Fer de lance de la finance panafricaine, le Groupe Ecobank ne serait-il pas qu’un déguisement pour la finance américano-saoudienne ?

par Michel J. Cuny et Issa Diakaridia Koné

Si, jusqu’à présent, nous avons surtout repris les informations qui ont été données sur Kolapo Lawson, le fils du créateur d’Ecobank, par le site africanbusinessmagazine.com à la date du 8 février 2013, nous allons désormais nous tourner vers la retranscription d’un entretien qui avait eu lieu deux mois auparavant, c’est-à-dire en décembre 2012, entre Kolapo Lawson et le journaliste de newafricanmagazine.com : Stephen Williams

Un premier extrait nous montre que c’est effectivement le secteur privé qui cherche ici à se donner les moyens d’une action de très grande ampleur qui devra, à terme, couvrir l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, alors que les lendemains de la colonisation y avaient fait fleurir un secteur public très important qui tendait même, parfois, à s’affirmer d’obédience socialiste, voire même marxiste-léniniste.

Stephen Williams nous le dit très directement :
« Un bref résumé de l’histoire d’Ecobank serait que ce groupe de pères fondateurs a décidé que la région de l’Afrique de l’Ouest avait vraiment besoin de sa propre banque régionale du secteur privé pour promouvoir le commerce dans la région. En outre, par le biais d’une institution commune du secteur privé, la banque contribuerait également à concilier les différences et la méfiance entre les pays francophones et anglophones de la région, en leur donnant une orientation et un objectif communs. »

Si Ecobank a été officiellement créée au Togo en 1985, elle ne s’est d’abord que trop peu développée, de sorte que…
« au moment où le père de Kolapo, le chef Lawson, est devenu président du groupe en 1991, la banque était toujours en difficulté. »

La suite immédiate n’aura cependant pas été beaucoup plus brillante, jusqu’au moment où nous allons voir intervenir un homme de la nouvelle génération. Si Adeyemi Lawson avait dû se faire tout seul, et dans un domaine qui n’était pas qu’une affaire de finance, et si son fils Kolapo était resté du côté des experts comptables, Arnold Ekpe, lui, avait goûté avec profit aux enseignements reçus chez Citibank dont il faut rappeler qu’il se considérait comme en étant devenu une sorte de missionnaire à travers l’ensemble du continent africain…

Stephen Williams écrit :
« En 1996, Arnold Ekpe a été nommé directeur général d’Ecobank, après avoir travaillé pour Citibank. Ekpe a dirigé le processus d’expansion en Afrique de l’Ouest, en ouvrant des succursales au Burkina Faso, au Mali, en Guinée, au Libéria, au Niger et au Sénégal, et en aidant également à sécuriser le financement des investissements, comme celui du prince Alwaleed d’Arabie saoudite, de la Société financière internationale (IFC) de la Banque mondiale. et le West Africa Growth Fund. »

Mis en alerte par la survenue inattendue du… prince Alwaleed, nous avons eu l’impression que ce nom ne nous était pas totalement inconnu… Un rapide retour au Rapport annuel (2005) du Groupe Ecobank, nous a en effet permis de retrouver cette présentation qui y était faite d’un membre du Conseil d’Administration…

« Kofi Bucknor est le représentant de Kingdom Zephyr Africa Management Company et Directeur Général de J. Kofi Bucknor & Associates au Ghana. Il a occupé des postes de responsabilité dans plusieurs sociétés en Afrique de l’Ouest, en Europe et aux États-Unis. Président du Conseil d’administration du Ghana Stock Exchange et conseiller du Prince Alwaleed Bin Talal Bin abdulaziz Al Saud d’Arabie Saoudite. Il représente Kingdom Holding au Conseil d’administration. » (page 11 du document papier)

Renseignement pris, il s’avère que Jude Kofi Bucknor est né au Ghana en 1955. Nous retrouvons une nouvelle fois cette synergie entre Nigérians et Ghanéens. Mais ce nouvel arrivant va nous entraîner bien plus loin qu’au Ghana… Un premier élément est très significatif : le prince Alwaleed Bin Talal Bin abdulaziz Al Saud n’est autre que l’un des petit-fils du roi Ibn Saoud, fondateur de l’Arabie  Saoudite… dont on sait, par ailleurs, les liens très étroits qu’il avait noué avec les États-Unis, tout particulièrement à partir de sa rencontre avec le président Franklin Roosevelt, le 14 février 1945, sur le croiseur Quincy…

Que peut peser la présence de l’Arabie saoudite dans le capital d’Ecobank ? Quelle est la dimension des capitaux sur lesquels le Ghanéen Jude Kofi Bucknor doit veiller pour le compte du prince Alwaleed ?

S’agissant plus précisément de la société Kingdom Holding, il importe de remarquer qu’elle appartient à 95% à celui-ci… Il en est le maître absolu… Pourrions-nous avoir une idée un peu plus précise des domaines dans lesquels, outre Ecobank, cet héritier d’une part importante de la fortune pétrolière saoudienne a choisi d’investir ?

Voici les informations très significatives que nous avons pu extraire et réduire à l’essentiel en consultant le lien : https://fr.qwe.wiki/wiki/Al-Waleed_bin_Talal . Elles vont nous remettre sur une piste que nous commençons à très bien connaître.

Né en 1955, la même année que Jude Kofi Bucknor, le prince Alwaleed Bin Talal Bin abdulaziz Al Saud a commencé à s’initier au monde des affaires en Californie ; revenu en Arabie Saoudite, il reçoit 30.000 dollars de sa famille, puis il réussit à se faire prêter 300.000 dollars par la Saudi American Bank… qui est alors détenue à 40% par… Citibank !

Il paraît qu’en 1989, l’ensemble de ses investissements représentaient une valeur nette de 1,4 milliard de dollars…, et le voici qui se lance dans l’aventure de venir taquiner les grands intérêts internationaux… Pour 250 millions de dollars, il rachète des parts dans Chase Manhattan (Chicago, USA), Citicorp (eh oui ! il s’agit, historiquement, de la maman de Citibank !), Manufacturers Hanover (New York, USA) et Chemical Bank (New York, USA).

Comme s’il voulait (par avance !) nous donner raison dans le souci que nous prenons depuis un certain temps de Citibank (en raison de tout ce que le panafricain Groupe Ecobank lui doit), le prince Alwaleed décidera bientôt de se désengager de trois de ces quatre banques pour concentrer une part essentielle de ses avoirs sur Citicorp… jusqu’à posséder 4,9% de son capital, ce qui est énorme, compte tenu de la dimension de celle-ci…

L’année suivante, Citibank peine à trouver des alliés susceptibles de venir renforcer son capital à elle. Qu’à cela ne tienne : le jeune prince saoudien lui tend très vite une main secourable, et, en janvier 1991, il investit chez elle 590 millions de dollars, c’est-à-dire pratiquement la moitié de la richesse qu’il a réussi à accumuler jusqu’alors. Comme si cela ne suffisait pas, un mois plus tard, son investissement total dans l’autre société, Citicorp, atteindra 797 millions de dollars, soit environ 15% du capital total… Tout en étant contraint à une certaine retenue du fait de la législation états-unienne qui interdit la constitution de trusts trop importants, le prince Alwaleed est alors devenu le plus grand actionnaire de la plus grande institution financière des États – Unis de l’époque.

Ce qui gâte rien, le 8 octobre 1998, la fusion de Citicorp avec la compagnie d’assurances Travelers Group déboucherait sur la naissance de Citigroup, la plus grande société de services financiers au monde. Voilà donc de quel univers venait ce prince Alwaleed qu’Arnold Ekpe aura su intéresser à l’Ecobank de MM. Lawson, père et fils, qui ne faisait encore que végéter à Lomé (Togo)…


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