sa production et contribue ainsi de façon positive à la balance commerciale de notre pays. Caractérisée par un niveau très élevé de recherche et développement, elle conforte notre compétitivité technologique, y compris dans le secteur civil, où elle irrigue de larges pans de l’industrie nationale et européenne (aéronautique, espace, sécurité, électronique, technologies d’information et de la communication, énergie, etc.). » (page 124) 

Mais la concurrence est de plus en plus sévère :
« Il y a aujourd’hui une surcapacité manifeste de l’industrie de défense européenne par rapport à la demande prévisible sur le marché européen. En outre, la contraction du marché national et européen intervient alors que la concurrence internationale s’exacerbe, qu’elle vienne des États-Unis – où la pression budgétaire conduit l’industrie américaine à accroître son effort d’exportation – mais aussi de pays de l’Union européenne, de la Russie et de certains pays émergents, qui entendent développer leur présence sur le marché mondial des armements. » (page 124-125)

Par chance, la France se prépare elle-même à la guerre. Ainsi les modalités du financement de l’industrie de défense dépassent-elles très largement la seule question de la rentabilité économique à terme :
« Dans ce contexte, le maintien d’un volume significatif de crédits publics destinés au financement d’études amont et de développements revêt un caractère stratégique. Des ruptures de charge dans des bureaux d’étude d’importance stratégique entraîneraient des pertes de compétences irréversibles et auraient des répercussions sociales durables. » (page 125)

Au sein même de la future Europe puissance, la France doit impérativement tenir son rang :
« Dans le strict respect de ses engagements européens et internationaux, elle développera sa capacité à accompagner ses grands partenaires en mobilisant à cet effet ses compétences étatiques, industrielles et technologiques. » (page 126)

Au cœur de tout cela, la question de l’initiation de l’Europe, par la France, aux attraits des opérations militaires demeure centrale :
« L’intégration croissante des intérêts stratégiques européens et de l’industrie de défense européenne devra être prise en compte. » (page 127)

On dirait bien que tout converge effectivement… dans une vaste politique de long terme… qui ne pourra que nous conduire à une crise majeure… contre qui ? contre quoi ?
Mais ce sera à la France bourgeoise de nous le dire le moment venu… puisqu’elle souhaite tellement en être l’initiatrice, le moteur et, peut-être, la directrice… en attendant d’en être la principale victime… si jamais le peuple de France se réveille.

NB. Pour atteindre les différents livres actuellement disponibles de Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange, vous pouvez cliquer ici.

Michel J. Cuny


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