Charles de Gaulle et l’impérialisme guerrier de la France depuis 1945, et jusqu’à présent…

Rappelons la formule que nous avons trouvée dans la troisième édition (1938) de La doctrine du fascisme de Benito Mussolini :
« Pour le fascisme, l’aspiration à l’empire, c’est-à-dire à l’expansion des nations, est une manifestation de vitalité : son contraire, l’esprit casanier, est un signe de décadence. » (page 47)

Sept ans plus tard, le 2 mars 1945, s’adressant à une Assemblée qu’il n’avait voulue que consultative, Charles de Gaulle se plaisait à lui dire, à mots couverts, ce qu’il était en train de préparer pour la France de la Libération… sans que plus personne ne puisse l’arrêter (au moins jusqu’au 20 janvier 1946, date à laquelle il démissionnerait, croyant devoir être rappelé tout de suite… alors qu’il ne reviendrait effectivement qu’en 1958).

Seul détenteur de l’autorité de l’État, il n’hésiterait pas, en 1945, à inscrire celui-ci dans une histoire qui allait coûter cher à la France et à ses habitants… et les détacher définitivement de l’Indochine (1954) et de l’Algérie (1962).

De fait, Alfred Müller-Armack l’avait écrit dès 1933, et pour faire valoir les intentions affichées par Adolf Hitler :
« L’inscription dans l’histoire signifie, en second lieu, que l’État ne doit pas être conçu comme un État dormant, mais comme une forme de réalisation historique. Le concept statique de l’État est remplacé par un concept dynamique. L’État est avant tout un processus qui crée l’histoire et qui subit l’histoire. » (
Alfred Müller-Armack, op. cit., page 21)

Alors que la France manquait de tout au sortir du terrible hiver 1944-1945, que la mortalité infantile atteignait des sommets, etc., et que la capitulation allemande allait survenir deux mois plus tard, le 2 mars 1945 De Gaulle en était à s’enchanter de ceci :
« […] nous fabriquons désormais des fusils, des fusils-mitrailleurs, des mortiers, des camions militaires, des avions de chasse, de bombardement léger, de transport. Nous réparons nos propres navires. Si nous ne pouvons encore nous doter nous-mêmes d’artillerie et d’engins blindés, c’est parce que de telles fabrications exigent des délais prolongés. Cependant, je puis vous annoncer qu’en septembre commenceront à sortir de nos usines de nouveaux chars français et que, d’ici-là, nous aurons produit un nombre important d’automitrailleuses. Nous poursuivrons inlassablement, en dépit de tous les obstacles, cet effort de recrutement, d’instruction, d’encadrement, d’armement, jusqu’à ce que nous ayons rendu à la France les grandes armées qu’elle veut avoir. » (Charles de Gaulle, op. cit., page 524)

Pour quoi faire ?… Pour relancer notre pays dans l’aventure de l’impérialisme… En effet, s’exclame De Gaulle :
« […] dans le monde, à la fois très actif et très rude que nous voyons se dessiner par-delà la victoire, il apparaît que ce que nous sommes et ce que nous valons, pour notre propre bien et pour le bien des autres, ne pèserait pas lourd et ne pèserait pas longtemps si nous n’entreprenions pas, une fois de plus dans notre Histoire, l’ascension vers la puissance. » (Idem, page 526) 

Allant dans le sens de ce qu’il pouvait pressentir, en 1933, des intentions d’Adolf Hitler, Alfred Müller-Armack avait écrit, à propos de l’État tel qu’il le rêvait :
« Puisque, en tant que force politique, il est placé dans les possibilités ouvertes de l’histoire, il a besoin d’une direction concrète qui lui permette de séparer l’ami de l’ennemi, afin de devenir un État en premier lieu. » (
Alfred Müller-Armack, op. cit., page 21)

L’ennemi – tel que Charles de Gaulle le désignait au peuple français à peine libéré de la botte nazie -, ce serait deux peuples qui aspiraient à se libérer du colonisateur français : le peuple algérien et le peuple indochinois. Et le voilà qui faisait ouvrir le feu sur les foules (8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata en Algérie, et le 15 septembre de la même année en Indochine), préparant ainsi des rivières de sang qui, en y incluant la guerre du Vietnam qui peut en aucun cas être séparée de celle d’Indochine, totaliseraient, pour finir, un peu plus de deux millions de morts…

Ce qui entraînerait la ruine partielle de ce que De Gaulle avait pourtant présenté comme une réussite de la France dans son discours du 2 mars 1945 :
« Notre Afrique du Nord peut voir multiplier son grand essor agricole, grâce à l’irrigation, aux tracteurs, aux engrais, et offre de vastes perspectives d’industrialisation. Notre Afrique Occidentale et Équatoriale, notre Indochine, Madagascar, les Antilles, la Guyane, que beaucoup de travail ont déjà mises en valeur, mais où il reste tant à faire, appellent l’effort enthousiaste de la France. » (
Charles de Gaulle, op. cit., page 524)

… de la France des chars, des bâtiments de guerre, des avions, de la ratonnade, de la torture, etc. ?

Si l’ « économie sociale de marché », pour autant qu’elle s’avérerait être largement le fruit de la pensée d’Alfred Müller-Armack, nous offrirait l’image d’une Allemagne plutôt inquiétante, nous découvrons ici, avec une certaine stupeur, que la France – munie de la Constitution que De Gaulle lui a passée comme un bâillon en 1958 – s’est déjà mis beaucoup de sang sur les mains depuis 1945… et pour renouveler cela en 2011, en Libye, par la grâce de ce Sarkozy qui aura directement appliqué la doctrine militaire définie par… Charles de Gaulle, dans son livre de… 1934 : Vers l’armée de métier… dont Adolf Hitler s’était fait traduire les passages les plus significatifs de ce qui se présentait alors, sans aucun fard, comme l’instrument offert à… l’impérialisme français.

Laissons De Gaulle nous le dire lui-même :
« Un instrument de manœuvre répressif et préventif, voilà de quoi nous devons nous pourvoir. Instrument tel qu’il puisse déployer du premier coup une extrême puissance et tenir l’adversaire en état de surprise chronique. Ces conditions de brutalité et de soudaineté, le moteur donne le moyen d’y satisfaire, lui qui s’offre à porter ce que l’on veut, où il le faut, à toutes les vitesses, pourvu toutefois qu’il soit manié très bien. » (
Charles de Gaulle, Vers l’armée de métier, Club français des bibliophiles, s. d., page 67) 

France… Allemagne… Et l’Europe, elle-même, où va-t-elle donc ?… Et par quels crimes est-elle déjà passée depuis la chute de l’Union soviétique en 1991 ?…

Michel J. Cuny

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