IV. 32 – La disparition de Bachar El Assad ne peut mettre fin au conflit. Tout au contraire…


Sculpture-symbole du désarmement devant l’ONU…

IV. 32 – La disparition de Bachar El Assad
ne peut mettre fin au conflit. Tout au contraire…

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Des divergences fondamentales
lors des débats du 18 décembre 2015
au Conseil de sécurité de l’ONU

Les 15 pays membres qui ont adopté la Résolution 2254 (2015) lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU (Organisation des Nations Unies), le 18 décembre 2015, sont, en dehors des 5 membres permanents (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie, Chine), la Jordanie, l’Angola, l’Espagne, la Lituanie, la Malaisie, le Nigéria, le Venezuela, la Nouvelle-Zélande, le Chili, le Tchad.

Pourquoi des États belliqueux qui se trouvent à l’origine de nombreuses déstabilisations (Tunisie, Égypte) débouchant souvent sur des guerres civiles puis néo-coloniales (Afghanistan, Irak, Côte d’Ivoire, Libye, Syrie, Ukraine, etc.), voudraient-ils y mettre fin rapidement ? Puisqu’ils font tout pour évincer les dirigeants, détruire les pays, bombarder les populations qui refusent de se soumettre à leur diktat…

Mais que la partie, adverse à leurs projets, se trouve en position de forces sur le terrain, et les voici qui font pression pour aboutir à ce qu’ils appellent la paix : en cette fin d’année 2015, il y a un peu plus d’un an que la Russie apporte une aide technique et militaire à la Syrie et, déjà, apparaît un basculement significatif du côté de l’armée de la République Arabe Syrienne. Pour ces pays dominateurs, il faut, coûte que coûte, prendre le contrôle du conflit sur le terrain. Si cela n’est pas possible, alors il leur faut prendre le contrôle idéologique des débats.

D’où l’insistance, lors de la réunion du Conseil de sécurité qui a eu lieu, le 18 décembre 2015, sous la présidence du Secrétaire d’État états-unien, John Kerry, sur « l’application intégrale du Communiqué de Genève du 30 juin 2012 » pour faire de ce celui-ci le « fondement d’une transition politique conduite et prise en main par les Syriens »… par les opposant(e)s soutenu(e)s par les Occidentaux, bien sûr… Mais cette transition politique « visant à mettre fin au conflit syrien », qui ne peut se faire, selon eux, qu’avec la disparition, d’une façon ou d’une autre, du président Bachar El Assad, n’assure en rien la fin du conflit. [ONU, Couverture des réunions & communiqués de presse, Conseil de sécurité, 7588E Séance – après-midi, CS/12171 – 18 décembre 2015, Syrie : pour la première fois depuis le début du conflit, le Conseil de sécurité fait preuve d’unité en adoptant une « feuille de route » pour la paix.]

Il suffit de se rappeler que la transition politique en Libye, qui s’est faite sur la mort physique, politique et économique du peuple et sur l’assassinat de Muammar Gaddhafi, n’a aucunement mis fin au conflit libyen… pire, elle le prolonge jusqu’en cette année 2017.


Ban Ki-moon

Le Conseil de sécurité de l’ONU évoque dorénavant avec beaucoup d’insistance l’urgence d’un « cessez-le-feu » qui ne peut avoir lieu que s’il y a une « transition politique » ! Au mépris du vote du 3 juin 2014 du peuple syrien :
« Un cessez-le-feu « s’étendant à tout le territoire syrien » devrait prendre effet dès que les représentants du Gouvernement syrien et de l’opposition « auront pris les premières mesures sur la voie d’une transition politique ». ». [Idem.]

Lors des débats, Ban Ki-moon ne brille pas par sa neutralité et peut même se féliciter, paraît-il…
« « Cette résolution, qui met l’accent pour la première fois sur la voie politique à suivre pour régler la crise, marque une étape importante sur la base de laquelle nous devons œuvrer », s’est félicité le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, en rendant un hommage appuyé à M. Kerry et au Ministre russe des affaires étrangères, M. Sergey Lavrov. » [Idem.]


John Kerry

Bien sûr, John Kerry jubile :
« « Après quatre ans et demi de conflit » a rappelé le Secrétaire d’État américain, « c’est la première fois que le Conseil de sécurité convient d’une feuille de route en vue d’un règlement politique du conflit », « qui n’offre pas un choix entre Bachar Al-Assad et Daech, mais entre la guerre et la paix ». ». [Idem.]
Mais qui donc arme l’Armée syrienne libre et Daesh ? Qui donc veut le départ de Bachar El Assad ? Et qui donc encore met dans la balance le départ du président de la République Arabe Syrienne réélu, d’un côté, et la paix, de l’autre ?


Sergueï Lavrov

Le ministre russe des Affaires Étrangères, Sergueï Lavrov, est là qui veille… plus que dubitatif quant à l’observation d’une certaine neutralité par l’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, M. Staffan de Mistura, et par le Conseil de sécurité lui-même…
« Rejetant les tentatives déployées, « depuis l’extérieur », pour changer le « destin du Président »  syrien Bachar Al-Assad, le Chef de la diplomatie russe a espéré que l’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie adopterait une « attitude impartiale » dans l’accompagnement des négociations entre parties syriennes et que le Conseil de sécurité, dans l’intérêt du peuple syrien, ne céderait pas à la « rhétorique idéologique » et aux « ambitions politiques ». » [Idem.]


Laurent Fabius

Mais voilà une intervention qui diffère totalement de celle du ministre russe des Affaires Étrangères et qui, dans un débat où différents intervenants tentent d’œuvrer en faveur de la paix, jette de l’huile sur le feu…
« Pour sa part, le Ministre des affaires étrangères de la France, M. Laurent Fabius, a estimé que « tant que persiste la gouvernance actuelle de Bachar Al-Assad, une réconcilitation véritable entre la population et l’État syrien est exclue », parlant ainsi d’une « réalité politique incontournable ». » [Idem.]
Autrement dit, le ministre français des Affaires étrangères, le socialiste sioniste très démocrate Laurent Fabius, faisant fi du résultat du vote du peuple syrien à l’élection présidentielle de 2014, préfère voir un fossé infranchissable entre le dirigeant arabe, Président élu de la République Arabe Syrienne, et la population qui lui a accordé une nouvelle fois sa confiance.

Car…
« Pour la France, les discussions inter-syriennes ne pourront aboutir que si le cadre politique crédible défini par les Communiqués de Genève et de Vienne est effectivement construit. Il repose sur plusieurs principes : la mise en place d’une transition effective ; une réforme des institutions ; des garanties sur le départ de Bachar Al-Assad « qui s’impose pour des raisons non seulement morales, mais d’efficacité. ». » [Idem.]
Ce sont des hommes comme M. Fabius qui parle de morale. Quant à l’efficacité… Il n’a de leçon à donner à personne.

Fort heureusement pour le peuple syrien, Laurent Fabius a été “débarqué” de son ministère : il a placé la politique étrangère de la France en dessous de tout. (Cf. https://unefrancearefaire.com/2016/12/27/iv-5-un-matamore-a-la-tribune-de-lonu/) Mais M. Fabius (71 ans), qui, comme bon nombre de ses collègues, squatte la vie politique depuis 1977, est l’un de ceux qui s’accrochent à leurs fonctions politiques comme des mollusques à leurs rochers. Pour rassurer les ONG humanitaires, il n’est pas au chômage… Le 19 février 2016, il a été “bombardé” par le président de la république française, François Hollande, président du Conseil constitutionnel… Il y a décidément quelque chose de pourri dans cette France…


Philip Hammond

Même son de cloche que celui du ministre français des Affaires Étrangères, M. Fabius, celui rendu du côté de la Grande-Bretagne :
« « Si Daech est une menace, c’est Bachar Al-Assad qui porte la responsabilité des souffrances en Syrie », a déclaré le Secrétaire d’État aux affaires étrangères et du Commonwealth du Royaume-Uni, M. Philip Hammond, du parti conervateur dans son pays. Il a, à son tour, tenu à rappeler que les participants à la Conférence de Riyad avaient réaffirmé l’importance du Communiqué de Genève, avec une mise à l’écart de Bachar Al-Assad, en vue de l’avènement d’une Syrie pluraliste. » [Idem.]
La Conférence de Riyad (Arabie saoudite) ayant eu lieu le 10 décembre 2015 – soit huit jours avant la réunion du Conseil de sécurité –, certains de ses participants avaient fait fi, eux aussi, du vote syrien. Il s’agit bien d’un déni de démocratie pour imposer au peuple une « Syrie pluraliste », c’est-à-dire, dans la bouche des suppôts politico-économiques de la valeur d’échange tous azimuts au détriment de la valeur d’usage, une Syrie capitaliste réclamée notamment par les exilé(e)s syrien(ne)s. Il est difficile de souligner le comique de la situation dans un contexte aussi grave : mais, parler d’une « Syrie pluraliste » dans une monarchie féodale (Arabie saoudite) où tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains d’une famille régnante (les Saoud). Euh… Cependant, quoi d’étonnant ? M. Hammond n’est-il pas un membre du parti conservateur dans une monarchie qui dure depuis des siècles ?

Mais encore…
« La résolution d’aujourd’hui réaffirme l’importance du Communiqué de Genève et l’instauration d’un nouvel organe de transition représentant tous les Syriens. « Cela implique le départ d’Al-Assad pour des raisons morales mais aussi pratiques », a-t-il dit, en précisant qu’avec l’actuel Président syrien, la réconciliation est impossible. Il est crucial, a-t-il souligné, de mettre un terme à la guerre civile pour vaincre les groupes terroristes. Ces derniers ne doivent pas bénéficier du cessez-le-feu, a-t-il dit. L’une des tâches de l’organe de transition précité, a-t-il précisé, sera de lutter contre les groupes terroristes. » [Idem.]
« Organe de transition » ? De quoi se mêle M. Hammond ? Il a tendance à oublier que la déstabilisation de la Syrie est venue après celle de la Tunisie et de l’Égypte, et en même temps que celle de la Libye. Pour la transition qu’il souhaite ardemment en Syrie, il devrait regarder en direction de la Libye pour voir ce qui s’y passe… le chaos que la France et son pays ont semé… Comme M. Fabius, M. Hammond invoque la morale… Ils oublient tous deux que l’ASL (Armée syrienne libre), que leurs pays soutiennent, abrite des « groupes terroristes ».

M. Hammond, sans vergogne…
« « Il est également essentiel que les pays qui prétendent combattre Daech le fassent réellement et ne frappent pas les groupes de l’opposition modérée », a-t-il averti. L’affaiblissement de ces groupes à la suite des récents bombardements a renforcé l’emprise de Daech, ce qui va à l’encontre de nos objectifs, a-t-il fait observer. Enfin, M. Hammond a souligné la nécessité d’œuvrer à la reconstruction du pays. Le Royaume-Uni, qui a promis 1,5 milliard de dollars, va bientôt accueillir une conférence à ce sujet, a-t-il annoncé. » [Idem.]
Le problème est que les « groupes terroristes » et les membres de « l’opposition modérée »… les armes à la main reçoivent les armes des pays qui prétendent combattre les terroristes… Car les objectifs des uns et des autres et des pays qui soutiennent à la fois les opposants et les « terroristes » sont les mêmes : évincer Bachar El Assad de la présidence de la République Arabe Syrienne et renverser le gouvernement ; autrement dit, les objectifs se réduisent à un seul : obtenir un coup d’État par la guerre. Par ailleurs, nul doute que les dirigeants occidentaux guettent le moment de fondre sur la Syrie dévastée avec leurs multinationales et leurs promesses : il y a plus d’argent à gratter qu’à donner… Voilà ce qui anime ces hommes des États capitalistes. Et non pas « le bien de leur peuple » !


Bachar Ja’afari

Terriblement dramatique parce que réaliste, l’intervention du représentant permanent de la République Arabe Syrienne auprès de l’ONU ne peut passer inaperçue :
« Rejetant toute « ingérence étrangère », le représentant de la Syrie, M. Bachar Ja’afari, a blâmé, en revanche, les terroristes et « les pays qui les soutiennent » pour la situation catastrophique que connaît son pays depuis près de cinq ans. Le Gouvernement syrien, a-t-il assuré, est prêt à mettre un terme aux combats si les groupes syriens armés renoncent aux armes. « Ils seront pardonnés », a-t-il assuré, en précisant que des groupes terroristes comme Daech ou le Front el-Nosra seront exclus d’une telle amnistie. » [Idem.]
Les « groupes syriens armés » déposant les armes bénéficieraient d’une amnistie. Bachar El Assad, un dictateur ? La République Arabe Syrienne, une dictature ?

Suite : IV. 33 – Ce sont ceux qui font verser le sang qui prétendent mettre fin au sang versé 

Françoise Petitdemange
18 mars 2017

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