IV. 140 – Qu’en est-t-il de la démocratie à l’ONU ? Bachar al-Jaafari en sait quelque chose… Et nous aussi !

IV. 140 – Qu’en est-t-il de la démocratie à l’ONU ?
Bachar al-Jaafari en sait quelque chose…
Et nous aussi !

Le 28 août 2018, l’ONU affichait ceci sur sa page Info :
« À la une, la détérioration croissante de la situation humanitaire au nord-ouest de la Syrie au menu du Conseil de sécurité. » [ONU Info, Le Journal du 28 août 2018.]

Bachar Al-Jaafari à la télévision syrienne

Voici comment le Dr Bachar al-Jaafari, délégué permanent de la Syrie à l’ONU, devait rendre compte de ce qui lui était arrivé dans le cadre des interventions publiques au Conseil de Sécurité :
« En ce mois d’août la présidence du Conseil est britannique et, aujourd’hui, il s’est passé qu’après avoir écouté 16 intervenants, le Directeur de l’OCHA [Office for the Coordination of Humanitarian Affairs – Bureau de la coordination des affaires humanitaires : organe de l’ONU] et les délégués des 15 pays membres du Conseil de sécurité, la présidente britannique a décidé de limiter mon temps de parole à 5 minutes ; ce que j’ai refusé (…). Mais le problème est qu’elle s’était préalablement entendue avec la Secrétaire générale adjointe à la communication au Département de l’information de l’ONU, Mme Alison Smale également britannique, pour que l’enregistrement diffusé de mon intervention soit coupé. Je suis d’ailleurs le seul dans ce cas et, comme vous l’avez constaté, la diffusion a été interrompue 2 minutes environ après ma prise de parole.

De toute façon, nous avons porté plainte auprès de la Secrétaire générale adjointe et j’ai adressé, il y a quelques minutes, une lettre officielle à la présidente du Conseil en personne, lui demandant d’intégrer le texte complet de mon intervention au compte-rendu officiel destiné aux instances de l’ONU, afin que tous les États membres soient mis au courant de ce que nous avions l’intention de dire… »  [Sources : Vidéos Al-Ikhbariya / Mission syrienne à l’ONU.]

Qu’est-ce que les citoyens et citoyennes du monde que nous sommes ne devaient pas apprendre de la bouche du délégué syrien, Bachar Al-Jaafari ? dont le pays est – faut-il le rappeler – mis à feu et à sang depuis sept années et dont la population est exposée à des attaques chimiques effectuées, non par l’armée syrienne ou russe – quel intérêt ? – mais par les mercenaires occidentalo-golfico-sionistes… Pour mesurer la censure exercée par la présidente britannique du Conseil de sécurité et par la Secrétaire générale adjointe à la communication au Département de l’information de l’ONU, il faut lire le texte in extenso de l’intervention syrienne :

1 – Bachar Al-Jaafari, à l’ONU, 28 août 2018
(c. d’é. : FP)

Bachar al-Jaafari :

« Merci Madame la Présidente.
Merci aussi pour avoir mentionné les deux lettres que j’ai adressées aux bons soins de la présidence et des membres du Conseil de sécurité à propos du « chimique » et du grand danger qui nous guette au cas où il serait utilisé une nouvelle fois à Idleb.
Vous m’avez posé quelques questions, Madame la Présidente, et j’ose espérer que vous aurez le cœur assez grand pour supporter ce que j’ai à dire pendant quelques minutes, maintenant que je vous ai tous écoutés pendant plus d’une heure et demie. En effet, nombre de points importants méritent quelques éclaircissements mais, avant de lire mon communiqué, je voudrais signaler ce qui suit :

Premièrement : Au cours de la période correspondant au rapport de l’OCHA de ce jour, le ministère des Affaires étrangères a consenti à 2700 demandes du Programme Alimentaire Mondial (PAM) concernant l’acheminement des aides aux régions libérées et ailleurs : 2700 demandes !

Deuxièmement : Ce mois-ci, nous avons distribué, aux représentants des États membres du Conseil de sécurité, des explications détaillant le sens et les objectifs de la Loi n°10 (loi prévoyant la création d’entités administratives locales en charge des efforts de reconstruction, votée début avril 2018, et interprétée, entre autre, comme une tentative d’expropriation des déplacés syriens par le gouvernement syrien… NdT), lesquelles explications invalident toutes les allégations et informations biaisées, présentées de temps à autre par certains, quant aux prétendus objectifs de cette loi et devraient, par conséquent, clore la polémique sur le sujet.

Troisièmement : Le Croissant rouge syrien coopère, quotidiennement et continuellement, avec les partenaires locaux et internationaux, à l’acheminement des aides humanitaires et de dizaines de convois [jusque dans les] régions où des civils en ont besoin.

2 – Bachar Al-Jaafari, à l’ONU, 28 août 2018
(c. d’é. : FP)

Mais notre problème avec l’OCHA est le suivant : M. Ging a déclaré que seuls quatre convois ont été autorisés. Ce qui n’est pas vrai.
Notre problème avec l’OCHA est qu’il ne compte que les convois auxquels il participe. Autrement dit, les convois du PAM (Programme Alimentaire Mondial), du HCR [Haut Commissariat pour les Réfugiés : organe de l’ONU] ou de la Croix-Rouge, ne sont pas reconnus par l’OCHA. Les centaines de convois et les milliers de tonnes d’aides humanitaires [parvenues] dans les régions où les civils en ont besoin ne sont pas pris en compte par l’OCHA. Par conséquent, pour l’OCHA, seuls quatre convois ont été autorisés ce mois-ci. Ce n’est pas vrai et [cela induit en erreur] les représentants des États membres de ce Conseil.

3 – Bachar Al-Jaafari, à l’ONU, 28 août 2018
(c. d’é. : FP)

Ceci étant dit, j’entame la lecture de mon communiqué :

Madame la Présidente,
C’est à maintes reprises que nous avons mis en garde contre la présence, dans cette salle, d’un énorme et féroce éléphant menaçant les fondements de notre travail collectif et piétinant nombre de vérités, afin de camoufler les violations par certains États membres permanents des dispositions de la Charte (des Nations Unies) et des principes du Droit international.

Aujourd’hui, l’obstination dans l’erreur semble toujours de mise dans les politiques et les pratiques des gouvernements occidentaux à l’égard de mon pays. Au lieu de reconnaître leur culpabilité et d’assumer leur responsabilité politique et juridique pour avoir lancé une guerre terroriste contre la Syrie, son État et son peuple, et au lieu de rectifier les politiques catastrophiques menées contre notre région en général et contre mon pays en particulier, ils persistent dans leur agression et, par le biais de leurs bannières noires, de leurs casques blancs et de leurs lignes rouges, ils préparent de nouvelles mises en scènes sanglantes utilisant des armes chimiques dans le nord-ouest de la Syrie. Ceci, dans le but d’entraver l’opération politique en cours, de justifier l’agression de mon pays ainsi que l’occupation de certaines de ses régions, et d’insuffler une nouvelle énergie aux reliquats du terrorisme encore présent dans ces régions.

4 – Bachar Al-Jaafari, à l’ONU, 28 août 2018
(c. d’é. : FP)

Le gouvernement de mon pays condamne le communiqué publié il y a quelques jours par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, et réfute le fond et la forme de son contenu. La Syrie a affirmé à plusieurs reprises qu’elle considère que l’usage des armes chimiques est immoral, qu’elle le condamne en tout lieu, en toutes circonstances et contre qui que ce soit.

Aujourd’hui, la Syrie réaffirme qu’elle ne possède aucune arme chimique et qu’elle a respecté tous les engagements pris avec l’OIAC (Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques), laquelle en a informé l’ensemble des organisations internationales concernées, dont votre respecté Conseil. Il est donc inutile que je vous répète à chaque réunion que le stock de produits chimiques syriens a été détruit à bord du navire américain Cape Ray en Mer Méditerranée, tandis que [pour] le stock d’Israël en armes nucléaires, chimiques et biologiques, [on] attend toujours la bénédiction de ce Conseil pour s’en débarrasser.

5 – Bachar Al-Jaafari, à l’ONU, 28 août 2018
(c. d’é. : FP)

Madame la Présidente,
Je mets entre vos mains des informations documentées sur les préparatifs de l’organisation terroriste le Front al-Nosra, et de groupes affiliés, en vue de l’utilisation d’armes chimiques contre des civils du gouvernorat d’Idleb, dans le but d’incriminer l’Armée Arabe Syrienne et de justifier n’importe quelle éventuelle agression militaire menée par les gouvernements des pays employeurs de ces organisations terroristes, à l’instar de ce qui s’est passé lors de l’attaque américaine sur l’aéroport d’Al-Chaayrate, le 7 avril 2017, et lors de l’agression tripartite américano-franco-britannique, le 14 avril 2018.

Dans le cadre des préparatifs de ce crime, face auquel nous demandons fermement aux gouvernements ayant de l’influence sur ces groupes terroristes de dissuader leurs agents de le mettre à exécution, huit conteneurs de chlore ont été transportés au village de Helouz à Idleb, en prévision du scénario destiné à la mise en scène d’une nouvelle attaque chimique. Une attaque jouée par les terroristes du « Parti islamique du Turkestan » et du Front al-Nosra – terroristes que les rédacteurs des rapports onusiens se plaisent à qualifier d’« opposition armée non étatique » -, lesquels utiliseront des produits chimiques toxiques contre des civils syriens, dont des dizaines d’enfants, kidnappés depuis quelques jours dans les campagnes d’Alep et d’Idleb, afin d’accuser le gouvernement syrien et de poursuivre la brutale agression contre la Syrie.

6 – Bachar Al-Jaafari, à l’ONU, 28 août 2018
(c. d’é. : FP)

Toute agression contre mon pays, si elle avait lieu, serait une agression contre un pays membre fondateur des Nations Unies, une agression contre la paix et la sécurité régionales et internationales, un soutien au terrorisme et une atteinte aux efforts que nous avons consentis avec nos alliés pour le combattre ; en sachant que la roue tourne et que, tôt ou tard, l’agresseur finira pas payer ses forfaits.

Je me contenterai de ce peu, Madame la Présidente, en réponse à votre exigence de limiter mon temps de parole bien que cette réunion soit importante, [qu’elle] concerne mon pays, et que tous se sont amplement exprimés.

Merci. »

7 – Bachar Al-Jaafari, à l’ONU, 28 août 2018
(c. d’é. : FP)

Il est aisé de comprendre la colère du très raffiné diplomate syrien, Bachar Al-Jaafari, lorsque, parvenu à la fin de son intervention, il écrase le bouton pour fermer son micro.

Elles sont chouettes, la « présidente » britannique « du Conseil de sécurité » et la « Secrétaire générale adjointe à la communication au Département de l’information de l’ONU », affublées de titres ronflants qui dissimulent très mal les pires bassesses politiques de leur monarchie. Jusqu’à quelles autres bassesses la Grande-Bretagne, les États-Unis, et quelques pays suivistes comme la France, accepteront-ils de descendre pour imposer leur dictature sur le monde humain ?

[ONU, La Mission Syrienne aux Nations Unies, 28 août 2018, Intervention de Bachar al-Jaafari (8’25 »), Délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies.
https://www.youtube.com/watch?v=niroDO85jVc Transcription et traduction par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca
Note de FP : Les mots entre (parenthèses) sont de la traductrice. Les mots entre [crochets] sont de mon fait. J’ai modifié légèrement la ponctuation et changé ou ajouté quelques mots afin de faciliter le sens. Que soient remercié(e) la traductrice pour le travail accompli et le site mondialisation pour son rôle dans la compréhension des affaires de notre monde.
© Dr Bachar al-Jaafari, Vidéos Al-Ikhbariya/Mission syrienne à l’ONU, 2018]

Suite : IV. 141 – Les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France mentiront au monde entier jusqu’au bout !

Françoise Petitdemange
11 septembre 2018


2 réflexions sur “IV. 140 – Qu’en est-t-il de la démocratie à l’ONU ? Bachar al-Jaafari en sait quelque chose… Et nous aussi !

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