Les étonnantes sources de cette économie sociale de marché qui fait des miracles

S’il faut en croire Ursula von der Leyen, parmi les éléments patrimoniaux reçus par les différents pays qui sont venus constituer, avec l’Allemagne, l’Europe allemande dont cette dame, manifestement très ambitieuse, est devenue en quelque sorte la meilleure ambassadrice, il y aurait cette « économie sociale de marché » dont il paraît qu’elle a fait des merveilles depuis les lendemains immédiats de la Seconde Guerre mondiale… et pas seulement en Allemagne fédérale.

À ce propos, nous pourrions d’ailleurs nous étonner de ce que les Allemands eux-mêmes en soient restés tout étonnés… Or, c’est ce qui nous vaut aujourd’hui de pouvoir étudier cette question dans un document qui a été longuement et minutieusement préparé par la Konrad Adenauer Stiftung (Fondation Konrad Adenauer) sous l’autorité plus particulière de MM. Mathias Schäfer et David Gregosz qui écrivent dans la Préface datée de 2013 :
« Or, malgré ces avantages incontestables, il semble toujours difficile de décrire les fondements du succès économique de l’Allemagne et de définir les concepts qui constituent la base de « l’économie sociale de marché » » (
Siegfried F. Franke – David Gregosz, Économie sociale de marché – Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Konrad Adenauer Stiftung 2013, page 5 du document papier. Lien)

Cette même Préface ne devrait d’abord que nous rassurer. Elle s’ouvre, en effet, sur une citation qui a de grandes chances d’entraîner l’adhésion du plus grand nombre…
« L’économie de marché moderne n’est pas l’économie de marché libre des flibustiers libéraux d’une époque révolue […] mais une économie de marché à engagement social qui permet à l’individu de s’épanouir, qui accorde la priorité à la valeur de la personnalité et qui récompense la performance avec un rendement mérité »
Ludwig Erhard, congrès de la CDU, Recklinghausen, 28 août 1948. » (Idem, page 5)

Les auteurs renforcent aussitôt notre très bonne impression :
« L’économie sociale de marché est un modèle économique et social réussi qui a valu à l’Allemagne un redressement économique spectaculaire après la fin de la Seconde Guerre mondiale (le fameux « miracle économique allemand »), des décennies de stabilité et de prospérité et la maîtrise des conséquences économiques de la réunification allemande. » (Idem, page 5)

Décidément, ce cheval doit être le bon !… Et si c’est bien celui qu’Ursula a choisi d’enfourcher, comment résister à l’envie de partir avec elle à l’aventure, et jusqu’à l’autre bout du monde !…

Mieux encore, si possible…
« Ce modèle s’est avéré particulièrement solide pendant les périodes de crise. Ainsi, lors de la crise financière et économique (2008/2009), l’ordre économique allemand a encore une fois confirmé sa solidité. Aucun autre pays industrialisé n’a su mieux gérer les soubresauts de l’économie mondiale suite à la faillite de la banque Lehman Brothers. Même face à la crise de la dette publique qui frappe l’Europe actuellement, l’économie nationale allemande se montre particulièrement stable et résistante. » (Idem, page 5)

Ben alors !…

Mais à qui doit-on cette pure merveille de l’économie sociale de marché ? Au-delà de son petit nom de baptême, qui en aura défini les principales caractéristiques, et pour quoi en faire ?… Le terme lui-même semble être apparu en 1946 par la grâce d’un certain Alfred Müller-Armack qui venait là avec une doctrine déjà toute constituée… même si elle s’inspirait très largement de travaux qui convergeaient avec les siens depuis longtemps déjà.

Prenons tout d’abord ce que MM. Franke et Gregosz et leur petite équipe nous en disent :
« 
Alfred Müller-Armack, professeur d’économie politique et de sociologie culturelle à Munster, qui rencontra Erhard aux seins de cercles économiques confidentiels, relia dans ses travaux les idées libérales et la doctrine sociale catholique. » (Idem, page 10)

Pas de quoi fouetter un chat… Quant à Erhard, qui est-ce donc ? De son prénom Ludwig, ce monsieur serait ministre de l’Économie de l’Allemagne fédérale du 20 septembre 1949 au 11 octobre 1963, tandis que, du 29 octobre 1957 au 16 octobre 1963, il ajouterait à ce titre celui de vice-chancelier fédéral allemand, qu’il échangerait avantageusement pour devenir, le 16 octobre 1963 et jusqu’au 1er  décembre 1966… chancelier d’Allemagne.

Pouvons-nous prendre le risque de regarder maintenant un peu en arrière ? Faisons-le tout d’abord en suivant ce que le document mis en circulation par la fondation Konrad Adenauer veut bien nous en dire, puisque Ludwig Erhard aura été le ministre de l’Économie d’une Allemagne fédérale conduite (du 15 septembre 1949 au 15 octobre 1963) par le chancelier Adenauer :
« Depuis Nuremberg,
Ludwig Erhard travailla, quant à lui, surtout à l’élaboration d’un concept libéral pour la période d’après-guerre. Il tient presque du miracle qu’il échappa à la vigilance de la Gestapo d’autant plus que son mémoire sur Carl Friedrich Goerdeler intitulé « Le financement de la guerre et la consolidation de la dette » circula parmi les résistants et que Goerdeler le recommanda lui-même pour un poste de dirigeant pour la période d’après-guerre. » (Idem, page 10)

Nous voici rassuré(e)s : ce langage paraît nous dire que, pas plus pour Ludwig Erhard que pour Alfred Müller-Armack, nous ne pouvons avoir le moindre le doute quant à la grande étanchéité qui les avait éloigné d’un Adolf Hitler tout autant que du national-socialisme…

Vraiment ?…

Michel J. Cuny

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