Le cadeau empoisonné de certains démographes au « criminel » Staline…

La volonté marquée par Vladimir Poutine de ne pas tenter de se désolidariser de l’histoire de l’Union soviétique, nous porte à regarder de près, à travers l’exemple de la famine des années 1932-1933  en Ukraine, le crédit qu’il faudrait apporter aux « crimes » de Staline.

Dans le livre qu’il a consacré à cette famine en 2000, Georges Sokoloff écrit :
« Les estimations parmi les mieux argumentées proposent des chiffres qui dépassent l’entendement. Quatre millions de personnes sont mortes en Ukraine. Le drame a en outre coûté la vie à un million de Kazakhs. Egalement – à plus de deux millions d’habitants de la Russie : essentiellement pris, comme les Ukrainiens, parmi les paysans des régions céréalières de l’URSS. » (1933, l’année noire, Albin Michel, pages 11-12)

Mais Georges Sokoloff n’est pas un jusqu’au-boutiste… Il sait très bien que, comme il nous le dit :
« Sur les 7,35 millions de personnes anormalement disparues en URSS à l’époque [entre 1926 et 1937], la plupart sont mortes de faim mais pas toutes. Il y a là, aussi, les victimes de la « dékoulakisation » : paysans tués, morts en camp de concentration ou durant leur transport vers les lieux de déportation ou encore à leur arrivée à destination, le tout dans des conditions souvent épouvantables. » (Idem, page 12)

Signalons-le tout de suite… Ce sont certains démographes qui estiment à 7,35 millions le nombre de « personnes anormalement disparues en URSS ». Car il semble qu’en dehors de l’estimation elle-même, ces cadavres-là n’aient laissé aucune trace… C’est déjà un peu fort de café.

Parfait du point de vue éthique, Georges Sokoloff revient d’ailleurs sur cette redoutable question un peu plus loin dans sa présentation du dossier des témoignages. Il nous permet de mesurer de curieux effets de louche :
« Comme toutes les évaluations récentes du bilan humain de la famine, celles-ci admettent par hypothèse un nombre effectif de morts très supérieur à celui enregistré, à l’époque, par l’état-civil soviétique (les zags) : ainsi, n’auraient été enregistrés que 32 % des 4 millions de morts d’Ukraine. Le principe d’un sous-enregistrement est très défendable en raison des circonstances épouvantables de 1933 (chaos, migrations, déportations, territoires de famine bouclés par la troupe, dissimulation bureaucratique) comme pour des raisons méthodologiques générales. » (Idem, pages 45-46)

poison

Et là, nous nous voyons renvoyé(e)s à une note de bas de page qui nous introduit à une étrange cuisine…
« Les travaux  d’Andréev, Darskii et Kharkova tablent sur un sous-enregistrement du nombre des naissances comme des décès. Pour toute la période 1927-1940 et pour toute l’URSS, ces démographes estiment le nombre effectif des naissances à 89 millions (soit 16,7 millions de plus que les 72,3 millions déclarés) et le nombre effectif des décès à 62 millions (soit 21,3 millions de plus que les 40,7 millions déclarés).«   (Idem, page 46)

Autrement dit, à travers leurs travaux de recomposition des naissances et des décès en Union soviétique sur la période considérée, les démographes ont ouvert rétrospectivement à Staline un crédit de 21,3 millions de victimes possibles pour ses occupations criminelles… Sympa, non?…

Mais pourquoi donc ne parvient-on pas à situer les cadavres ?… ou, plus simplement, les pierres tombales ?… La réponse est dans une horreur infinie que nous n’allons pas tarder à devoir affronter.

Notons encore que, pour sa part, Joseph Staline a répondu, dès la fin de 1932, à toutes ces histoires à dormir debout. Et Georges Solokoff pousse la coquetterie jusqu’à citer cette prise de position, en en faisant le contenu de l’épigraphe qu’il place tout juste avant le premier témoignage. Voici donc ce que le continuateur émérite de Lénine a écrit au secrétaire du Comité central du parti communiste ukrainien qui, déjà, s’avançait sur cette piste douteuse :
« On nous disait, camarade Térékhov, que vous étiez un bon orateur, or il apparaît que vous êtes un bon conteur. Vous croyiez sans doute nous effrayer en composant cette histoire de famine, mais ça ne marchera pas ! Ne feriez-vous pas mieux d’abandonner votre poste de secrétaire de région et du Comité central pour aller travailler à l’Union des écrivains ; vous écrirez des contes et les imbéciles vous liront. » (Idem, page 57)

Voilà, c’est dit.

Michel J.Cuny

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