C’est bien pourquoi Jean Moulin est un héros incomparable

La formule est donc désormais frappée dans le marbre d’Internet :
« L’échec de Jean Moulin est total. Il ne reste rien de lui. Rien.
Michel J. Cuny. »

Moulin

Mais, dans le marbre elle ne l’est, et n’y est vraie que pour autant que s’y conjoint l’affirmation :
« C’est bien pourquoi Jean Moulin est un héros incomparable.
Michel J. Cuny. »

Incomparable ?… Pour bien entendre cela, revenons à la formule de Jacques Lacan d’avant Lacan lui-même :
« Pourtant cela qui est en nous et qui nous possède, cela ne peut saillir et triompher tant que lui est lié ce qui le rend impur ; ce n’est rien moins que nous-même – le nous-même haïssable, notre particularité, nos accidents individuels, notre profit. »

Nous-même : le nous-même haïssable, notre particularité, nos accidents individuels, notre profit. Autrement dit : le moi. Voilà ce qui doit tomber, ordinairement, sous les coups répétés d’une ascèse, pour libérer « cela qui est en nous ».

Et nous voyons bien en quoi il était haïssable, pour Jean Moulin lui-même, ce moi tout occupé à préparer la trahison du lendemain!… Tellement qu’il n’y avait d’autre vraie solution qu’à le « suicider » avec ses beaux habits à « passementeries brillantes ».

Mais ce suicide par assaut à la gorge se révélera avoir encore plus de poids qu’il n’y paraît d’abord : ce que nous n’aurions pas pu vérifier si Jean Moulin n’avait pas survécu à son geste de justicier sur sa propre personne.

En effet, c’est la voix brisée, que son entourage devait retrouver le préfet de Chartres qui, s’il avait plutôt choisi de se taillader le poignet, n’aurait pas donné ce résultat qui nous renvoie à une étrange concordance dans le temps : le 18 juin 1940, si Jean Moulin n’a plus de voix, Charles de Gaulle obtient de donner à la sienne le rayonnement international de la BBC.

Et tandis que Jean Moulin s’était offert le luxe de tenter de reconduire son moi au néant, Charles de Gaulle gonflait le sien jusqu’au ridicule de la baudruche :
« Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite… »

C’est bien cette baudruche qui a pris un gros coup de dégonflette lorsque Jean Moulin est arrivé à Londres en février 1943 avec, dans une poigne de fer, l’adverbe « souverainement » qui menaçait de renvoyer De Gaulle dans des rôles secondaires fort peu accordés à la grande idée qu’il se faisait de lui-même.

Comme les « Mémoires » nous le rapportent, De Gaulle pliera devant un homme qu’il retrouve « impressionnant de conviction et d’autorité », en même temps qu’il ne doute pas que, plus jamais, il n’aura à se soumettre à pareille impression de conviction et d’autorité : le « souverain », ce ne peut être que lui. 

Mais le pire – le meilleur pour un héros – c’est que la « cause » de Jean Moulin, ce petit rien de l’exercice de la souveraineté, n’intéresse désormais plus personne en France. Pour suffire à tout, il y a, quelque part aux approches de Colombey-les-Deux-Eglises, cette infâme croix de Lorraine enfoncée comme un poignard dans notre dignité perdue… Et alors!…

Suite : Comme au théâtre !…

Michel J. Cuny

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