IV. 144 – Iran, Russie, Turquie… À Idlib, intervention ou pas ?

IV. 144 – Iran, Russie, Turquie…
À Idlib, intervention ou pas ?

Ces trois pays, Russie, Iran, Turquie, qui se sont retrouvés à plusieurs reprises, lors des rencontres à Astana, au Kazakhstan, ont poursuivi, ces derniers mois, les réunions tripartites pour discuter notamment de l’intervention destinée à mettre fin aux groupes de Daech réfugiés à Idlib et de la libération de la province. Parallèlement à ces « rencontres », les négociateurs de Genève n’ont jamais obtenu aucun résultat probant, obnubilés qu’ils sont par ce qui ne les regarde pas, à savoir un changement d’hommes politiques et de politique économique en Syrie.

Les présidents Vladimir Poutine pour la Russie, Recep Tayyip Erdoğan pour la Turquie, Hassan Rohani pour l’Iran, se sont réunis, le 7 septembre 2018, à Téhéran. Il était question de mettre le dernier point aux accords et de s’entendre sur la phase opératoire pour libérer le gouvernorat d’Idlib. Mais le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a une nouvelle fois montré qu’il avait des ficelles occidentales dans le dos.

Il a demandé que soit imposé un cessez-le-feu qui signifierait le report de l’intervention de l’armée syrienne dans la province d’Idlib et qui donnerait la possibilité, au camp occidentalo-golfico-sioniste, de fourbir ses armes contre la Syrie, la Russie, l’Iran, et la Turquie elle-même qui n’est – le président turc, peut-il encore avoir des illusions là-dessus – vraiment pas le pays ami des Occidentaux !

Il est vrai que la Turquie du président Erdoğan nourrit des vipères dans son sein : la CNS (Coalition Nationale Syrienne), organisation d’opposition au gouvernement syrien, basée à Istanbul, et dont les membres ont dit être prêts à soutenir les groupes terroristes d’Al-Qaïda et de Daech contre les forces syriennes, en reconnaissance de tous les morts qu’ont eu ces groupes au combat, derrière lesquels se sont effectivement planqués, la plupart du temps, les prétendus rebelles.

À l’ouverture du sommet, le président turc a déclaré :
« Beaucoup de nos soldats ont été tués, nous avons fait beaucoup d’efforts, mais malgré cela, la situation (à Idlib, ndlr) présente différents risques. Idlib est considérée non seulement comme un facteur géopolitique important pour l’avenir de la Syrie, mais aussi pour la sécurité de notre pays. » [Sputnik, Erdogan : la Turquie maintiendra sa présence en Syrie, 7 septembre 2018. Note FP : La précision entre (parenthèses) n’est pas de mon fait.]

M. Erdoğan oublie que la Syrie, en premier, la Russie, l’Iran, le Hezbollah libanais ont pris des risques considérables et que nombre de leurs soldats et officiers ont payé de leurs vies ces combats qui durent depuis sept ans et qui perdurent à cause des États occidentalo-golfico-sionistes et de l’État turc lui-même.

Recep Tayyip Erdoğan, après sept années de guerre à ses frontières, et un coup d’État politique dans son propre pays pour tenter de l’évincer du pouvoir, ne sait toujours pas sur quel pied danser : tantôt avec les deux partenaires russe et iranien qui veulent mettre fin à cette longue guerre, tantôt avec les États occidentalo-golfico-sionistes qui le manipulent comme une marionnette.

Le voici qui déclare :
« La Turquie maintiendra sa présence dans cette région (la Syrie, ndlr) jusqu’à ce que l’unité politique géographique et sociale de la Syrie soit assurée. » [Idem. Note FP : La précision entre (parenthèses) n’est pas de mon fait.]

Mais, pour cela, il faudrait que le président turc, eût reçu la demande de l’État syrien. Ce qui ne paraît pas être le cas, sinon Recep Tayyip Erdoğan s’en ferait plus que l’écho. Le président turc, craindrait-il, dans le cas d’une vaste intervention syro-russe, l’afflux de réfugié(e)s sur le sol turc ? Qu’il soit rassuré : l’afflux de Syrien(ne)s serait de courte durée. Par contre, l’afflux des terroristes et de leurs familles pourrait poser quelques problèmes à cette Turquie qui n’est pas parvenue à mener une politique solidaire cohérente avec ses deux partenaires de la région. La Turquie, voudrait-elle prendre en mains les opérations afin de faire le tri entre les rebelles et leurs amis terroristes qu’elle veut garder et ceux qu’elle veut occire ?

La Syrie, septembre 2018

Lors de ce sommet tripartite (russe, iranien, turc) du 7 septembre, le président iranien, Hassan Rohani, n’est pas resté dans le flou : il s’agit, pour ce pays voisin qu’est l’Iran, d’empêcher le terrorisme de s’incruster en Syrie et dans la région, en menant une politique de coopération entre l’Iran et la Syrie, et de protéger le peuple syrien, non pas malgré lui, mais en faisant appel à sa coopération. Il ne s’agit pas d’« imposer sa volonté à quiconque »…
« C’est à la demande du gouvernement syrien que la République islamique d’Iran est présente sur le territoire de ce pays. La poursuite de notre présence en Syrie en vertu de ce principe sera décidée dans l’avenir. » [Sputnik, Hassan Rohani : l’Iran conservera une présence en Syrie, 7 septembre 2018.]

Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a justifié, auprès du président russe et du président iranien, sa reculade, devant une intervention décisive, en disant vouloir éviter un « bain de sang » dans le gouvernorat d’Idlib. Mais, le président turc, s’est-il rendu compte que le « bain de sang » dure depuis sept ans en Syrie et qu’il faut en finir avec ce « bain de sang » ?

Le président russe ne se fait aucune illusion sur les intentions des groupes de Daech et d’Al-Nosra : les appels lancés jusqu’ici à déposer les armes et à négocier n’ont pas été suivis d’effet par les terroristes irréductibles. Certains de ces radicaux ont été évacués par des couloirs humanitaires d’Alep, de Homs, de la Ghouta vers Idlib. Vladimir Poutine a souligné ce fait :
« Les représentants de l’opposition armée sont absents de la table [des négociations], de même que les représentants du Front al-Nosra et ceux de Daech. » [Sputnik, Idlib : Erdogan propose un cessez-le-feu, Poutine lui répond, 7 septembre 2018. Note FP : Les mots entre [crochets] sont de mon fait.]

À propos du souhait de Recep Tayyip Erdoğan de passer d’abord par un cessez-le-feu, Vladimir Poutine a dû ajouter :
« J’estime que le Président turc a généralement raison, ça serait bien. Or, nous ne pouvons pas répondre pour eux, encore moins pour les terroristes de Daech ou du Front al-Nosra pour dire qu’ils cesseront de tirer ou cesseront d’utiliser des drones chargés de bombes. » [Idem.]

Par ailleurs, la Russie n’oublie pas la région d’At-Tanf restée sous le contrôle de la coalition occidentale : ayant constaté un afflux de combattants terroristes dans cette partie du sud-est de la Syrie, elle a évoqué la possibilité d’une frappe contre ces groupes de djihadistes.

Suite à cela, le 9 septembre 2018, les États-Unis ont transféré des Marines dans ce secteur. Le capitaine Bil Urban, porte-parole du CENTCOM (Commandement Central Américain des Armées) a cru bon de dire :
« Les États-Unis ne veulent pas de confrontation avec la Russie, le gouvernement syrien ou tout autre groupe susceptible de soutenir la Syrie dans la guerre civile. » [Sputnik, Les USA renforcent leur contingent militaire à Al-Tanf en Syrie, 9 septembre 2018.]

Trop tard ! Après ces sept années de guerre, les États-Uniens ont perdu toute crédibilité, du haut en bas de l’échelle politique et militaire.

De plus, les États-Unis ont fait savoir, par le Pentagone, qu’il n’était pas question pour eux d’apporter la moindre coopération à la Russie pour la sécurisation des convois humanitaires dans les environs d’At-Tanf et qu’ils ne participeraient pas à la lutte contre les terroristes réfugiés dans la province d’Idlib :
« Les militaires américains estiment qu’il existe une voie plus efficace pour mener les opérations antiterroristes que de procéder à une opération d’envergure. » [Sputnik, Washington refuse de coopérer avec Moscou à Idlib, 8 septembre 2018.]

Sans doute préparent-ils une provocation qui leur permettrait d’accuser la Syrie d’utiliser des armes chimiques contre la population du pays !

Les États-Unis entraînent la France et la Grande-Bretagne dans le sillage de leur maladie mentale chronique.

Suite : IV. 145 – Le président turc pense-t-il avoir les épaules suffisamment larges ?

Françoise Petitdemange
19 septembre 2018


5 réflexions sur “IV. 144 – Iran, Russie, Turquie… À Idlib, intervention ou pas ?

  1. Bonjour, on a pas de témoignage des Syriens de retour dans leur pays, ça serait bien de connaitre leurs avis. Les médias se comportent comme des cacatoès, alors qu’ils n’ont jamais mis les pieds en SYRIE.

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  2. Merci, Jacques, pour votre commentaire.
    Pour l’instant, il est difficile d’avoir de vrais témoignages de Syrien(ne)s « de retour dans leur pays ». Mais le fait qu’ils-elles reviennent est déjà un indicateur. Il faut espérer que nous en saurons davantage lorsque l’État syrien sera parvenu à retrouver l’intégrité de son territoire, conformément à la Charte de l’ONU.
    Bien à vous, amicalement, Françoise

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