Charles de Gaulle, le grand ténébreux missionné pour l’Indochine

Dès décembre 1934, Charles de Gaulle a donc été le poulain de Gaston Palewski qui lui apportait l’appui, d’abord indirect, du « conglomérat Wendel », c’est-à-dire d’une dynastie industrielle dont les origines remontent à la fin du moyen-âge.

Mais, avant que De Gaulle devienne opérationnel – le deviendrait-il un jour et, à travers lui, l’armée française ? -, Gaston Palewski s’est trouvé en situation de choyer un responsable politique qui était, lui, une carte essentielle des Wendel : Paul Reynaud. Gaston en était devenu le directeur de cabinet lorsque celui-ci avait obtenu le ministère des Finances le 1er novembre 1938. Mais, bientôt, voici Reynaud président du Conseil, et Gaston Palewski de nous faire cette petite confidence :
« Cette arrivée au pouvoir, je l’avais longuement et minutieusement préparée. »

De quelle façon ?

C’est lui qui s’en fait l’écho… Le maroquin des Finances ayant été récupéré :
« J’avais réuni les administrateurs de la presse dès le début du ministère de Paul Reynaud et je leur avais dit : – Je voudrais que les fonds de publicité financière ne servent pas seulement à annoncer les emprunts mais aussi à seconder l’action technique et politique du ministère des Finances. Il a besoin, pour réussir, du soutien de l’opinion publique, et je vous demande de m’aider à le faire. »

Mais, puisque Gaston est en veine de confidences, laissons-le nous en dire un peu plus de cet heureux temps du ministère des Finances où nous retrouvons, dans le cabinet dirigé par Gaston lui-même un… Michel Debré qui rédige les décrets-lois mettant fin à la loi des quarante heures de travail votée à l’époque du Front populaire.

Rappelons que nous sommes là quelques semaines après la signature des Accords de Munich (30 septembre 1938) à laquelle un seul parti s’était opposé : le parti communiste.

Alors que la France basculait manifestement dans le camp hitlérien, et qu’il s’agissait d’obtenir une revanche cinglante contre des mesures sociales qui avaient vivement effarouché les possédants, l’attaque contre une loi emblématique était une provocation à laquelle la CGT ne pouvait que répondre par la grève générale (30 novembre 1938).

Résultat des mesures prises par Daladier qui était alors président du Conseil : réquisition des cheminots et des travailleurs des services publics, quadrillage des quartiers ouvriers par la garde mobile ; 36.000 licenciements rien que dans les arsenaux et l’aéronautique ; 800.000 licenciements temporaires ou définitifs dans l’industrie privée sur l’ensemble du territoire.

Et, parallèlement, triomphe des investisseurs : de novembre 1938 à août 1939, les arrivées d’or en France auraient dépassé la somme de 26 milliards de francs, le stock s’établissant au double de celui qui était disponible en 1914.

À cette occasion, Gaston Palewski souhaiterait nous dire quelques mots. Vas-y, Gaston :
« Le crédit de la France remontait et, malgré l’échec de la grève générale, les relations avec le monde socialiste et le monde syndicaliste ne s’étaient pas trop détériorées. D’ailleurs, j’avais profité du fait que j’avais la gestion des fonds de publicité financière du ministère des Finances pour venir en aide notamment au Populaire qui connaissait à ce moment-là une grave crise financière. » (citation reprise de Quand le travail se joue du capital, page 176)

C’est quoi le Populaire  ? Ben, le journal du socialiste Léon Blum…, l’ancien président du Conseil du Front populaire. Faudra-t-il s’étonner de le voir se rallier à De Gaulle dès l’été de 1942 ?…

Disons-le aussitôt. Nous tenons là les deux portes par lesquelles les États-Unis ont pu pénétrer au cœur du pouvoir exécutif dès les lendemains de la Libération, faculté qui a été offerte ensuite, et par délégation des USA… à l’Europe : De Gaulle et Blum.

J’y reviendrai.

Appuyons un peu sur l’échelle de corde fournie par Gaston à Paul Reynaud dans sa conquête du pouvoir :
« Sur sa droite, il avait des amis personnels, mais je profitais des excellentes relations que j’avais, sur le plan mondain, avec François de Wendel pour lui faire part de ce que je considérais comme une nécessité politique essentielle. Je n’eus pas de peine à convaincre ce grand patriote. »

Quant au choix des membres du gouvernement Reynaud  :
« Lorsque Mandel prit les colonies, je lui recommandai vivement – comme le fit d’ailleurs Jean Laurent – de prendre Diethelm comme directeur de cabinet. »

C’est ici que cela commence à sentir le roussi. Nous découvrons un Jean Laurent occupé, avec Gaston, à « former » le gouvernement… À quel titre ? Mais au titre, qui est le sien, de directeur général de la Banque d’Indochine

Ensuite, Gaston va « activer » Mandel, Campinchi, et Dautry pour faire d’un certain De Gaulle le sous-secrétaire d’État à la Guerre.

« Non », a aussitôt répondu Paul Reynaud.

Et je recommande ici la lecture des Mémoires de guerre, tome I : c’est qu’il a rampé, le gaillard, pour l’obtenir, son sous-secrétariat d’État, alors que Paul Reynaud savait pertinemment qu’il était un homme… impossible. De fait, si le nouveau président du Conseil a pris ses fonctions le 22 mars 1940, ce n’est que le 6 juin, quand tout était décidément perdu, qu’il a accédé au désir si vif de Gaston  : qu’enfin De Gaulle entre dans le Gouvernement.

Et quand il y parviendra, il aura aussitôt, comme directeur de cabinet… Jean Laurent, directeur général de la Banque d’Indochine.

Indochine… Grâce à De Gaulle, une guerre coloniale de la France : 1945-1954… Défaite finale : Bien Bien Phu… Rien que pour notre pays : 35.000 morts et 105.000 blessés.

Banque d’Indochine… Financement occulte d’une carrière ?…

Michel J. Cuny

(Ce qui précède est tiré du livre électronique que je viens de publier : Pour en finir avec la Cinquième République)


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