Iouri Andropov et Vladimir Poutine : les Incorruptibles.

Pour comprendre ce qui peut rapprocher politiquement Vladimir Poutine de son premier patron au KGB, Iouri Andropov, nous poursuivons l’étude de la biographie de celui-ci en rappelant aussitôt que nous l’avons toujours connu comme un stalinien de stricte obédience.

Après la chute, en octobre 1964, de Nikita Khrouchtchev, tombeur, en février 1956, de la réputation du « petit père des peuples », et tandis qu’un retour de flamme en direction de Joseph Staline paraît devoir être le remède idéal, qu’allait-il advenir de celui qui était peut-être, à ce moment-là, son héritier le plus fidèle : Iouri Andropov ? Les choses se précisent dès 1967…

Lisons Andreï Kozovoï :
« Le nouveau patron du Kremlin, Leonid Brejnev, cherche quelqu’un pour remplacer un rival potentiel, le président du KGB Vladimir Semitchastny. Sans attaches ni réseau concurrent, d’une réputation irréprochable, partisan d’une ligne modérée à l’égard du stalinisme, Andropov apparaît comme un candidat idéal. » (Kozovoï, pages 41-42)

Il y a ici une note de bas de page qui ajoute cette précision importante parce qu’elle montre la prudence du nouvel arrivant, « partisan d’une ligne modérée à l’égard du stalinisme » :
« Andropov aurait conseillé à Brejnev d’éviter de citer Staline dans son discours de 1965, à l’occasion des vingt ans de la victoire. En 1969 au contraire, il souhaite que l’on mentionne l’anniversaire du Guide dans la presse : le temps est à la « réaction conservatrice ». » (Kozovoï, page 42)

Ici, la « réaction conservatrice » veut dire un approfondissement du retour vers la ligne bolchevique qui était celle de Staline. Si Andropov déclare la souhaiter depuis le poste qui est le sien, c’est-à-dire à la présidence du KGB, c’est qu’il en est le promoteur principal, et qu’il la juge nécessaire pour des raisons qui comportent une certaine urgence, pour ne pas dire une urgence certaine…

À peine installé, le nouvel arrivant impose sa marque :
« Avec Andropov débute un nouvel âge d’or des services secrets soviétiques. Les effectifs du KGB, réduits sous son prédécesseur, sont renforcés, notamment en province. Une cinquième direction pour la lutte contre les « diversions idéologiques de l’adversaire » voit le jour avec à sa tête le général de sinistre mémoire Filipp Bobkov. » (Kozovoi, page 42)

Certes, le « patron » n’en juge pas du tout de la même façon puisque…
« […] Bobkov sera nommé adjoint d’Andropov en 1982. » (Kozovoi, page 42)

Or, entre-temps, le président du KGB avait réussi à soustraire ses services aux influences contradictoires de personnages très haut placés tentant quelquefois de faire échapper certaines de leurs activités à un contrôle qu’ils jugeaient par trop tatillon…

Andreï Kozovoi ne peut qu’en faire le constat :
« Les efforts d’Andropov sont récompensés. Le 5 juillet 1978, le KGB, auparavant rattaché au Conseil des ministres d’URSS, devient une institution qui rend compte directement au Parti, le KGB d’URSS. » (Kozovoi, page 43)

À la tête du Parti, il y avait donc Leonid Brejnev, Secrétaire Général. Nous voici au tout début de 1982. Le 25 janvier, Mikhaïl Souslov décède… laissant la voie à la possibilité d’un nouveau raffermissement – à travers la personne même de Iouri Andropov – des liens entre le KGB et le sommet du PCUS ? En effet, ainsi que l’indique Andreï Kozovoi :
« Après la mort de l’idéologue [Souslov], Brejnev avait en effet proposé à Andropov de devenir le numéro deux du Parti. » (Kozovoï, page 43)

Ici, le biographe marque un temps d’arrêt. S’agissait-il d’une addition – ou d’une soustraction – de pouvoir, et notamment par rapport au KGB ?… En effet, il semble que Leonid Brejnev avait de bonnes raisons – familiales – de briser certains des élans du patron des services secrets… S’agissait-il d’une promotion à la romaine ? s’interroge notre guide. N’y avait-il pas là…
« […] de quoi inquiéter le patron du KGB, qui ignorait les intentions réelles de Brejnev – l’éloigner des dossiers « sensibles » ou lui confier de plus hautes responsabilités ? » (Kozovoi, page 43)

En tout cas, Iouri Andropov quitte la présidence du KGB où, selon Andreï Kozovoi
« […] les Ukrainiens ont mauvaise réputation au Politburo. » (Kozovoi, page 43)

Pourquoi cette remarque ? La suite de ce dernier propos nous permet aussitôt de mieux comprendre la signification politique de ce qui est en passe de se produire :
« […] au KGB, c’est un autre proche de Brejnev, Vitali Fedortchouk (un Ukrainien !), qui prend les commandes et procède à des aménagements destinés à saper l’héritage de son prédécesseur. Ce n’est qu’à la fin octobre [1982] qu’Andropov obtient le soutien de Brejnev : « Tu es le numéro deux du Parti et le numéro deux dans le pays, utilise donc tous les pouvoirs », lui aurait alors dit, rassurant, le secrétaire général. » (Kozovoi, page 44)

Retenons le conditionnel… et le fait que cet échange de propos a eu lieu une quinzaine de jours avant le décès de Leonid Brejnev (11 novembre 1982). Or, il paraît que certains hiérarques du Parti commencent déjà à trembler. En effet, l’homme qui accède au Secrétariat général du PCUS dès le lendemain ne paraît pas avoir d’aptitude particulière à la corruption, ni au laisser-faire… De Iouri Andropov, Andreï Kozovoi écrit :
« C’est un ascète qui, à la différence d’autres membres de la nomenklatura, ne possède qu’une simple Volga de huit ans d’âge. » (Kozovoi, page 45)

Les Incorruptibles…

De sorte que, dès son arrivée à la tête du Parti…
« Les courtisans sont prêts d’oublier leurs habitudes de venir les bras chargés de présents. » (Kozovoi, page 45)

Petite oligarchie sans doute… Nous y reviendrons. Ce qui est certain, c’est que Iouri Andropov y réagira aussi brutalement que Vladimir Poutine à celle des Berezovski et autres Khodorkovski

Michel J. Cuny

NB : Pour entrer davantage dans la réflexion conduite ici, et l’étendre à des questions bien plus vastes, je recommande que l’on s’inscrive dans le groupe « Les Amis de Michel J. Cuny (Section Vladimir Poutine) » sur Facebook.

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