IV. 145 – Le président turc pense-t-il avoir les épaules suffisamment larges ?

IV. 145 – Le président turc pense-t-il avoir
les épaules suffisamment larges ?

Conférence de presse, Sotchi (Russie),
17 septembre 2018

Suite au désaccord entre la Turquie et la Russie, lors de la rencontre entre les présidents russe, turc et iranien, le 7 septembre 2018, à Téhéran (Iran), une autre réunion a eu lieu, le 17 septembre, à Sotchi (Russie), entre la Russie et la Turquie.

Lors de cette réunion, des accords économiques conséquents ont été signés ; les présidents des deux pays ont décidé que les tractations se feraient progressivement, non plus en dollars, mais en monnaies nationales. Voilà qui ne devrait guère être du goût des États-Unis.

Il faut se rappeler qu’en 2003, après l’annonce, par l’Irak, du passage du dollar à l’euro pour les tractations économiques, tractations pétrolières comprises, les États-Unis ont répondu, en 2003, au président Saddam Hussein, en détruisant son pays, en l’assassinant, et en permettant aux organisations terroristes Al-Qaïda et Daech de s’installer sur le sol irakien.

Il faut se rappeler qu’en 2011, les États-Unis ont répondu au guide révolutionnaire libyen, Muammar Gaddhafi, qui mettait en place le passage du dollar et de l’euro au dinar-or pour les tractations économiques entre pays africains, en détruisant son pays, en l’assassinant, et en permettant aux mêmes organisations terroristes Al-Qaïda et Daech de s’installer sur le sol de la Libye.

En signant d’importants accords économiques avec la Russie, et en utilisant les monnaies nationales, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, va provoquer la colère des États-Unis.

Durant la conférence de presse russo-turque à Sotchi, le 17 septembre 2018, qui a eu lieu à l’issue de la discussion turco-russe traitant plus particulièrement de la situation en Syrie, le président Vladimir Poutine devait déclarer ceci :
« Au cours de la réunion, nous avons discuté en détail la situation et nous sommes arrivés à la [cette] conclusion, a [: il a été] décidé de créer[, le long d’]une ligne de contact de l’opposition armée aux [avec les] forces gouvernementales, le 15 octobre de cette année, la profondeur de la une zone démilitarisée [d’une] profondeur [de] 15-20 km, [et d’exiger] avec le retrait des militants radicaux, y compris les « anti Dzhabhat Nusra ». Le 10 octobre 2018, sur proposition du président de la Turquie, [il faudra] procéder au retrait des armes lourdes, des chars, des lance-roquettes, des fusils et des mortiers de tous les groupes d’opposition de cette zone. Le contrôle dans la zone démilitarisée est [sera] organisé par des groupes de patrouilles mobiles d’unités turques et des unités de la police militaire russe. [Il faudra restaurer] Restaurer les messages de transit le long des lignes Alep-Latakia et Alep-Hama au plus tard à la fin de 2018 – également à la suggestion de la partie turque.

La Russie et la Turquie ont réaffirmé leur détermination à lutter contre le terrorisme en Syrie sous toutes ses formes et manifestations. À notre avis, la mise en œuvre pratique des mesures prévues donnera une impulsion supplémentaire au processus de règlement politique du conflit syrien, renforcera les travaux sur le programme de Genève et facilitera le retour de la paix sur le territoire syrien.

En général, cette approche est soutenue par les dirigeants de la République arabe syrienne. Dans un avenir proche, nous organiserons des consultations supplémentaires avec les dirigeants syriens.

Il est important que la Russie et la Turquie entendent continuer à utiliser pleinement le format Astana, la recherche de [et à rechercher des] solutions politiques à long terme à Genève sous l’égide des Nations Unies.

Nous continuerons d’œuvrer à la création d’un comité constitutionnel composé de représentants des dirigeants syriens, des forces de l’opposition et de la société civile La tâche est d’assurer le lancement de son travail dans un avenir très proche.

[Suivent les remerciements] . »

[Kremlin (Russie), Événements, Président, Communiqués de presse suite aux pourparlers russo-turcs, à Sotchi, 17 septembre 2018. Note FP : Il n’y a rien de mieux que les sources, même s’il est parfois nécessaire d’apporter des modifications à la traduction. Les mots barrés et remplacés par des mots entre crochets sont de mon fait.]
http://kremlin.ru/events/president/news/58574

Après avoir évoqué, avec satisfaction, les accords économiques signés avec la Russie, le président Recep Tayyip Erdoğan devait s’exprimer à son tour sur la Syrie :
« Avec M. Poutine, nous avons également discuté de la question syrienne. À Téhéran, pour la dernière fois lors du sommet tripartite, la Turquie a clairement exprimé sa position. Lors de la réunion d’aujourd’hui, nous avons réfléchi à la manière dont nous pouvions mettre en œuvre et mettre en œuvre notre accord, conclu à Téhéran.

Lors de nos entretiens bilatéraux, nous avons décidé de trouver une issue à la situation, en tenant compte de nos intérêts nationaux. Lors des entretiens avec M. Poutine, nous avons convenu qu’il était nécessaire de résoudre le problème d’Idlib dans l’esprit du processus d’Astana.

Au cours des négociations [, il a été] (a décidé que) le territoire, qui est sous le contrôle de l’armée syrienne et de l’opposition, doit être démilitarisé. L’opposition, qui contrôle ces territoires, continuera d’y rester. Mais parallèlement, avec la Russie, nous ferons de notre mieux pour éliminer tous les groupes radicaux de ces territoires. Nous ferons de notre mieux pour identifier et prévenir les provocations de tiers. Grâce aux efforts conjoints, nous empêcherons tout cela.

À cette fin, la Turquie et la Russie effectueront des patrouilles sur ce territoire de manière coordonnée. Jusque-là, la Turquie renforcera ses postes d’observation dans la zone de désescalade. À cet égard, nous éviterons une tragédie humanitaire qui pourrait résulter des hostilités.

Dès [Depuis] le début de la crise syrienne et sur le problème d’Idlib, la Turquie continue à faire tout son possible. Ce protocole (de stabilisation de la situation dans le domaine de la désescalade de Idlib) conduira au fait que la Turquie ne sera pas face à une situation encore plus difficile, ainsi [et] que (cet accord) sera bon pour la conquête [?] de la partie russe.

Au cours de cette réunion, nous avons également conclu [pris en compte le fait] que le territoire contrôlé par des terroristes ne se limite pas à la province d’Idlib.

L’organisation qui constitue une menace pour notre pays est avant tout YPG [Yekîneyên Parastina Gel = Unités de protection du peuple (kurde)], le soi-disant détachement d’autodéfense populaire. Cette organisation a effectué un nettoyage ethnique. En ce qui concerne l’avenir de la Syrie, outre la province d’Idlib, cette organisation terroriste n’est qu’une source de déstabilisation à l’est de l’Euphrate. Avant tout, il est nécessaire de détruire complètement cette organisation terroriste.

Tant lors de l’opération “Bouclier de l’Euphrate”, que lors de l’opération “Olive branch”, nous avons franchi une étape très importante. Nous avons libéré une zone de quatre mille kilomètres carrés du gouvernement danois et du PKK [Partiya Karkerên Kurdistan = Parti des travailleurs du Kurdistan], assurant ainsi le retour de nos frères syriens dans ces régions.

Nous pensons également que la nécessité de libérer les territoires de l’organisation terroriste PYD/YPG [Partiya Yekîtiya Demokrat = Parti de l’Union Démocratique / Yekîneyên Parastina Gel = Unités de protection du peuple (kurde)] revêt une grande importance.

Nous pensons que notre désir commun – [à] la Turquie et [à] la Russie – est de respecter la résolution n° 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous continuerons à coopérer dans ce sens.

Dans le cadre de ce processus, les pays garants du processus d’Astana ont tenu une réunion à Genève la semaine dernière concernant le Comité constitutionnel. Nous avons évalué cette réunion. Sans aucun doute, il serait souhaitable que la réforme constitutionnelle soit [fût] mise en œuvre et que des élections équitables soient [fussent] organisées, après quoi le peuple syrien sera déjà régi par un régime démocratique. Nous avons décidé de poursuivre nos efforts pour développer nos relations. »

[Suivent les remerciements]. »

[Idem. Note FP : Il n’y a rien de mieux que les sources, même s’il est parfois nécessaire d’apporter des modifications à la traduction. Les mots barrés et remplacés par des mots entre crochets et les précisions entre crochets sont de mon fait.]

Une assemblée russo-turque très attentive,
à Sotchi, le 17 septembre 2018

À l’issue de cette déclaration conjointe devant la presse et devant des personnalités politiques et militaires des deux pays, les ministres de la Défense russe, Sergueï Choïgou, et de la Défense turque, Hulusi Akar, ont échangé les copies du protocole signés par les deux parties.

Sans doute, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, croit avoir eu gain de cause en faisant reporter l’attaque, par l’aviation russe et les troupes de l’armée syrienne, des forces rebelles cantonnées à Idlib. Mais il va avoir la rude tâche de faire respecter l’accord conclu avec le président russe, Vladimir Poutine.

Il va devoir calmer des groupes armés hétéroclites : parmi ceux qui sont proches des Frères musulmans, si certains acceptent l’autorité de la Turquie, d’autres la rejettent ; parmi les groupes d’Al-Qaïda, se trouvent des factions de Daech ; d’autres groupes sont liés au TIP (Parti Islamique du Turkestan), etc. Il va s’agir, pour la Turquie notamment, d’empêcher tous ces groupes d’utiliser la zone démilitarisée comme camp de base pour attaquer l’armée syrienne et, donc, de les désarmer… Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, va avoir fort à faire.

Dans le précédent texte, j’écrivais : « Recep Tayyip Erdoğan, après sept années de guerre à ses frontières, et un coup d’État politique dans son propre pays pour tenter de l’évincer du pouvoir, ne sait toujours pas sur quel pied danser : tantôt avec les deux partenaires russe et iranien qui veulent mettre fin à cette longue guerre, tantôt avec les États occidentalo-golfico-sionistes qui le manipulent comme une marionnette. » En dansant sur le pied russo-irano-syrien, le président turc risque un sévère croc-en-jambe des États-Unis

Après cette réunion à Sotchi, (Russie), le président iranien, Hassan Rohani, a salué l’accord qui privilégie la voie diplomatique par rapport à l’intervention armée.

Le ministre syrien des Affaires Étrangères et des Expatriés, Walid al-Mouallem, a déclaré lui-même :
« La République arabe syrienne affirme qu’elle accueille favorablement toute initiative qui met fin à l’effusion de sang syrien et qui contribue au retour de la paix et de la sécurité dans tout pouce [de terrain] visé par le terrorisme. » [SANA, (L’Agence Arabe Syrienne d’Information), La Syrie accueille favorablement l’accord sur Idleb conclu hier à Sotchi, 18 septembre 2018. Note FP : Les mots entre [crochets] sont de mon fait.]
http://sana.sy/fr/?p=131206

Suite : IV. 146 – Une armée, qui pénètre illégalement sur le territoire d’un État souverain, n’est pas une armée…

Françoise Petitdemange
21 septembre 2018


2 réflexions sur “IV. 145 – Le président turc pense-t-il avoir les épaules suffisamment larges ?

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