IV. 139 – Bachar El Assad (24 juin 2018) : Une politique occidentale sans hommes d’État

IV. 139 – Bachar El Assad (24 juin 2018) :
Une politique occidentale sans hommes d’État

Le président syrien accordant
un entretien à une journaliste russe de NTV

Le 24 juin 2018, le président Bachar El Assad accordait un entretien à une journaliste de NTV (chaîne de télévision russe). Voici les moments les plus parlants pour ce qui occupe ici :

Question 3 : « Quand je suis allée dans la Ghouta orientale, j’ai rencontré des gens qui pouvaient prouver qu’ils avaient vu eux-mêmes comment al-Nusra utilisait des armes chimiques contre leurs quartiers. J’ai vu des combinaisons de protection chimique dans des pièces où se trouvaient les quartiers généraux d’al-Nusra, etc. Mais l’Occident affirme que vous avez empoisonné votre propre peuple avec des armes chimiques. Pourquoi cela, pourquoi personne n’écoute les habitants, et pourquoi l’Occident insiste-t-il là-dessus ? »

Président Assad : « Parce que la fable chimique de l’Occident fait partie de son récit basique contre le gouvernement en Syrie, mais il ne l’utilise que lorsque ses troupes, ses mercenaires, des terroristes, ont été battus en Syrie dans certaines zones. Il utilise cette fable ou ce récit afin d’avoir un prétexte pour intervenir directement, militairement, et d’attaquer l’armée syrienne. C’est ce qui s’est passé à plusieurs reprises, et chaque fois qu’il utilise cette fable, c’est lorsque ses mercenaires, les terroristes, ont été vaincus. Ce devrait être – logiquement – l’inverse, sans même parler de la réalité, à savoir que, de toute façon, nous n’avons pas d’armes chimiques, puisque nous les avons abandonnées… »

Question 4 : « Y a-t-il un moyen d’empêcher toutes ces provocations ? Le ministère russe de la Défense dit que l’une de ces provocations est en train d’être préparée à Deir Ezzor, et ils l’ont dit récemment. Comment arrêter ça ? »

Président Assad : « Ce n’est pas possible : ce n’est pas le reflet de notre réalité ; c’est le produit de leur imagination, de leurs médias. C’est quelque chose qui est inventé dans leurs médias et dans leurs pays, et qui est ensuite répandu dans le monde entier sur Internet ou dans différents médias. Vous ne pouvez pas empêcher la provocation. Les Américains ne disent que des mensonges, et ils attaquent tout de suite après. Si le respect pour le droit international n’existe pas, si les institutions des Nations Unies ne sont pas efficaces, vous ne pouvez pas parler d’empêcher les provocations, parce que c’est la loi de la jungle maintenant, partout dans le monde. »

Question 8 : « Je suis allée dans la Ghouta orientale et j’ai vu à quel point cette région est détruite, l’ampleur des destructions et, d’après ce que je sais, il faut 400 milliards de dollars pour reconstruire le pays. Mais l’Occident affirme qu’il ne donnera pas un centime tant que vous serez au pouvoir. Que pouvez-vous faire dans cette situation dans la mesure où vous devez reconstruire tout le pays. »

Président Assad : « Franchement, c’est la meilleure déclaration que les Occidentaux aient pu faire durant toute cette guerre : ils ne participeront pas à la reconstruction en Syrie, parce que, tout simplement, nous ne leur permettrons pas d’y participer, qu’ils viennent avec de l’argent ou pas, qu’ils proposent un prêt, un don, ou une subvention, peu importe ; nous n’avons pas besoin de l’Occident. L’Occident n’est pas honnête du tout : il ne donne pas, il ne fait que prendre. Tout d’abord, nous n’avons pas construit la Syrie à travers l’histoire avec de l’argent étranger ; nous l’avons construite avec notre argent, avec nos ressources humaines. Malgré la guerre, nous avons toujours les ressources humaines pour reconstruire tous les secteurs de notre pays. Nous ne sommes pas inquiets à ce sujet.

En ce qui concerne l’argent, avant la guerre, nous n’avions aucune dette, parce que nous avons construit notre pays avec des prêts venant de nos amis. Donc, nous n’avons pas d’arriérés de dette. Il est possible d’obtenir des prêts de nos amis, de l’argent des Syriens vivant à l’étranger, des Syriens vivant en Syrie et de l’argent du gouvernement. Nous ne sommes pas inquiets à ce sujet. Cela peut prendre plus de temps, mais nous ne sommes pas du tout préoccupés par la reconstruction de la Syrie. N’oubliez pas que la reconstruction après la guerre – quand vous parlez de 400 milliards, c’est plus ou moins approximatif -, c’est une économie entière, c’est tout un marché, tout un investissement. Donc, quand les Européens parlent de venir participer à la reconstruction, ils ne viennent pas pour aider la Syrie ; ils viennent chercher de l’argent. Et de nombreuses entreprises européennes essaient maintenant de prendre contact avec nous pour que nous leur permettions de venir investir en Syrie. »

Journaliste : « De façon privée ? »

Président Assad : « De façon privée, bien sûr. Mais avec le soutien de leurs gouvernements. Donc, la plupart des pays européens ont besoin de ce marché, ils sont dans une situation désastreuse sur le plan économique depuis 2008. Ils ont besoin de nombreux marchés ; la Syrie en est un mais nous ne leur permettrons pas de faire partie de ce marché, tout simplement. »

 Question 10 : « Seriez-vous prêt, s’il le faut, à rencontrer Trump directement ou indirectement ? Pensez-vous qu’il soit nécessaire pour vous de parler à Trump ? »

Président Assad : « Nous pensons que discuter, parlementer ou négocier avec un adversaire, et bien sûr aussi avec tout le monde, est productif ; mais, dans ce cas précisément, depuis que la première négociation avec les États-Unis a eu lieu en 1974, nous n’avons jamais abouti à quoi que ce soit. Le problème avec les présidents américains, c’est qu’ils sont otages de leurs lobbies, des médias traditionnels, des grandes sociétés, de la finance, du pétrole, de l’armement, etc. Ils peuvent vous dire tout ce que vous voulez entendre, mais ils feront le contraire ; c’est actuellement le cas, et c’est de pire en pire : Trump en est un exemple très frappant. Par conséquent, parler et discuter avec les Américains sans véritable raison, sans rien obtenir, est une perte de temps. Nous ne sommes pas disposés à parler avec les Américains simplement parce qu’ils sont américains. Nous sommes prêts à discuter avec quiconque pourrait être productif, mais nous ne croyons pas que la politique américaine sera différente dans un avenir proche. Donc, encore une fois, ce serait actuellement une perte de temps. »

Question 11 : « Chaque fois que je pense à la Syrie, je me rappelle que vous êtes médecin de carrière, que vous avez vécu longtemps à Londres, que vous avez été intégré dans cette société, et que cette société vous considère maintenant comme le symbole du mal sur la terre. Tout le monde dit – comme les politiciens, et dans les journaux – que vous empoisonnez les gens avec des armes chimiques, que vous faites subir toutes ces choses horribles à vos propres citoyens. Comment vous sentez-vous à ce propos ? Cela exerce-t-il une pression émotionnelle sur vous, sur vous et votre famille ? Comment leur expliquez-vous ce qui se passe ? »

Président Assad : « En réalité, sur le plan émotionnel, nous vivons en permanence avec le désastre en Syrie depuis sept ans. Donc, quand vous avez un désastre plus grand, vous ne ressentez pas la petite pression sur vous. Je veux dire que le sang perdu, chaque jour, par un seul Syrien, suscite beaucoup plus d’émotion que leur faux récit. Voilà pour le premier point.

Deuxième point. Quand vous savez qu’ils mentent, vous ne ressentez aucune émotion. Vous pourriez ressentir quelque chose s’il y avait de vraies critiques appuyées sur des faits et des histoires convaincantes, disons. C’est là que vous pourriez ressentir une certaine douleur ou une pression émotionnelle. Le problème avec les Occidentaux est qu’ils n’ont plus d’hommes d’État. Le substitut des hommes d’État et de la vraie politique est la fausse politique, et la fausse politique a besoin de fausses histoires, et les histoires chimiques font partie de ces fausses histoires. En réalité, dans la politique occidentale – je ne parle pas des gens, seulement des politiciens – ceux-ci n’ont aucune morale, ils n’ont aucune valeur. Ainsi, lorsque vous faites face à des personnes sans valeur, sans morale, elles n’ont aucune influence sur votre cœur, votre cerveau ou votre esprit. »

[SANA (L’Agence Arabe Syrienne d’Information), Le président al-Assad interviewé par la chaîne de télévision russe NTV : toute réforme constitutionnelle est une affaire totalement syrienne, 24 juin 2018. Note de FP : J’ai dû revoir la transcription de SANA en français ainsi que la ponctuation. Que l’agence syrienne soit, ici, remerciée, qui publie des informations importantes apportant un regard différent et intéressant sur les menées de la politique occidentale. https://sana.sy/en/?p=140830%5D

Suite : IV. 140 – Qu’en est-il de la démocratie à l’ONU ? Bachar al-Jaafari en sait quelque chose… Et nous aussi ! 

Françoise Petitdemange
10 septembre 2018


3 réflexions sur “IV. 139 – Bachar El Assad (24 juin 2018) : Une politique occidentale sans hommes d’État

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