5 – Monsieur Sarkozy : un homme honnête, et un ex-président désintéressé

5 – Monsieur Sarkozy : un homme honnête,
et un ex-président désintéressé

(suite)

Gilles Bouleau recevait l’ancien président de la république,
le 22 mars 2018, au 20 heures, sur TF1
https://www.tf1.fr/tf1/jt-20h/videos/20-heures-22-mars-2018.html

Le journaliste lui ayant rappelé qu’il avait reçu « le dictateur Kadhafi », à Paris…

 « La bande Kadhafi, qui est une bande d’assassins… m’agonise d’injures et de calomnies. »

N. Sarkozy tend, cette fois, à minimiser ses mérites…
« J’ajoute que je n’ai pas été le seul : monsieur Chirac, trois ans avant, avait été en Libye, monsieur Blair avait reçu monsieur Kadhafi. Peu importe. Aujourd’hui, qu’est-ce qui reste dans tout cela, monsieur Bouleau ? Et c’est ce qui faut comprendre. La bande Kadhafi, qui est une bande d’assassins : le père, le fils, le neveu, le cousin, le porte-parole, la maîtresse, le beau-frère, m’agonise d’injures et de calomnies. »

[Au moment où le long embargo onusien (avril 1992-septembre 2003), sans cesse reconduit pour pousser le peuple libyen à la révolte, allait être levé, tous les chefs d’États, ministres, accompagnés d’importantes délégations d’hommes d’affaires bien en vue, que comptaient alors les pays occidentaux, s’étaient précipités dans l’État des masses, « l’État-voyou ».

Certains États (la Grande-Bretagne de Blair, par exemple, les États-Unis) avaient même pris les devants pour supplanter leurs vassaux (comme la France) et pour s’arracher les contrats les plus intéressants.

Nicolas Sarkozy le reconnaît… Les relations entre la France et la Libye, qui avaient connu des tensions durant la présidence de Jacques Chirac (mai 1995-mai 2007), s’étaient améliorées au point que le président s’était déplacé en 2004, en Libye : de bonnes relations s’étaient ensuite établies et des messages circulaient, chaque semaine, entre les deux pays. Or, durant sa présidence (mai 2007-mai 2012), soit en cinq années, Nicolas Sarkozy est parvenu à détruire les relations entre les deux pays jusqu’à plonger la Libye dans le chaos et à faire de ce pays « le tombeau de la France ». [Cf. FP, La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011), Éditions Paroles Vives 2014, pages 518-519.] De ses propos mielleux : « Je vous exprime mes respects et mon amitié, monsieur le Guide », il est passé à ses invectives : « La bande Kadhafi, qui est une bande d’assassins ».

« Le 10 mars 2011, je reçois à l’Élysée les opposants à Kadhafi, le CNT.
Le 11 mars, monsieur Kadhafi commence à parler du financement de ma campagne :
jamais avant ! »

N. Sarkozy :
« Ça a commencé quand ? Les Français doivent le savoir… Le 10 mars 2011, je reçois à l’Élysée les opposants à Kadhafi, le CNT. Le 11 mars, monsieur Kadhafi commence à parler du financement de ma campagne : jamais avant ! Durant les quatre années, il n’en avait dit un mot. Jamais ! »

[Nicolas Sarkozy paraît étonné… Or, il a rompu tout lien de confiance qui avait pu subsister jusqu’ici.

Il reçoit des opposants libyens dont Muammar Gaddhafi savait qu’ils étaient dangereux pour la Libye et le peuple libyen et, même, pour l’Europe et le monde. Apprenant cette ingérence de l’État français dans les affaires intérieures de l’État des masses, Muammar Gaddhafi ne pouvait qu’être en colère et instaurer un rapport de forces, d’abord verbal, pour tenter de désamorcer la menace qui pesait sur la Libye.

Pour comprendre ce renversement de situation, il suffit de penser au comportement qu’aurait eu le président Sarkozy si, tout à coup, après avoir fait ami-ami, le Guide révolutionnaire avait reçu des terroristes décidés à agir contre l’État français ?

À ce moment-là déjà, Muammar Gaddhafi sait à quoi s’en tenir, puisque…

Ainsi que je l’ai précisé par ailleurs : « Le 5 mars, le prétendu gouvernement provisoire, devenu CNT (Conseil National de Transition), s’autoproclame le seul représentant légitime du pays ! » [Cf. Idem, page 492.] Ce CNT a été bricolé par le sioniste Bernard-Henri Lévy et le peuple libyen a été compté pour zéro dans l’affaire. 

Et Muammar Gaddhafi n’a pas été le seul à se mettre en colère devant une telle trahison : « Le 10 mars 2011, la France est le premier pays à reconnaître le CNT de Moustapha Abdel Jalil à la stupéfaction du président bulgare, Gueorgui Parvanov. Il s’agit, là, d’un coup d’État, mené par un groupe de Libyens avec l’appui de l’étranger, contre la souveraineté du peuple libyen, contre le droit du peuple à disposer de lui-même. » [Idem, page 492.]

Moustapha Abdel Jalil, président du CNT – organisme hétéroclite dont la suite a montré que les membres étaient plus assoiffés de gloriole que compétents pour tracer ne seraient-ce que les grandes lignes de l’avenir de la Libye – avait, entre 2004 et 2006, en tant que président de la Cour d’appel de Tripoli, confirmé à plusieurs reprises la sentence de mort prononcée contre les infirmières bulgares et le médecin dit palestinien. D’où « la stupéfaction du président bulgare » lorsqu’il apprend la reconnaissance, par la France, de ce CNT présidé par celui qui était naguère considéré dans le milieu politique français comme le bourreau des infirmières bulgares : Moustapha Abdel Jalil.

Après cela, Muammar Gaddhafi ne pouvait plus s’estimer lié par le secret des affaires à l’égard de Nicolas Sarkozy et de sa clique gouvernementale. Il lui fallait tenter de contrer ce président français qui multipliait les mensonges et qui s’apprêtait à faire de ces mensonges un levier pour justifier une attaque militaire contre la Libye.]

Le journaliste, à propos du financement de la campagne :
« Mais certains de ses proches – on y reviendra dans un instant – l’avaient noté et l’avaient consigné sur un carnet. »

N. Sarkozy :
« Non non non non. Jamais un mot ! Ça commence le 11 mars. Et, alors, parmi ses proches, il y en a un qui est particulièrement salé, c’est le beau-frère. J’ai amené cette dépêche. Monsieur Senoussi m’accuse – naturellement, je ne l’ai jamais rencontré, qui est ce Senoussi ? (Journaliste : Vous ne l’avez pas rencontré ?) N. Sarkozy : Jamais ! (Journaliste : lors de votre visite.) »

[Il y en a un autre qui est particulièrement salé, c’est Nicolas Sarkozy.]

« Monsieur Senoussi »
« qui a une moralité très faible »

N. Sarkozy :
« Jamais je n’ai rencontré monsieur Senoussi pour la raison simple qu’il avait un mandat d’arrêt international. C’est un monsieur qui m’accuse (les Français doivent le savoir) qui a une moralité très faible puisqu’il a été condamné, en mars 1999, par la Cour d’Assises Spéciale de Paris, à la perpétuité pour avoir été l’ordonnateur et le commanditeur de l’attentat le plus meurtrier qui a visé la France, c’est-à-dire l’attentat sur le vol d’UTA – pardon 170 morts dont 54 Français plus tout l’équipage. »

[Nicolas Sarkozy aurait pu parler aussi de l’explosion, en plein vol, du Boeing 747-100 de la Pan Am, au-dessus de Lockerbie (Écosse), qui a eu lieu le 21 décembre 1988 et qui a fait plus de morts encore… 270 personnes, dont des villageois de la localité touchée par les morcaux de l’avion. Cet attentat attribué de suite à la Libye a conduit deux Libyens en prison : l’un sera libéré, l’autre, Abdelbasset Ali Mohmed Al Megrahi, restera plusieurs années enfermé dans une geôle des Pays-Bas.

Pour accuser la Libye, des membres de la CIA chargés de l’enquête avaient importé des pièces métalliques sur les lieux du crash. La culpabilité de la Libye, qui reposait essentiellement sur des accusations de l’administration états-unienne, était sans cesse confirmée par le Conseil de sécurité de l’ONU qui prorogerait sur des années les sanctions économiques, militaires, diplomatiques prises contre l’État des masses.

Pour en finir avec cette histoire… « Au mois d’octobre 2008, la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste verse la somme de 2,7 milliards de dollars (soit 10 millions par victime) aux 270 familles pour un attentat dont aucun de ses membres n’est responsable et coupable. » [Idem, page 464.]

Certains États-Uniens, bien placés pour ne jamais avoir cru à la culpabilité libyenne, tel Henri Schuler, recracheront le morceau trop difficile à avaler… Et, finalement, la commission écossaise, chargée de réviser le procès, reconnaîtra que le Libyen Abdelbasset Ali Mohmed Al Megrahi, condamné à la prison à vie et qui a déjà huit ans et demi de prison derrière lui, a été victime d’une « erreur judiciaire ». [Idem, page 463.] Atteint d’un cancer (“imaginaire”, disaient les journalistes des médias mainstream, en 2011, avec toute la haine dont ils-elles étaient armé(e)s contre la Libye, le prisonnier politique Abdelbasset Ali Mohmed Al Megrahi ne reviendra sur le sol de son pays que le 20 août 2009 pour y mourir, le 20 mai 2012, soit sept mois, jour pour jour, après le Guide Muammar Gaddhafi.

Quant à l’explosion, en plein vol, du DC-10 d’UTA (Vol 772) – dont Nicolas Sarkozy veut parler ce 22 mars 2018 – qui reliait Brazzaville (capitale du Congo) à Paris via N’Djamena (capitale du Tchad), et qui a eu lieu le 19 septembre 1989, au-dessus du Ténéré, au Niger… parmi les 170 passagers qui sont décédés, se trouvaient 83 Africains, 1 Latino-Américain, 5 Asiatiques, 81 Européens et États-Uniens.

Le juge Bruguière, qui s’était fait une spécialité d’attaquer l’État libyen, avant toute certitude de son implication dans tel ou tel attentat, accusait six Libyens dont Abdallah Senoussi qui était vice-président des services libyens du Renseignement et, qui, en tant que beau-frère de Muammar Gaddhafi, était forcément coupable. Cependant, ce juge se serait rendu particulièrement négligent de n’avoir pas poussé les investigations du côté de passagers qui étaient descendus de l’avion, lors d’une escale, juste avant l’explosion.

Comme dans l’attentat de Lockerbie, les preuves de la culpabilité des Libyens, dans le crash de l’avion au-dessus du Ténéré, ne sont pas irréfutables et les vrais coupables sont à chercher du côté des officines de la CIA. En juin 1999, SOS Attentats et la sœur d’une des victimes françaises, qui avaient déposé une plainte contre Muammar Gaddhafi, verront leur plainte rejetée, après jugement de la Cour de Cassation… en France, par arrêt du 13 mars 2001, prononcé par le président.

L’attaque dˆavions civils – les Libyen(ne)s en savaient quelque chose – était plutôt une spécialité états-unienne et israélienne. [Cf. FP, La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011), Éditions Paroles Vives 2014, pages 241, 242, 243, 244, 247, etc.]

Évidemment, en ce mois de mars pourri pour Paul-Nicolas Bismuth-Sarkozy – puisque, ce 30 mars 2018, il vient d’être mis en examen pour une autre affaire – il lui faut, en présence du journaliste Gilles Bouleau et face aux Français, attaquer la Libye, avec tout l’aplomb nécessaire à sa défense, en raclant les fonds de tiroirs pour en sortir tous les vieux ragots.

Lorsqu’il insiste sur le nombre de morts dans l’attentat au-dessus du Ténéré, il semblerait, par contre, que le nombre de morts que ses bombardements et ceux de l’OTAN ont fait en Libye, fût tabou. Les décisions à l’emporte-pièce de la bande à Sarkozy sont à l’origine de dizaines de milliers de personnes tuées, blessées, handicapées à vie sur le sol libyen, et de l’assassinat de Muammar Gaddhafi. Des familles africaines, dont des familles libyennes, meurent, par milliers, depuis 2011, dans la Méditerranée parce qu’elles fuient l’esclavage, la torture né(e) du chaos que les amis de Nicolas Sarkozy – et lui tout particulièrement – ont instauré en Libye.]

Suite : 6 – Retour à l’envoyeur. Chez Sarkozy : il n’y a que la haine, la boue, la médiocrité… 

Françoise Petitdemange
30 mars 2018


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