L’État et la guerre impérialiste, selon Mussolini (1938), et selon De Gaulle (1945)…

L’homme exceptionnel, tel qu’Alfred Müller-Armack voulait en voir la survenue à la tête de l’État allemand, en 1933, dans la personne d’Adolf Hitler, répond à un phénomène qui se présentait à ses yeux comme le résultat d’une transformation profonde de l’humanité…
« Le nouveau nationalisme porte en lui une nouvelle image de l’homme, et ce n’est qu’à partir de la profondeur de cette position spirituelle que se justifie sa prétention à être un mouvement d’une ultime profondeur historique, à fonder un empire. » (Idem, page 18) 

Il paraît qu’en fait d’empire, Hitler en était carrément à imaginer qu’il engageait l’affaire pour tout le prochain millénaire…

Encore ne s’agissait-il ni de l’humanité entière, ni de l’humain en général… Ainsi Alfred Müller-Armack peut-il nous mettre immédiatement en garde :
« Le dogme de tout historicisme, selon lequel l’histoire ne connaît pas de concept général de l’homme, mais seulement le concept général individué du peuple particulier, selon lequel l’histoire universelle est précisément l’histoire des peuples, sous-tend l’idée actuelle de l’État et la place ainsi sur le front spécifiquement allemand des idées politiques nées du sentiment historique. » (Idem, page 18) 

L’histoire en question était donc avant tout celle du… peuple allemand. D’où l’importance des qualités toutes personnelles – et sans doute authentiquement allemandes… d’un Hitler qui venait cependant d’Autriche…

Alfred Müller-Armack précise encore, mais avec une très grande discrétion… un aspect déterminant du « nouveau nationalisme » :
« Ce qu’il a en commun avec le romantisme, c’est la croyance dans le peuple et la tradition, dans le patrimoine sanguin de l’histoire. » (Idem, page 19) 

Quoiqu’il en soit, nous sommes ici en présence d’une spécificité allemande…
« Ce n’est que dans le nouveau nationalisme que le sentiment historique, qui a toujours fait partie des éléments les plus particuliers de l’esprit allemand, prend la forme dans laquelle il acquiert le pouvoir de façonner l’histoire. » (Idem, page 19)

Ce qui n’est pas forcément très gentil pour l’Italie de Mussolini… Même si celle-ci fournit, selon notre auteur, l’exemple même de ce que doit être un État véritablement fait pour donner au nouveau nationalisme toutes les armes dont il a besoin pour s’épanouir… Or…
« Ce nouveau concept d’histoire saisit et remplit simultanément l’idée de l’État avec le nouveau contenu. » (Idem, page 20)

Cet État, quel est-il ? Quel doit-il être ? Il doit être total…
« L’État doit être compris du point de vue de l’évolution historique. Cela signifie, tout d’abord, que tous les domaines de la vie sont porteurs d’une histoire et qu’ils se trouvent donc dans un lien indissoluble avec le porteur de la forme historique. L’historicité prive les sphères de vie individuelles de leur indépendance, à laquelle elles pourraient se référer dans leur demande de liberté de l’État, et ainsi, comme l’exprime Adam Müller dans ses Elementen der Staatskunst, fait de l’État la « totalité » des choses humaines. »  (Idem, page 20)

Consultons la troisième édition (1er janvier 1938) de La doctrine du fascisme de Benito Mussolini pour en apprendre davantage sur ce dernier point…
« C’est l’État qui forme les individus aux vertus civiques, les rend conscients de leur mission, les amène à l’unité ; il harmonise leurs intérêts dans la justice ; il transmet les conquêtes de la pensée dans le domaine des sciences, des arts, du droit et de la solidarité humaine ; il élève les hommes de la vie élémentaire de la tribu à la plus haute expression humaine de puissance, qui est l’empire ; il transmet à travers les siècles le nom de ceux qui moururent pour son intégrité ou pour obéir à ses lois ; il donne en exemple et recommande aux générations futures les capitaines qui ont accru son territoire et les génies qui l’ont auréolé de gloire. » (
Benito Mussolini, La doctrine du fascisme Vallecchi Éditeur – Florence, 1938, pages 42-43)

« Empire » et « gloire »… Aurait-il fallu se tenir sur ses gardes ?… Il semble bien que oui…
« L’État fasciste est une volonté de puissance et de domination. La tradition romaine est ici une idée de force. » (Idem, page 47)

Nous constatons que Benito Mussolini l’avait écrit noir sur blanc, et publié…
« Pour le fascisme, l’aspiration à l’empire, c’est-à-dire à l’expansion des nations, est une manifestation de vitalité : son contraire, l’esprit casanier, est un signe de décadence. » (Idem, page 47)

Et De Gaulle ? demandera-t-on… Sur la double question de l’État et de l’empire, qu’avait-il à dire ? Reprenons-le dans le discours qu’il a prononcé, sept ans après la publication de la troisième édition du livre précédemment cité de Mussolini, devant l’Assemblée consultative (consultative parce qu’il avait voulu qu’elle ne soit que cela…) le 2 mars 1945 en sa qualité de président du Gouvernement provisoire… et donc de… chef de l’État non élu et disposant des pleins pouvoirs… À propos de l’État, tout d’abord :
« Oui, désormais, c’est le rôle de l’État d’assurer lui-même la mise en valeur des grandes sources de l’énergie : charbon, électricité, pétrole, ainsi que des principaux moyens de transport : ferrés, maritimes, aériens, et des moyens de transmissions, dont tout le reste dépend. C’est son rôle d’amener lui-même la principale production métallurgique au niveau indispensable. C’est son rôle de disposer du crédit, afin de diriger l’épargne nationale vers les vastes investissements qui exigent de pareils développements et d’empêcher que des groupements particuliers puissent contrarier l’intérêt général. Au moment où je vous parle, d’ailleurs, il ne va de charbon, de courant, de fer, de trains, de navires, de crédit que là où l’État veut qu’ils aillent et dans les conditions qu’il a lui-même fixées. C’est lui qui dirige directement l’activité des charbonnages, des transports, des transmissions. » (
Charles de Gaulle, Discours et messages, Plon 1970, page 529) 

Au bout de tout cela, dans la droite ligne déjà tracée par un Mussolini, pouvait-il y avoir autre chose que la guerre ?

Eh bien, nous verrons qu’elle y était dès ce 2 mars 1945, et pour éclater très bientôt sous deux formes : le 8 mai 1945 en Algérie, et le 15 septembre 1945 en Indochine… sous la seule autorité de… De Gaulle, qui allait engagé ainsi (directement et indirectement) la mort de plus de 2 millions de personnes…

Michel J. Cuny

L’article suivant est ici.

Pour revenir au début de cette série d’articles, c’est ici.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.