Hitler, dictateur… selon un de ceux qui l’ont connu avant… (Joseph Goebbels)

Nous avons constaté qu’à compter du mois de novembre 1929, le Journal de Joseph Goebbels fait apparaître un certain désenchantement de celui-ci à propos de son « idole », Adolf Hitler… Le début de l’année suivante reste dans la même tonalité.

29 janvier 1930 :
« Hitler lui-même travaille trop peu. Ça ne peut pas continuer ainsi. Et il n’a pas le courage de prendre des décisions. Il ne dirige pas. » (Idem, page 428)

16 février 1930 :
« Anarchie au sein du Parti. C’est
Hitler seul qui en porte la responsabilité, alors qu’il ne prend aucune décision tout en prétendant à l’autorité. » (Idem, page 435)

Et voici que la question politique de fond refait surface… en plein cœur d’un parti national-socialiste que Joseph Goebbels ne veut surtout pas voir pencher à droite à ce moment-là de sa carrière auprès d’Adolf Hitler

20 février 1930 :
« Hier après-midi, travail à la maison. Rédigé un éditorial farouchement socialiste. » (Idem, page 436)

22 février 1930 :
« 
Hitler m’inquiète énormément : il fait beaucoup de promesses et ne les tient guère. » (Idem, page 438)

Peu à peu, la colère de Goebbels monte, pour atteindre une sorte de sommet le 2 mars 1930 :
« J’ai encore parlé hier soir au téléphone avec le Chef, qui séjournait – alors qu’on enterrait Wessel – à Berchtesgaden, il faut bien le dire. J’ai attiré son attention sur le sérieux de la situation et du reste, cette nuit même,
Göring et Lippert partent pour Munich, pour avoir demain un dernier entretien avec Hitler. Je suis très sceptique à ce sujet : il va esquiver, comme toujours, mais je suis maintenant résolu à tout – non pas à me battre contre lui, mais à me retirer. Qu’il aille ensuite chercher ailleurs ses marionnettes ! » (Idem, page 441)

Dès le 5 mars, il en reçoit les résultats…
« Hier matin : entretiens avec
Göring et Lippert. Lippert a été apparemment très maladroit. Hitler a fait du raffut. Très en colère de mon ultimatum. Joué au Duce devant Lippert, proféré de féroces menaces contre Strasser, m’a présenté comme un petit Gauleiter, s’est plaint de ne pas être allé à Berlin mais à Berchtesgaden le samedi, puis, devant Göring, recommencé à louer mes capacités. En bref : le Chef quand il est nerveux et contraint de faire des choses désagréables, mais nécessaires. » (Idem, page 442) 

8 mars 1930 :
« Il n’est plus question d’une déclaration de Hitler contre Strasser. Il se déchaîne à présent contre moi, pour changer. Grand bien lui fasse ! J’ai mon opinion bien arrêtée sur cette direction sans consistance ni caractère. » (Idem, page 444) 

16 mars 1930 :
« Munich, y compris le chef, a perdu tout crédit auprès de moi. Je ne crois plus en eux.
Hitler – pour quelles raisons, peu importe – a manqué à sa parole envers moi à cinq reprises. C’est une constatation amère, mais je dois en tirer les conclusions pour moi-même. Hitler se cache, il ne prend aucune décision, il ne dirige plus, mais il laisse aller les choses. J’ai été loyal jusqu’au sang. Mais on ne peut pas exiger de moi que je me laisse voler mon Gau [district] par Strasser. » (Idem, page 447)

28 mars 1930 :
« Hitler m’a déjà manqué de parole à quatre reprises dans cette affaire. Je ne le crois absolument plus. Il n’ose pas attaquer
Strasser. Qu’est-ce que cela donnerait plus tard, s’il devait assumer le rôle de dictateur en Allemagne ? » (Idem, page 450)

Un répit, pourtant, le 1er avril 1930…
« Le quotidien : j’ai exposé au Chef tous mes doutes. Il est furieux contre les deux
Strasser. J’ai arraché à Gregor son masque de bon apôtre. Reproché au Chef toutes ses négligences. Il était très troublé et cela a fait sur lui une impression visiblement profonde. Je crois qu’il est durablement déterminé à l’action. » (Idem, pages 451-452)

Mais, quelques heures plus tard, c’est reparti…
« Le soir, chez les
Göring à dîner. Mme G. déteste Hitler. Le Chef est trop versatile, irrésolu. Il ne tient jamais sa parole. » (Idem, page 452)

4 avril 1930 :
«
 Hitler se déclare prêt à ne rendre public ce départ que dans quatorze jours. D’ici là, Hugenberg renversera le cabinet. Je n’y crois pas. Le Chef n’a pas pris la bonne orientation. » (page 452)

Or, le 28 avril suivant, tout paraît changé… Et nous n’allons pas tarder à comprendre pourquoi…
« Dimanche : début le matin, à 9 heures. Tout le monde est là.
Strasser se fait tout petit. Hitler m’accorde ostensiblement un traitement de faveur. Il m’explique en tête à tête : un ultimatum a été posé à Strasser. Pour ne pas le liquider complètement, on n’en parlera pas aujourd’hui. Il arrête le journal où il est viré. » (Idem, page 462)

Un peu plus tard, dans cette journée décidément mémorable…
« Splendide définition du socialisme. Aucune pitié. Il s’agit uniquement de notre peuple. Un […] discours déterminé, audacieux.
Hitler dirige de nouveau. Dieu merci ! Tout le monde se range avec enthousiasme derrière lui. Strasser et son cercle sont pulvérisés. » (Idem, page 462)

Mais surtout…
« Après son discours,
Hitler se relève et annonce, dans un silence absolu, ma nomination comme chef national de la propagande. Voilà qui est bien fait pour les autres. Strasser est pâle comme un linge. Il bredouille encore quelques phrases de conclusion, et tout est dit. Nous avons vaincu sur toute la ligne. L’opposition gît à terre, réduite en miettes. Strasser est moralement anéanti. Il va devoir maintenant ramper aussi au sujet du journal. Et maintenant, toutes ces lâches créatures changent d’attitude à mon égard. Eh oui ! l’homme est ainsi fait ! » (page 462)

En attendant…
« Hitler et c’est le point important reprend les rênes. » (Idem, page 463)

Il paraît, cependant, que Joseph Goebbels n’allait pas tarder à déchanter une fois encore…

Michel J. Cuny

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