U.R.S.S. – Le temps de l’hallali…

Du point de vue de la politique extérieure, et de ce qu’il en avait coûté à l’Union soviétique pour résister aux assauts d’Adolf Hitler, il nous faut admettre, avec Andreï Gratchev, que tout s’était décidément effondré rien que comme un vulgaire château de cartes…
« En novembre 1990, lors de la signature à Paris du traité sur les forces conventionnelles en Europe, Dimitri Iazov, ministre soviétique de la Défense présent à la cérémonie, était furieux au point de perdre toute réserve et de dire aux autres membres de la délégation soviétique : « Ce traité signifie que nous avons perdu la troisième guerre mondiale sans qu’un seul coup de feu ait été tiré. » » (Idem, page 222.)

Du passé, voilà que le capitalisme avait su faire table rase… Pouvait-on, cependant, en être si sûr ? Et le nouveau tsar suffirait-il à enfoncer le clou de la libre entreprise dans la chair d’une population qu’il était occupé à livrer pieds et poings liés aux anciens ennemis de son pays ? Autrement dit : ce tsar-là était-il autre chose qu’un tigre de papier ? Mais, non, bien sûr… C’est tout au moins ce dont Andreï Gratchev pense pouvoir nous donner la preuve :
« […] dès l’été 1990, l’Administration Bush avait commencé à déceler d’autres dirigeants politiques en mesure de succéder à Gorbatchev en URSS. » (Idem, page 238.)

Ici surgit la fascination qu’un semblant d’or peut exercer sur Gorby… C’est-à-dire les sommes en quoi paraît consister la valeur d’échange, alors que, pour qu’elle puisse se manifester sous la forme de capital, il lui faut revêtir un tout autre costume qui exige, pour prendre la valeur que cette sorte d’or paraît d’abord receler en tant qu’il brille, toute une série de conditions dont Gorbatchev n’a manifestement aucune idée… Elles comportent, en particulier, la soumission des classes travailleuses aux classes qui investissent… Voilà qui ne correspond pas vraiment à l’aumône que le nouveau tsar prétendait recevoir rien que pour nourrir la population d’un pays qu’il avait réussi à mettre sens dessus-dessous. Andreï Gratchev écrit :
« À la fin du mois d’avril 1991, Gorbatchev, certain que le Congrès américain allait vraisemblablement ratifier l’accord commercial, envoya à Bush une lettre lui demandant un prêt immédiat d’un milliard et demi de dollars pour financer l’achat de céréales américaines sur le marché mondial. La requête de Gorbatchev atterrit sur le bureau de Bush peu de temps après l’annonce, par le Président américain, de la victoire dans la guerre du Golfe ; ceci signifiait qu’il ne se souciait plus d’obtenir le soutien des Soviétiques aux Nations Unies. » (Idem, page 240.)

Mieux, nous dit-on…
« Il est sûr qu’à ce moment-là, Gorbatchev ne pouvait pas savoir que l’émissaire d’Eltsine, Andreï Kozyrev, qui avait rendu visite en mai à la Maison-Blanche pour le compte de son patron, avait pressé l’Administration américaine de n’accorder aucun subside au gouvernement central de Moscou, arguant du fait que ces crédits ne seraient pas utilisés efficacement. » (Idem, page 240.)

Ceux-là savaient bien que l’exploitation de l’être humain par l’être humain ne peut pas se réduire à un petit dialogue du type : « Passe-moi le sel, je te passerai la moutarde ! »

Tournons-nous maintenant vers Gorbatchev lui-même pour trouver une éventuelle confirmation de sa volonté de circonvenir le système soviétique en brisant tout lien avec les plus importants représentants, au sommet de la structure, de la masse du prolétariat ouvrier et paysan rassemblé dans le parti communiste lui-même pour conduire la dynamique d’ensemble d’extinction de l’exploitation de l’être humain par l’être humain…

Effectivement, et il ne s’en cache pas le moins du monde. Enfin désigné comme secrétaire général du P.C.U.S. (Parti Communiste d’Union Soviétique)…
« Dès mon entrée en fonctions, je pris pour ligne de conduite de ne pas me limiter au parti pour les décisions les plus importantes. En 1984, comme quinze ans plus tôt, le Politburo avait remis sine die un plénum du CC [Comité central] consacré au progrès scientifique et technique. Conscients de la complexité du problème et du besoin d’échanger librement des idées, nous nous mîmes d’accord pour abandonner l’idée d’un plénum et réunir plutôt une conférence pansoviétique, à condition de la préparer sérieusement. Le premier pas en ce sens a été la rencontre au CC avec des économistes, des scientifiques et des dirigeants du parti. » (Mikhaïl Gorbatchev, Mémoires, Éditions du Rocher 1997, page 227)

Il n’y a décidément pas à s’y tromper : ce qui va échapper à la classe ouvrière glissera du côté de la classe moyenne intellectuelle, mais aussi de la classe moyenne politique… puisque c’est bien de cette dernière façon qu’il faut qualifier les renégats communistes qui se décaleront très vite jusqu’à déboucher dans un arrivisme économique destiné à offrir aux pires d’entre eux les portes d’une oligarchie qu’on verra ensuite se répandre un peu partout dans le monde occidental avec les richesses captées dans l’ex-Union soviétique…

Comment Gorbatchev aura-t-il obtenu ce résultat ? Prenons tout d’abord cette question du côté de sa seule personne… et de ce qu’il croyait savoir du processus dont il se faisait l’instrument…

Michel J. Cuny


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