Quand la réalité est sommée de « démontrer » le fantasme

Après le début des années soixante, et en dehors de sa rencontre presque miraculeuse avec la petite phrase de Zinoviev, Ernst Nolte se trouvait très embarrassé devant la curieuse dérive qui, vingt ans après sa disparition, faisait de l’Allemagne nazie la seule et unique responsable du plus grand massacre de l’Histoire mondiale. Il lui fallait un second quasi-miracle. Il l’obtint enfin :
« C’est ici que se situe le grand et impérissable mérite du Livre noir du communisme. La contribution de Nicolas Werth sur la Russie soviétique, notamment […]. » (page 23)

Mérite d’un genre très particulier puisqu’il s’agit effectivement d’une sorte de cinéma d’horreur dont le fond d’argumentation est bien moins important que le bruit et la fureur qu’il permet de mettre en scène. On imagine Ernst Nolte, les yeux écarquillés devant cette révélation tout bonnement transcendantale, au sens où elle est effectivement venue d’un au-delà qu’il va nous falloir essayer d’évaluer.

Hitler-Staline

En attendant Ernst Nolte est foudroyé comme seuls savent l’être les grands mystiques au moment précis où leur imagination s’ouvre à la rencontre du divin :
« Lorsqu’on lit sans idée préconçue ce travail, on est souvent glacé d’effroi par les descriptions d’orgies exterminatrices qu’il contient […]. » (page 23)

Oh, que cela est donc délicieux! Et comme on sent bien que le brave Ernst n’aurait voulu manquer aucune séance de cette extravagante fantasmagorie qui allait lui permettre d’aller retirer Hitler du fin fond des Enfers!

Mais, à qui voudrait le suivre bravement sur cette piste nouvelle, Ernst Nolte demande encore un effort, suprême celui-là, puisqu’il va permettre à la réalité de rejoindre la fiction, c’est-à-dire… à la phrase de Zinoviev de se réaliser à la façon d’une… prophétie de toute première qualité.

Ainsi, au sortir du cinéma fantastique, nous allons assister à un phénomène de pure remémoration, selon la prétendue formule de l’abréaction qui, à faire revivre le traumatisme par la fiction, lui permet de réapparaître dans la réalité du souvenir.

Premier temps : entrer dans le fantasme que propose le Livre noir du communisme et s’y laver de tout sens critique. Voici obtenu l’état de pureté intellectuelle absolue nécessaire au second temps de l’expérience conduite par Ernst Nolte :
« Le lecteur devra alors faire un pas que ne fait pas le Livre noir parce que tel n’est pas son propos : le pas qui conduit à constater que les contemporains ressentirent cet effroi et cette horreur avec beaucoup plus de force encore, la moindre des raisons n’étant pas qu’il s’agissait effectivement d’événements sans précédent dans l’histoire intérieure des Etats de l’Europe moderne : une idéologie ayant pris la forme d’un Etat dénonçant la paix civile interne sur des bases de principe, un chef de gouvernement qualifiant des groupes entiers de la population « d’araignées et de parasites » méritant la mort, l’exigence, formulée publiquement, de « l’extermination d’une classe », extermination qui devait bien vite dépasser les limites de la classe en question. » (page 23)

Les preuves étant considérées comme directement incluses dans l’horreur des mots, ce paragraphe suffit, en particulier, à nous convaincre du caractère finalement insuffisant de la prophétie de Zinoviev : 10 millions de victimes, c’était encore trop peu.

Quelques lignes plus loin, tout en indiquant – mais en passant seulement – que sa méthode est sans doute « unilatérale », Ernst Nolte va réussir à illustrer l’implosion du concept nazi de « judéo-bolchevisme » en faisant dévorer sous nos yeux les six millions de victimes de l’Holocauste par les bolcheviks eux-mêmes. Voyons cela :
« […] j’ai aussi cité des déclarations auxquelles on peut également reprocher leur unilatéralité mais qui émanent d’anciens communistes éminents : le marxisme serait indirectement responsable de la mort de quelque six millions de Juifs, car c’est lui qui aurait le premier prêché la haine et qui aurait le premier éliminé une classe entière […], ou bien les épurations de Staline n’auraient eu d’égales dans l’histoire que les chambres à gaz de Hitler […]. » (page 23)

Souhaitons que le lecteur ou la lectrice auront bien remarqué avec quelle prudence (somme toute élémentaire) Ernst Nolte a farci ce paragraphe de conditionnels qui ne nous empêchent pas d’adhérer subrepticement à la croyance qu’effectivement Marx est à l’origine d’Auschwitz, quand Hitler a été la copie conforme de Staline

Or, c’est en arrivant tout au sommet de cette façon particulièrement ignominieuse de refaire l’Histoire, que nous découvrons qu’elle avait pour but de nous conduire directement dans les bras de Hitler à qui nous ne pouvons plus manquer de nous identifier avec reconnaissance et amour :
« Mais plus important est que j’ai cité toute une série de propos de Hitler jeune, dans lesquels il évoque sans cesse, avec tous les signes de l’effroi et de l’amertume, la « morgue russe », « l’assassinat de masse de l’intelligence » ou le « massacre des intellectuels ». » (page 24)

Le pauvre petit! Décidément, il a eu bien du malheur!…
Oh! Nostalgie sainte… qui peut très bien s’instiller peu à peu dans l’idéologie dominante de l’Europe allemande de demain, si déjà elle n’est pas installée – plus ou moins subrepticement – dans celle d’aujourd’hui comme en sa vraie demeure.

Suite : Les conditions d’une vraie réhabilitation d’Hitler, selon Ernst Nolte

Michel J. Cuny

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