L’Allemagne de 1933 et la France de 2011 (Sarkozy) : deux États délibérément guerriers ?…

En 1934, à travers la publication de Vers l’armée de métier aux yeux du monde entier et tout particulièrement d’une Allemagne qui, depuis le début de l’année précédente, était dirigée par cet Adolf Hitler dont nul ne pouvait ignorer les velléités guerrières très directement affichées, Charles de Gaulle prétendait offrir à la France l’instrument – l’armée de métier – qui lui permettrait de reprendre la voie de l’impérialisme militaire… ce qu’il s’empresserait de remettre à l’ordre du jour – ainsi que nous venons de le voir – alors même que la Seconde Guerre mondiale n’était pas encore terminée…

En quoi la pensée politique du nazi affirmé qu’était, en 1933, Alfred Müller-Armack, et celle de Charles de Gaulle telle qu’elle se manifesterait tout au long de sa carrière d’homme d’État se rejoignaient-elles plus précisément ?

Ajoutant à cette question l’indication que nous fournit l’attaque portée en 2011 par la France de Sarkozy contre une Libye que voici réduite en morceaux grâce à l’armée de métier…, ne nous serait-il pas plus facile de comprendre les enjeux de l’impérialisme français (européen ?) d’aujourd’hui en nous retournant vers le début des années 1930 afin d’en mesurer les dangers pour la population… française… qui n’est pas sûre de faire beaucoup mieux que l’Allemagne hitlérienne, et qui ne sait d’ailleurs même pas ce qu’on lui prépare ?

Mieux : s’il faut voir dans l’ « économie sociale de marché » dont Ursula von der Leyen nous a dit qu’elle faisait partie de l’héritage européen, un produit de la pensée fertile d’Alfred Müller-Armack, ne devrions-nous pas scruter attentivement son livre de 1933, Idée de l’État et ordre économique dans le nouveau Reich, dont le titre  nous indique que son objectif est d’y faire le lien entre l’idée de l’État en tant qu’elle était incarnée par le nouveau Reich, et l’ordre économique qu’il s’agissait de mettre en place en Allemagne et dans ses alentours…

N’oublions pas non plus qu’il était, alors, maître de conférences en économie et en sciences politiques à l’université de Cologne…

L’État peut-il être un moyen de force mis au service d’une politique qui prétend exprimer l’histoire d’un peuple ? Voilà le fond du problème qui se trouve soulevé ici, la réponse devant aider à déterminer comment cet État va lui-même s’articuler avec l’économie du pays, de façon à la mettre correctement dans le sens de l’histoire qu’on va promouvoir par la force s’il le faut.

Pour ne plus avoir à y revenir ensuite, soulignons immédiatement qu’il s’agissait là de la conception défendue et mise en œuvre, sous couvert de son discours du 2 mars 1945 devant l’Assemblée consultative, par Charles de Gaulle

En tant qu’elle est un instrument d’État, la politique n’a certes pas très bonne réputation, nous dit le professeur Müller-Armack :
« Tout au long des siècles, elle a été accueillie avec une suspicion abyssale et, même si l’on pouvait se passer des moyens spécifiquement politiques que sont la force, le pouvoir, la tactique, la stratégie et la diplomatie, on serait intérieurement enclin à condamner tout cela comme une sorte de contre-éthique antichrétienne. » (
Alfred Müller-Armack, op. cit., page 23)

Or, tout comme la France, l’Allemagne était alors un pays majoritairement chrétien… Ainsi, selon certains…
« La décision politique devait être remplacée par les jugements de la raison éternelle. » (Idem, page 23)

Ce qui revenait à ne pas se soucier de la seule histoire des peuples… éventuellement guerriers… Sans s’embarrasser de trop de détails, Alfred Müller-Armack, passe à la suite :
« Au XVIIIe siècle, l’utopie d’un monde apolitique croit avoir la science comme moyen de diriger le monde. Puis la théorie de l’État de la société de troc du libéralisme anglais, et enfin on mettait ses espoirs dans l’émergence d’un âge technique qui, avec sa domination sur la matière, devait remplacer la politique comme moyen de dominer les gens. » 

Sans doute faut-il songer que, dans ce que notre auteur désigne – non sans un certain humour -, « l’économie de troc », il y avait, contre tel ou tel avantage concédé par les Peaux-Rouges, de « l’eau de feu » et des fusils rudimentaires… façon de « dominer ces gens »… En tout cas, Armack ne souhaite pas qu’on s’y trompe…
« Le libéralisme a été utilisé dans une large mesure à des fins politiques ; il suffit de penser aux empires coloniaux qui ont vu le jour à cette époque. » (Idem, page 24) 

Inutile, donc, de faire la fine bouche !… Se citant lui-même, il nous renvoie à ce qu’il a écrit ailleurs :
« Dans tout ce que le libéralisme a cherché à réaliser en pratique, cet affrontement à un ordre politique immédiat des relations sociales est indubitable. Cette croyance en la possibilité de repousser toutes les situations qui exigent des décisions de force réside également dans la conception originelle du parlementarisme… » (Idem, note du bas de la page 24)

… qu’il faudra, par conséquent, balayer aussi rapidement que possible (cf. l’Assemblée consultative de De Gaulle en 1945… et l’Assemblée nationale croupion de la Cinquième République de 1958-1962).

Il peut ne pas y avoir la guerre… Mais le libéralisme lui-même ne peut pas l’exclure… Alfred Müller-Armack préférerait qu’il se l’avoue et qu’il n’hésite pas à se doter des chefs qui sauraient lui montrer la voie de la grande histoire. En effet…
« La lutte des États industriels pour les zones de commerce et les sources de matières premières, la lutte des régions surpeuplées pour l’espace d’établissement et de travail, la défense contre les marchandises étrangères dans le pays d’origine, la lutte entre les pays débiteurs et créditeurs, les riches et les pauvres, les jeunes et les vieux, créent partout de nouveaux problèmes politiques, précisément en rapport avec la mise en œuvre des méthodes économiques modernes. » (Idem, page 25) 

Et nous avons l’impression d’être tout à coup en face d’une question qui est devenue particulièrement lancinante tout autour d’une Méditerranée qui n’a plus, sur l’une de ses rives, la riche et pacifique Libye de Muammar Gaddhafi… mais le pire du pire de la détresse humaine… Grâce à la France de Sarkozy… qui en attend quoi, de ce crime ?…

Michel J. Cuny

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