Un présent qui déchantera longtemps encore

Bien assurés de nous avoir plongé(e)s au plus profond de l’écœurement par leur enquête impitoyable sur l’ensemble de la filière du médicament, les professeurs Even et Debré insistent sur la mise en cause des laboratoires pharmaceutiques : (page 111)
« Telle est la réalité et non l’inverse, qui serait de mettre leurs moyens de recherche et développement et de production industrielle au service d’un objectif de santé publique, visant à produire les médicaments les plus nécessaires et les moins dangereux au meilleur prix possible, au plus grand nombre de gens dans les pays du tiers-monde, autant que dans les pays occidentaux. »

Remarquons que l’allusion aux « moyens » ne doit pas induire en erreur. S’il s’agissait seulement de la valeur d’usage des installations et des personnels mobilisés par les multinationales du médicament, sans doute serait-il possible aux autorités de santé, en les rendant à la nation, d’en faire quelque chose de plus ou moins efficace en direction d’une vraie politique de santé publique.

Malheureusement, ces « moyens » (coûts matériels et montants des salaires) sont d’abord et avant tout du capital. Ce capital doit parcourir l’ensemble de sa rotation et engendrer un taux de profit satisfaisant selon les critères déployés par les investisseurs internationaux : les conditions d’une effectuation correcte de cette rotation échappent totalement au bon plaisir de qui que ce soit, sauf, peut-être, aux différentiels d’agilité de l’effet placebo dans telle ou telle circonstance.

Sans même avoir à l’expliquer en ces termes, nos deux amis le savent très bien : (page 111)
« Tableau très noir, mais tableau vrai, qui montre la quasi-impossibilité pour les États infiltrés à tous les niveaux, en France comme dans tous les autres pays occidentaux, par une industrie dont la valeur boursière totale est égale à celle des revenus d’une grande nation. »

Or, ce qu’il y a d’admirable dans la dimension financière acquise, dans le monde, par les multinationales, et, en France par Sanofi, c’est qu’elle trahit l’extraordinaire capacité qu’ont celles-là et celle-ci de tenir une comptabilité extrêmement diversifiée, ciblée, réactive et soumise aux seuls intérêts de la financiarisation. C’est un outil majeur dans le contrôle de notre vie en société, et il s’étend au plus intime de nos personnes… mais pour nous river à l’ensemble de la chaîne d’exploitation de notre crédulité.

Revoici MM. Even et Debré :
« Contrairement à ce qu’elle prétend, l’industrie pharmaceutique a depuis toujours abandonné toute éthique. Elle ne se préoccupe nullement des problèmes de santé publique de la planète, elle ne songe qu’à ses retours sur investissement, et elle le fait avec un mélange d’inconscience et de cynisme beaucoup plus grave que celui qui peut éventuellement arriver dans d’autres industries, dans la mesure où sa mission n’est pas de fabriquer des articles ménagers ou des iPhone, mais de lutter contre les maladies, au service des malades, et pas au service exclusif de ses actionnaires. »

D’où il résulte que messieurs Even et Debré sont de très gentils garçons. Ou bien de dangereux révolutionnaires : il n’y a quasiment pas de milieu.

Effectivement, en agitant pour la seconde fois dans la même page le chiffon rouge de la santé publique, ils montrent qu’en leur qualité d’Européens, ou bien ils se trompent d’environ un siècle, ou bien ils sont de ces communistes dont il a toujours été très clair qu’ils avaient le couteau entre les dents.

Car, il vaut mieux ne pas confondre 2012 avec 1917, et Chris Viehbacher avec Lénine

Or, il y a belle lurette qu’il n’y a plus de politique de santé publique en France. Pire : il n’y en a jamais eu que dans la tête de certains promoteurs ouvriers de la Sécurité sociale au temps déjà si lointain de la Libération. Rêve aussitôt envolé en présence des cris d’orfraie du corps médical, des petits commerçants, des agriculteurs, etc.

Il faut bien s’en convaincre : sans surrection de la valeur d’usage – de nos vies comme du reste – par rapport à la valeur d’échange, on ne voit vraiment pas pourquoi il ne nous faudrait pas continuer à vivre sous le festival des seuls effets placebo (médicaux, politiques, médiatiques, etc.) qui conviennent à la console de commande de la finance internationale, avec le lot ordinaire des guerres (économiques, et tout court) et des crimes (moraux, ou de sang) qui s’y décident mezza voce.

Michel J. Cuny

  1. Dernières nouvelles offertes par le site de « Capital » (28 janvier 2013) :
    – La FDA a accepté d’examiner la demande supplémentaire de licence du Lemtrada (alemtuzumab) de Sanofi en vue de son approbation dans le traitement des formes récurrentes de la sclérose en plaques (SEP). Le groupe pharmaceutique français a publié également des indicateurs clés sur le lancement d’Aubagio (teriflunomide) en une prise orale par jour sur le marché des Etats-Unis. Concernant le Lemtrada, Sanofi attend une réponde de l’autorité de santé américaine au deuxième semestre de 2013.
    – D’après le consensus de marché calculé à la date du 23/01/2013, les analystes conseillent d’acheter le titre. En effet, sur un total de 9 bureaux d’études ayant fourni des estimations, 7 sont à l’achat et 2 sont neutres. L’indice de recommandation AOF, reflétant l’avis moyen des analystes et s’étendant de -100% à +100%, est de 78%. Enfin, l’objectif de cours moyen est de 73,83 €.

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