Charles de Gaulle, Benito Mussolini, Alfred Müller-Armack… Même combat ?…

Si nous admettons, avec Ursula von der Leyen, que l’ « économie sociale de marché » est inscrite dans notre patrimoine d’Européennes et d’Européens rangés – sans le dire ou sans même que nous osions nous l’avouer dans le silence de nos citoyennetés complètement bafouées – sous la bannière de l’Histoire de l’Allemagne, serait-il exagéré de nous demander si l’essentiel de nos réflexes politiques (pour ce qu’il en reste) ne répondrait pas, justement, à ce que le principal auteur de cette conception des rapports à établir entre l’économie et la politique – Alfred Müller-Armack – avait vu se manifester à travers l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler dans l’Allemagne de 1933 ?

Cela se serait traduit de la façon suivante :
« La demande de liberté, qui s’est affirmée contre l’État dans le libéralisme, devient une demande de l’État lui-même, elle est liée à la totalité. » (Idem, page 10)

Plutôt que la liberté d’entreprendre en tant qu’elle pourrait déterminer l’essentiel des comportements dans une société donnée, il y aurait eu un basculement – plus ou moins généralisé – vers l’État en tant que totalité agissante, et pas seulement dans la dimension de quelques abstractions politiques ou économiques… En effet, poursuivait Alfred Müller-Armack :
« Et même le concept de personnalité perd sa froideur, héritée de l’humanisme, envers l’État comme expression d’une culture propre qui se suffit à elle-même. » (Idem, page 10)

L’État suffirait, en quelque sorte, à tout… et jusqu’à alimenter l’intériorité de l’humain…
« De même, la qualité de ce qui est personnel n’est plus déterminée de façon immanente, mais par l’État. » (Idem, page 10)

En sommes-nous là ?… Il nous manque, encore, en nos qualités de peuples ralliés à la cause allemande dans ce qu’elle a de présent et de multiséculaire, de franchir le seuil du nationalisme… d’un nationalisme qui, en France, se dirait « français », tout en ne l’étant plus que sous la bannière… allemande.

En 1933, Alfred Müller-Armack soulignait déjà un étrange phénomène :
« Dans le ton et le geste, tout cela annonce assez clairement une ère de nouvelles valeurs et idées étatiques. » 

Sans doute, les manières hystériques d’un Adolf Hitler n’auront-elles pas laissé cela s’exprimer simplement comme un long fleuve tranquille… Mais il semble qu’Alfred Müller-Armack ait cru y voir quelque chose de très profond et de véritablement mesuré… Il y découvrait un irrésistible courant souterrain, plutôt mystérieux, et certainement durable :
« Ce n’est pas la prépondérance du politique en soi qui détermine notre époque, mais les contenus et les énergies dont la sphère politique est, en quelque sorte, chargée. C’est l’idée qui sous-tend la volonté politique de l’époque. » 

Tout devant venir de l’État… Ce qui permet d’aller, assez régulièrement, pleurnicher devant lui… et ses représentants principaux, ainsi que nous faisons en France… et tout particulièrement depuis cette sinistre affaire des… Gilets jaunes, pour ne citer que cet épisode qui aura suffi à faire notre réputation un peu partout dans le monde.

Il faut donc que l’État reprenne tout en main… et c’est bien ce qu’Alfred Müller-Armack avait vu se manifester au début des années trente en Allemagne, après en avoir expérimenté la première véritable occurrence… dans l’Italie d’un Mussolini tout juste arrivé à la tête du pouvoir exécutif… Ainsi dans un précédent livre nous dit-il, par une note du bas des pages 11 et 12 de celui-ci :
« …j’ai tenté de dépasser les théories politiques et économiques marxistes et libérales à partir de leurs perspectives fondamentales et de les remplacer par une nouvelle forme positive de la théorie de l’État et de l’histoire. Cela s’étend de la poursuite de la réflexion historico-intellectuelle allemande sur l’essence de l’histoire jusqu’à l’émergence d’un nouvel activisme historique. Que cela puisse être appelé à servir de soutien spirituel pour le nouvel État m’est apparu évident lors de ma première rencontre avec le fascisme à Rome en 1924. Dans tous les documents et dans tous les actes, un nouveau type de sentiment historique vivant et une nouvelle confiance dans l’action historique s’annonçaient. »

Toutes choses qui se seront retrouvées chez un certain Charles de Gaulle proclamant la suprématie de l’État dès après avoir éliminé Jean Moulin de la sphère politique en 1943, et tout particulièrement dans le discours de Bayeux (16 juin 1946) qui annonçait, à sa façon, la Constitution de 1958 :
« En même temps, c’est ici que sur le sol des ancêtres réapparut l’État, l’État légitime, parce qu’il reposait sur l’intérêt et le sentiment de la nation, l’État dont la souveraineté réelle avait été transportée du côté de la guerre, de la liberté et de la victoire, tandis que la servitude n’en conservait que l’apparence ; l’État sauvegardé dans ses droits, sa dignité, son autorité, au milieu des vicissitudes du dénuement et de l’intrigue ; l’État préservé des ingérences de l’étranger, l’État capable de rétablir autour de lui l’unité nationale et l’unité impériale, d’assembler toutes les forces de la patrie et de l’Union Française, de porter la victoire à son terme, en commun avec ses Alliés, de traiter d’égal à égal avec les autres nations du monde, de préserver l’ordre public, de faire rendre justice et de commencer notre reconstruction. » (lien)

Avec encore ce petit couplet que nous lui connaissons bien :
« Bref, la rivalité des partis revêt chez nous un caractère fondamental, qui met toujours tout en question et sous lequel s’estompent trop souvent les intérêts supérieures du pays. Il y a là un fait patent, qui tient au tempérament national, aux péripéties de l’Histoire et aux ébranlements du présent, mais dont il est indispensable à l’avenir du pays et de la démocratie que nos institutions tiennent compte et se gardent, afin de préserver le crédit des lois, la cohésion des gouvernements, l’efficience des administrations, le prestige et l’autorité de l’État. » (Idem)

Charles de Gaulle, Benito Mussolini, Alfred Müller-Armack… Même combat ?… 

Michel J. Cuny

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