La Lettre de Michel J. CUNY – Numéro 2 – 2 juillet 2013

Pour aider à sortir de l’ornière qu’on s’efforce de nous imposer…

 Et Charles de Gaulle… combien de morts ?

À Londres, en février 1943, Jean Moulin avait exigé et obtenu de De Gaulle que, dans les statuts fondateurs du futur Conseil National de la Résistance, l’activité de celui-ci soit déclarée souveraine…

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Jean Moulin (1899-1943)

En juin et juillet, l’intervention de la Cagoule, par la double main de Pierre Bénouville et du colonel Groussard (dont il faudra reparler) éliminait physiquement le garant de cette souveraineté : Jean Moulin lui-même.

Mais qui était derrière Bénouville ? Pourquoi ses fréquents voyages et ce bureau en Suisse où venait le rejoindre André Bettencourt, l’envoyé spécial de François Mitterrand ?

Voici ce que Bénouville lui-même en écrivait, dès 1946, dans « Le Sacrifice du matin » :
« À chaque voyage, je rapportais le plus d’argent possible. Je me souviens d’un jour où je quittai la Suisse, emportant, distribués dans mes différentes poches de veston, quatre ou cinq millions en billets de cinq mille francs. »

D’où Bénouville tenait-il cet argent ? Des Américains de l’OSS – l’ancêtre de la CIA -, et tout particulièrement de son ami, Alan Dulles… Ce sont donc les services secrets américains qui, à travers Pierre Bénouville, ont eu la peau de Jean Moulin. Et d’une !

Or, dans ses « Mémoires de guerre » (Tome II, Plon 1956, page 445), De Gaulle va avoir, lui, le front d’authentifier son intervention, directe ou indirecte, dans l’élimination physique de Jean Moulin… Il supprime l’adverbe « souverainement » dans le texte fondateur du C.N.R., en prenant bien soin de faire figurer des points de suspension qui sont une signature à destination des initiés, c’est-à-dire de ce qui s’appelle… la Cagoule.

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Voilà, France, de quoi était capable cet homme auquel tu as donné, il y a plus de cinquante ans, et par la Constitution de 1958, la place de père tutélaire de la patrie !

Mais tu ne connais pas le pire…

Tu as simplement oublié qu’il t’a vidée de ton sang et du monde qui était le tien.

Puisqu’il va te falloir maintenant, et de toute urgence, t’arracher, malheureuse France, à la Cagoule, c’est-à-dire à ta course vers les abîmes de l’Europe allemande, tu ne pourras pas longtemps encore fermer les yeux sur le crime que tu as commis à laisser Jean Moulin disparaître dans les limbes de l’Histoire.

Pour nous faire une idée, même sommaire, de ce en quoi peut consister la souveraineté, tournons-nous vers ce grand spécialiste de droit constitutionnel qu’a été Adhémar Esmein. Il la présente ainsi dans ses « Éléments de droit constitutionnel français et comparé » (dans l’édition de 1914 d’un livre d’abord paru en 1896) :
« Cette autorité, qui naturellement ne reconnaît point de puissance supérieure ou concurrente quant aux rapports qu’elle régit, s’appelle la souveraineté. Elle a deux faces : la souveraineté intérieure, ou le droit de commander à tous les citoyens composant la nation, et même à tous ceux qui résident sur le territoire national ; la souveraineté extérieure, ou le droit de représenter la nation et de l’engager dans ses rapports avec les autres nations. »

Voici donc la puissance sans égale que Charles de Gaulle a reçue des mains criminelles de Pierre Bénouville, et par-delà celui-ci, de l’ancêtre de la C.I.A., l’O.S.S.

Quel usage en a-t-il immédiatement fait ? (N. B. Les chiffres rapportés ne sont qu’indicatifs).

Le 8 mai 1945, au titre du maintien de l’ordre à l’intérieur du pays (qui comprend alors les départements algériens), il fait tirer sur des manifestations à Sétif, Guelma et Kherrata…, y compris par l’aviation. Le bilan n’est sans doute pas inférieur à 45 000 tués et blessés.

Mais les conséquences plus ou moins lointaines seront bien plus terribles. Pour les comprendre, il faut d’abord faire un petit tour par une décision prise par De Gaulle dans l’exercice de la souveraineté extérieure. Contre l’avis unanime de son entourage et des spécialistes, il envoie, à la mi-septembre 1945, un corps expéditionnaire en Indochine, initiative qui fixe le début de la guerre du même nom. La défaite de Diên Biên Phu, qui signe en 1954 la fin de cette folle entreprise, ne peut qu’être entièrement attribuée à De Gaulle. Le bilan pour la France est très lourd : 35 000 tués et 105 000 blessés.

Or, les Américains, reprenant le fer des mains des Français, vont aller, à leur tour, perdre leur âme dans ce qui s’appellera désormais : la guerre du Vietnam, qui n’aurait pu en aucun cas s’engager sans le précédent de l’aberrante guerre d’Indochine… Au total, en Extrême-Orient, la souveraineté exercée par De Gaulle dès les lendemains de la seconde guerre mondiale aura produit, toutes nationalités confondues : guerre d’Indochine seule – 500 000 morts ; guerre du Vietnam – 1 350 000 morts.

Mais la défaite de Diên Biên Phu (1954) a une seconde conséquence, qui vient s’ajouter au choc terrible qu’ont été, pour les nationalistes algériens, les massacres de civils du 8 mai 1945. La Toussaint 1954 marque le début du soulèvement de libération nationale. Il faut rappeler qu’il concerne des personnes qui sont encore de nationalité (sinon de citoyenneté) française… Le bilan de la guerre d’Algérie rassemble ainsi 280 000 morts français d’avant l’indépendance.

Un mot pour finir : au moment où De Gaulle prend les deux décisions de mai 1945 et de septembre de la même année, le Conseil National de la Résistance se voit refuser par lui jusqu’à une salle pour se réunir… Jean Moulin, trahi et vendu aux nazis, est alors bel et bien mort et enterré. La France avait trouvé son maître.

Michel J. Cuny

Les éléments de cet article qui concernent Jean Moulin, le Conseil National de la Résistance, et la forfaiture de Charles de Gaulle sont tirés du livre de Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange, « Fallait-il laisser mourir Jean Moulin ? », Editions Paroles Vives, 1994, qui est accessible ici.


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