Comment l’Allemagne a lavé la tache du « judéo-bolchevisme » de conception nazie

S’il faut en croire Ernst Nolte, l’Allemagne fédérale a mis quelques années pour admettre de ranger les activités de l’Allemagne nazie sous l’étiquette du pire des crimes. Avant le début des années soixante, il n’en était pas encore question. Voilà qui surprendra, et c’est pourquoi il faut s’empresser de citer Ernst Nolte à propos du moment où, cruellement pour la conscience allemande, tout a basculé :
« Au moins tendanciellement, le discours sur la guerre nationale-socialiste d’extermination qui passait pour déconcertant en 1963 encore devint un lieu commun ; le « fascisme allemand » devint l’unique cible des attaques avant de finir par être qualifié de « mal absolu ». Il n’était plus question ni du communisme soviétique, ni des offensives exterminatrices contre les « koulaks » ou la « bourgeoisie. » » (page 22)

Vue du tribunal militaire international de Nuremberg : proces des principaux criminels de guerre nazis entre novembre 1945 et octobre 1946. Hermann Goering, Rudolf Hess, Joachim Von Ribbentrop, Wilhelm Keitel, Alfred Rosenberg. ©Aldo Liverani/Leemage

Le procès de Nuremberg

Disons, en manière de plaisanterie, que cela a tenu sans doute au fait qu’on ne connaissait plus ou pas encore le schéma explicatif qu’a fini par fournir à Ernst Nolte la phrase prononcée le 17 septembre 1918 par Grigori Zinoviev appelant à l’extermination de dix millions d’individus : koulaks ou bourgeoisie, comme on voudra.

Mais, en France également, nous avions de quoi ne pas pouvoir criminaliser les agissements de Hitler et consorts autrement qu’en ce qui concernait la destruction d’environ six millions de Juifs. Très vite, il était même devenu difficile d’évoquer l’anéantissement programmé des résistant(e)s, français(e)s ou non, mais d’obédience communiste…

Revenons alors à la situation allemande des quinze premières années d’après-guerre :
« Certes, l’ « Holocauste » mettait la nouvelle extrême gauche quelque peu dans l’embarras puisqu’elle aussi considérait que les communistes avaient constitué la véritable cible du national-socialisme, et que ce n’avait été au fond qu’un hasard si les Juifs, simples « boucs émissaires », leur avaient été associés ; en Allemagne, toutefois, le souvenir concret des persécutions et des déportations entre 1938 et 1945 était suffisamment vivace pour qu’il fût impossible de refouler ou de repousser à l’arrière-plan l’extermination des Juifs, contrairement à ce qui était largement le cas en Union soviétique ou dans l’ensemble du Bloc oriental. » (page 22)

Il faut ici prendre soigneusement en compte ce qui est sous-entendu : l’Allemagne fédérale, ayant diabolisé les communistes, ne pouvait pas excuser l’Allemagne nazie d’en avoir détruit autant qu’il lui était possible à l’intérieur de ses frontières autant qu’à l’extérieur, et plus particulièrement dans l’Est européen et en U.R.S.S. Par contre, elle restait parfaitement disposée à faire amende honorable devant les Juifs, et ceci pour des raisons qu’Ernst Nolte et quelques autres ne devaient pas tarder à nous fournir : nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir.

À l’inverse, en Allemagne de l’Est et dans l’ensemble dudit « camp soviétique », l’ancienne dénomination de la cible nazie : le judéo-bolchevisme, conservait toute sa valeur explicative, le « bolchevisme » n’y étant pas, à lui tout seul et avant toute enquête, le signe nécessaire et suffisant d’une quelconque infamie.

Or, si le poids de la culpabilité allemande dans la volonté reconnue d’exterminer les Juifs (sans plus parler des bolcheviks) est devenue particulièrement écrasante pour la République fédérale d’Allemagne :
« En revanche, on refoula d’autant plus systématiquement le souvenir des exterminations qui s’étaient déroulées en Union soviétique tout comme le souvenir de la situation proche de la guerre civile qui avait caractérisé les dernières années de Weimar ; tout au plus évoquait-on ces événements en parlant de « stalinisme » ou de « terreur des SA ». » (page 22)

Ainsi, l’horreur qui aurait dû, selon Ernst Nolte, rester fixée sur les « crimes » du bolchevisme se trouvait masquée par la trop grande place prise par les souffrances de la première moitié, la moitié juive, de la vraie cible du nazisme : le judéo-bolchevisme.

Il allait donc falloir couper idéologiquement en deux ce qu’auparavant le même auteur nous a présenté comme la déduction principale à tirer de Mein Kampf :
« Il n’y aura plus d’hommes à [la] surface [de la terre] si « le Juif » parvient, à l’aide du marxisme, à se rendre maître du monde.« 

Travail de réorientation de la « question juive » qui a désormais réussi, et à l’échelle planétaire.

Suite : Quand la réalité est sommée de « démontrer » le fantasme

Michel J. Cuny


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