Dictatures et tyrannies : tant qu’on veut. Mais « totalitarisme » : jamais!

Ainsi, selon Hannah Arendt, essayer de faire le tri entre Chine communiste, Russie communiste et Allemagne nazie, ce serait s’affairer inutilement à couper les cheveux en quatre. Il s’agit tout simplement de régimes « totalitaires », cet objet improbable dont elle se promet de dégager les caractéristiques.

Mais, aussitôt, elle aura préféré réaliser une grosse économie d’efforts : si la Chine communiste est effectivement à ranger dans la catégorie « totalitarisme », la mise au jour du nouveau concept peut se passer d’elle. En effet, et nous devrions le regretter pour la clarté de la démonstration, il se révèle, selon Hannah Arendt que « Mao n’est pas un assassin ». C’est dire que si force est de ranger la Chine communiste parmi les régimes « totalitaires », l’exceptionnelle bonté d’âme de son grand dirigeant ne doit pas venir brouiller l’épure sanglante dont madame Arendt a besoin pour régler ses comptes avec ce qui se cache derrière tout totalitarisme « vrai » : la populace (selon la traduction française). Laissons donc la Chine.

Pourquoi le « totalitarisme » ne doit-il être retenu qu’à l’état pur, c’est-à-dire comme un monstre en permanence assoiffé de sang? C’est bien sûr parce qu’il est la création d’une petite Hannah qui paraît avoir eu une certaine fascination pour les ogres!… Ou, plus généralement, pour les monstres. Et plus généralement encore, pour les monstres politiques. Dans le zoo des monstres politiques, elle est aux anges. Prenons-la sur le vif :
« Dans notre contexte, le point décisif est que le gouvernement totalitaire diffère des dictatures et des tyrannies ; distinguer entre celui-là et celles-ci n’est nullement un point d’érudition qu’on pourrait tranquillement abandonner aux « théoriciens », car la domination totale est la seule forme de gouvernement avec laquelle la coexistence n’est pas possible. » (page 201)

Rendons le propos aussi explicite qu’il l’est : pas plus qu’il n’était possible de laisser en vie l’Allemagne nazie (elle s’était déjà pas mal chargée de ravager les pays qui l’entouraient), il n’était possible de ne pas tout faire pour abattre le pays des Soviets en tant que tel. Que sans le second (sous le « règne » de Staline), il eût été extrêmement difficile de venir à bout du premier, cela n’importe pas. Madame Arendt avait besoin que tout ce totalitarisme fût anéanti. Par contre, bonjour les dictatures et autres tyrannies qu’il ne faudrait surtout pas abîmer par inadvertance :
« Aussi avons-nous toutes les raisons d’utiliser le mot ‘totalitaire’ avec parcimonie et prudence ».

En effet, les Guignols du totalitarisme sont là pour forger, établir et désigner des cibles qu’il faudra ensuite atteindre et anéantir : ici, pas de quartier… Toute coexistence est interdite. C’est-à-dire qu’il faut tuer. Oh, rien que le… totalitarisme… sans doute. S’il se laisse faire.

Le compte d’Hitler ayant été enfin réglé en 1945, il ne restait plus, après la mort de Staline en 1953, qu’à anéantir sa réputation (et, derrière la sienne, celle de la grande URSS). Une phrase comme celle-ci peut amplement y suffire, n’est-ce pas?
« Pour dire la chose un peu brutalement : nous n’avions pas besoin du discours secret de Khrouchtchev pour savoir que Staline avait commis des crimes, ou que cet homme prétendument ‘méfiant jusqu’à la folie’ avait décidé de placer sa confiance en Hitler. » (page 202)

Nous savons effectivement que, du point de vue documentaire, l’historienne Hannah Arendt n’a vraiment besoin de rien pour prouver quoi que ce soit.

Quant à ce « méfiant jusqu’à la folie » qui place « sa confiance en Hitler », c’est un fort beau document assez bien trafiqué… Il ne fait qu’effacer 27 millions de morts soviétiques, combattants ou civils, hommes, femmes, enfants ou vieillards…

Arendt H-S ok

 

  
Pour sa part, l’édition française des
« Origines du totalitarisme » (page 110) 
fournit un autre document qui n’est pas mal non plus…
et d’une très grande vérité.
 C’est bien ce que l’on peut et doit appeler :
« la scène primitive »
(cf. photo ci-contre).

 

Michel J. Cuny

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