Au sommet de la duplicité « républicaine » : Ernest Renan (1823-1892)

Avec cet Ernest Renan, entrons immédiatement dans le vif du sujet. Voici comment, à la veille de la Commune de Paris, il définissait la « bonne politique » :
« […] inspirer au peuple la croyance à la vertu, le respect des hommes savants et graves ; le détourner des révolutions, remèdes souvent plus funestes que le mal qu’il s’agit d’extirper ; faire que chacun aime à rester à son rang, par résignation, par fierté, par goût de l’honnête ; montrer le beau où il est, c’est-à-dire chez tant d’admirables soldats, d’admirables marins, d’ouvriers courageux, d’ouvrières résignées, qui continuent la tradition de la vertu ; ne pas dire au pauvre : « Enrichis-toi », mais lui dire : « Console-toi, tu travailles pour l’humanité et la patrie » ; lui prêcher le bonheur par la simplicité du coeur et la poésie du sentiment ; persuader à l’homme du peuple que ce qui le rend intéressant, c’est d’être respectueux pour les grandes choses morales auxquelles il coopère sans pouvoir toujours les comprendre ; à la femme que ce qui fait son charme, c’est d’être dévouée et de servir ; mais se comporter en même temps de telle sorte que l’inférieur sente bien que celui qui commande remplit un devoir et est animé d’un haut sentiment philosophique […]. »

Au lendemain de la Commune, il sera nettement plus brutal. Dans les Dialogues philosophiques, en 1871, il affirme :
« […] le but poursuivi par le monde, loin d’être l’aplanissement des sommités, doit être au contraire de créer des dieux, des êtres supérieurs, que le reste des êtres conscients adorera et servira, heureux de les servir. La démocratie est en ce sens l’antipode des voies de Dieu, Dieu n’ayant pas voulu que tous vécussent au même degré la vraie vie de l’esprit. […] L’essentiel est moins de produire des masses éclairées que de produire de grands génies et un public capable de les comprendre. Si l’ignorance des masses est une condition nécessaire pour cela, tant pis. La nature ne s’arrête pas devant de tels soucis ; elle sacrifie des espèces entières pour que d’autres trouvent les conditions essentielles de leur vie. […] Qu’importe que les millions d’êtres bornés qui couvrent la planète ignorent la vérité ou la nient, pourvu que les intelligents la voient et l’adorent ? »

Les moyens de la hiérarchisation

Pour Ernest Renan donc, le système d’enseignement doit être divisé en deux réseaux : l’un s’adressera à l’élite, l’autre à la masse.

Pour la première, il réclame un maximum de liberté :
« Il n’y a pas de fort développement de la tête sans liberté […]. »

Dans un article du Journal des Débats en date du 9 juillet 1875, il ajoutera cette précision :
« Ce qui importe à la jeunesse qui suit les cours de l’enseignement supérieur, c’est d’entendre des voix très diverses, d’assister au choc des opinions. Ce qu’on doit retirer de ces luttes, c’est moins un ensemble de doctrines fixes (il n’y en a guère de telles dans les hautes régions de l’esprit humain) que l’exercice intellectuel, la gymnastique en quelque sorte, qui est le fruit de la discussion. »

Et, dès 1871, il pose un principe qui n’est désormais plus en vigueur (et qui l’était encore au moment de l’édition initiale de ce texte (1986) :
« Former par les universités une tête de société rationaliste, régnant par la science, fière de cette science et peu disposée à laisser périr son privilège au profit d’une foule ignorante […]. »

Ce qui le distingue alors des républicains, c’est le rôle qu’il voudrait conserver à la religion dans l’éducation de la masse. L’idéal consisterait à…
« […] élever le peuple, raviver ses facultés un peu affaiblies, lui inspirer, avec l’aide d’un bon clergé dévoué à la patrie, l’acceptation d’une société supérieure, le respect de la science et de la vertu, l’esprit de sacrifice et de dévouement […] ».

Mais il faut souligner qu’il parle d’un « bon clergé dévoué à la patrie ».

Comment réaliser le « joint » ?…

Michel J. Cuny

(Ce texte est extrait de l’ouvrage de Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange « Le feu sous la cendre – Enquête sur les silences obtenus par l’enseignement et la psychiatrie » – Editions Paroles Vives 1986, qui est accessible ici.)  

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