1933… 2013… Du IIIe Reich naissant à l’Union européenne d’aujourd’hui… Toujours Alfred Müller-Armack ?

Certainement la découverte qu’Aleksandar Matković nous a permis de faire de l’identité nazie de celui que nous pourrions peut-être qualifier de « père fondateur » de cette « économie sociale de marché » qui a fait de l’Allemagne une puissance capable de se rendre peu à peu maîtresse de la quasi-totalité de l’économie européenne, nous a fait un peu froid dans le dos… Autant l’avouer tout de suite.

Mais puisque notre poisson pilote nous permet, par ailleurs, d’accéder à la version originale du livre publié par Alfred Müller-Armack en 1933, nous allons pouvoir ne pas en rester là de nos émotions…

Faut-il le dire dès le départ ?… Oui, sans doute… Nous n’y trouverons rien de vraiment choquant… Aucune phrase n’y annonce les horreurs que nous savons. Il s’agit d’un écrit de philosophie politique qui prend ses appuis dans une histoire longue et finalement très apaisée. Une affaire de spécialistes… Et pourtant… l’économie sociale de marché y est peut-être déjà inscrite comme un instrument offert à… Adolf Hitler, tandis qu’un peu plus d’une décennie après, elle serait offerte, corrigée de la bonne façon, à l’Allemagne des lendemains de la mort du Führer… Serait-ce si grave ?…

C’est ce que nous allons essayer de mesurer.

Évoquant le « national-socialisme » sans même prendre la peine d’en écrire lui-même le nom, Alfred Müller-Armack commence son ouvrage avec une certaine brutalité qui restera toutefois sans lendemain :
« Ce mouvement, qui voit dans le marxisme l’ennemi juré, reprend l’idée socialiste dans son nom et son programme. Le marxisme et le socialisme deviennent des opposés élémentaires. » (
Alfred Müller-Armack, Idée de l’État et ordre économique dans le nouveau Reich, 1933, page 7 de la version allemande ; traduction sous la responsabilité de Michel J. Cuny)

Rien, toutefois, qui annonce les 27 millions de morts soviétiques…

De l’arrivée de ce parti à la tête de l’État allemand à travers la personne du nouveau chancelier Hitler, que pourrait-on dire pour en qualifier le sens véritable ?
« Notre langage, qui est façonné dans son expression politique par le libéralisme et par le marxisme, s’avère insuffisant pour revenir au sens le plus profond du nouveau tournant. » (Idem, page 8) 

Mais encore ?…
« Il y a des années,
Moeller van den Bruck avait déjà déclaré que le dépassement réel du marxisme précéderait le dépassement spirituel de sa vision du monde. Certes, il a aussi été détruit spirituellement, mais il n’a pas encore été remplacé dans son intégralité. Ce n’est qu’une fois ce travail accompli que l’espoir du nouveau Reich, que les meilleurs Allemands ont en tête, pourra également se réaliser spirituellement. » 

Que peut bien vouloir dire cela ?… « Spirituellement », c’est-à-dire, sans doute, que, sur le terrain des idées, le marxisme était déjà détruit… en 1933. Il ne restait donc plus qu’à le détruire (« dépassement réel ») dans la forme d’existence qu’il avait prise en… Union soviétique ?…

Une Union soviétique détruite… Y serions-nous, aujourd’hui, effectivement ?… tandis que l’ « économie sociale de marché » a pu s’activer, d’abord, en dehors des frontières de l’ancienne Allemagne fédérale et, ensuite, de celles de l’Allemagne réunifiée ?…

Ayant été proclamé le 15 mars 1933, le IIIème Reich avait besoin de trouvé une définition à la mesure des ambitions d’avance proclamées par le Führer. Voici comment Alfred Müller-Armack en pressent les principaux attendus :
« Si nous appliquons le concept d’empire [en allemand : Reich] dans un sens plus exigeant, il ne peut s’appliquer qu’aux périodes historiques qui établissent un véritable ordre nouveau, qui se légitiment non seulement par leur victoire mais aussi par une idée d’État originellement nouvelle. » (Idem, page 9)

Nous faut-il considérer l’État allemand d’aujourd’hui ? Est-ce à lui qu’il faudrait tenter d’appliquer cette conception de l’empire ?… Ne serait-ce pas plutôt une projection de ce qui est au bout des rêves de l’actuelle président allemande de la Commission européenne, Ursula von der Leyen ?… qui ambitionne, à travers l’Union européenne, de mener son petit monde un peu partout sur la planète pour y faire valoir les intérêts du modèle allemand ?….

Alfred Müller-Armack poursuit ses réflexions de 1933 : 
« L’empire n’advient que là où il réussit à donner à l’histoire une nouvelle direction, à remodeler l’être humain dans sa substance historique. » (Idem, page 9)

De quoi peut-il bien s’agir ? Qu’est-ce donc que la « substance historique de l’être humain » ? S’agirait-il de quelque chose qui se manifesterait à travers la mise en œuvre de cette économie sociale de marché dont nous savons que madame von der Leyen se fait la promotrice ?…

Y aurait-il, alors, un lien à établir entre les lignes écrites par Alfred Müller-Armack en 1933 dans cet ouvrage que nous allons continuer de scruter avec toute l’attention nécessaire, et les 39 occasions dans lesquelles, en 2013, son nom apparaît dans le document mis au point, dans le cadre de la Fondation Konrad Adenauer, pour préciser les sources historiques de l’ « économie sociale de marché » ?

Michel J. Cuny

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