Winston Churchill révèle le bien-fondé des procès de Moscou (1936-1938)

Nous avions vu antérieurement la réputation qu’avait pu valoir à Pierre Cot le fait d’avoir voulu un rapprochement stratégique et politique avec l’Union soviétique. Il l’a lui-même écrit :
« Les journaux français profascistes et réactionnaires se mirent à me dénoncer comme un « adversaire de la paix », l’ « agent ou le complice de Staline et de Beneš », un « va-t-en guerre » et un « boutefeu ». Il est entendu que j’étais tout cela, et Adolf Hitler un agneau paisible. »

De façon tout à fait inattendue, nous allons retrouver, sous la plume de Winston Churchill, le nom de Beneš, président de la République tchécoslovaque du 18 décembre 1935 jusqu’à une semaine après la signature des accords de Munich (30 septembre 1938) à la discussion desquels les Occidentaux – Hitler, Chamberlain, Mussolini et Daladier – se gardèrent bien de le convier, de même qu’ils négligèrent de le faire pour les Soviétiques

Winston Churchill fixe tout d’abord le cadre général dans lequel placer les confidences que l’ancien président tchécoslovaque lui a faites six ans après la pantalonnade de Munich :
« Les relations officielles entre la Russie et la Tchécoslovaquie, ainsi que les relations personnelles des dirigeants soviétiques avec le président Beneš, étaient celles d’une étroite et solide amitié. » (page 151)

Comment Churchill, lui-même, est-il devenu partie prenante d’un héritage historique qui ne paraît guère avoir franchi les frontières de la France pour venir irriguer la conscience politique de ses citoyennes et citoyens ? Il s’agit d’une simple rencontre qui ne paraît due qu’à un hasard…
« Lorsque le président Beneš me rendit visite à Marrakech en janvier 1944, il me raconta l’histoire suivante : en 1935, Hitler lui avait offert de s’engager à respecter en toutes circonstances l’intégrité de la Tchécoslovaquie, en échange d’une garantie que cette dernière resterait neutre en cas de guerre franco-allemande. » (page 151)

Ici, nous le constatons : avec trois ans d’avance (1935), nous nous trouvons en présence de la situation inverse du temps de Munich (1938). Hitler ne cherche pas à obtenir la paix occidentale dans le cas d’une attaque orientée contre la Tchécoslovaquie… Il veut que celle-ci ne bouge pas, s’il attaque la France.

D’une certaine façon, la réponse du président de la République tchécoslovaque est toute trouvée : grâce à Pierre Cot – même trahi plus tard par Laval son pays est uni, en particulier, à la France… C’est ce qu’il répond à son interlocuteur nazi… qui lui souffle par avance le modèle de ce que sera la réponse du lâche Daladier à Munich en septembre 1938… Voici les termes utilisés par Churchill pour décrire cette scène qu’il n’a pas lui-même vécue, mais qu’il recueille de l’homme d’Etat qui a reçu en plein visage l’annonce de la fin de l’indépendance et de l’existence même du pays – abandonné tout particulièrement par la France – dont il assumait alors la présidence :
« Lorsque Beneš fit état du traité qui l’obligeait à se tenir aux côtés de la France en pareil cas, l’ambassadeur d’Allemagne répondit qu’il n’était pas nécessaire de dénoncer ce traité ; il suffirait d’y manquer le moment voulu, en s’abstenant de mobiliser ou d’agir. » (page 151)

Or, la suite des confidences faites en 1944 par Edvard Beneš à Winston Churchill va nous montrer que la même tentative nazie d’introduire des trahisons politiques et militaires à l’intérieur des pays que Hitler comptait se soumettre par la ruse ou par la force concernait également… l’Union soviétique, et qu’elle aurait très bien pu réussir… sans la fermeté et l’intelligence de Staline :
« À l’automne de 1936, le président Beneš reçut un message d’une haute personnalité militaire allemande l’informant que, s’il voulait bénéficier de l’offre du Führer, il lui fallait se presser, car il allait bientôt se produire en Russie des événements qui permettraient à l’Allemagne de se passer de l’aide des Tchèques. » (page 151)

Ce qui signifie que l’Union soviétique n’allait peut-être pas tarder à tomber comme un fruit mûr dans l’escarcelle d’Hitler… Mais par quel miracle ?

J’y viendrai… Petite question, en attendant la suite : comment la France a-t-elle pu tomber si vite dans les bras du chef nazi – dix jours pour se faire couper la tête par lui – en mai-juin 1940 ?

Reprenons le fil des explications dont a pu bénéficier Churchill à propos de la Tchécoslovaquie d’avant les accords de Munich, et à propos surtout d’un éventuel effondrement soviétique :
« Tandis que Beneš méditait sur le sens de cette allusion inquiétante, il apprit que le gouvernement allemand communiquait avec d’importantes personnalités en Russie par le canal de l’ambassade soviétique à Prague. » (page 151)

Ce qui lui avait permis d’être frôlé par un certain type d’information… Communication entre des nazis et des personnalités soviétiques !… Est-ce possible ? Mais oui, affirme Winston Churchill :
« Cela faisait partie de ce que l’on a appelé la conspiration des militaires et de la vieille garde communiste pour renverser Staline et introduire en Russie un nouveau régime ayant une politique pro-allemande. Le président Beneš informa Staline sans délai de tous les renseignements qu’il put réunir. Il s’ensuivit en Russie soviétique une purge impitoyable – mais peut-être pas inutile – des milieux politiques et militaires, ainsi qu’une série de procès à partir de janvier 1937, dans lesquels le procureur Vychinsky joua un rôle si magistral. »  (pages 151-152)

trahison

Voici donc le coeur des fameux procès de Moscou !… où l’Occident capitaliste – et la France elle-même si accommodante en mai-juin 1940 – ont voulu voir le début des vrais grands crimes de Staline !… De qui se moque-t-on ?… depuis trois quarts de siècle !…

Michel J. Cuny

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