Le mensonge ukrainien

Il y a donc ce paradoxe aujourd’hui – pour Vladimir Poutine – de se trouver confronté à la crise ukrainienne, alors que, petit-fils du cuisinier de Lénine puis de Staline, il a en face de lui des personnages qui pensent pouvoir reprocher au « petit père des peuples » d’avoir organisé sur leurs terres, en 1932-1933, la mort, par la faim, de plusieurs millions de personnes…

Très attaché à l’histoire de la police politique de l’URSS, tchékiste dans l’âme, pourrait-on dire (de Tchéka, celle que Lénine aura mise en place), Vladimir Poutine se trouverait donc cautionner plus particulièrement les agissements de l’Oguépéou en Ukraine au début des années trente.

A moins qu’il ne s’y soit pas vraiment passé ce que certains « soviétologues » – dont quelques-uns de nationalité française – se sont permis d’affirmer, à travers des références qui tournent dans la boucle en croissance permanente d’une fable phénoménalement détachée de tout point d’appui assuré par la réalité même.


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Certes, dans son ensemble, le dossier des prétendus crimes de Staline est bien plus large que d’englober seulement l’affaire de la famine d’Ukraine, mais nous pouvons ici nous en tenir à cette dernière : les quelques millions de victimes en cause devraient suffire à notre tâche pour un assez long temps.

Parmi la littérature existant en langue française, je retiendrai ici l’ouvrage publié en 2000 chez Albin Michel par Georges Sokoloff1933, l’année noire – Témoignages sur la famine en Ukraine.

Les témoignages sont présentés dans leur contexte… C’est-à-dire qu’ils sont précédés de quelques pages très sérieusement – on pourrait même dire « très doctement » écrites. Une lecture attentive permet même de découvrir qu’au fond, cet auteur-là n’accorde à peu près aucun crédit aux récits dont il a pourtant la charge de garantir, du haut de sa réputation éthique qui ne doit pas être rien, qu’ils recèlent un minimum d’authenticité. Il sait parfaitement que le processus en marche dans l’URSS des années 1926-1933 n’avait rien à voir avec une volonté criminelle de Staline et de l’ensemble de celles et de ceux qui, à travers toute l’Union soviétique, restaient dans la ligne du léninisme le plus pur, c’est-à-dire le plus accordé avec le mouvement historique lui-même.

De fait, Georges Sokoloff est venu, par son livre, à la rescousse d’une entreprise tout à coup défaillante. Reprenons ce que nous en dit l’éditrice elle-même dans une brève note qui nous saute aux yeux dès la première page :
« A la fin des années 1980, profitant du rétablissement de la liberté de la presse sous Gorbatchev, L. Kovalenko et V. Maniak lancent in extremis un appel à témoins : que les derniers survivants racontent la famine. »

6.000 réponses reçues. 450 d’entre elles publiées dès 1992… Et puis, soudain, c’est le drame :
« […] de retour de l’inauguration d’un monument érigé à la mémoire des victimes de la famine du village de Tymochivka, le 15 juin 1992, un accident de circulation coûte la vie à Volodymyr Maniak, tandis que sa compagne meurt quelques mois plus tard. »

Devenu, en quelque sorte, exécuteur testamentaire pour la France d’une preuve à charge sans pareille des crimes de Staline, Georges Sokoloff aura fait le travail de la meilleure des façons possible. J’annonce tout de suite que nous allons nous régaler.

Michel J. Cuny

Clic suivant : Le cadeau empoisonné de certains démographes au « criminel » Staline

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