La meute versaillaise de 1871… Un seul cri : la mort !

Du côté de Versailles, on multiplie les injures, les contre-vérités et les appels au meurtre. Le 6 mai 1871, Francisque Sarcey écrivait dans le Drapeau Tricolore :
« Le siège de Paris, en suspendant tout travail, en allouant trente sous par jour aux gardes nationaux, pour jouer au bouchon sur les remparts… a développé leurs instincts de fainéantise et donné des armes à leur brutalité naturelle. Les loisirs qu’il leur a faits les a mis à même de se compter, de s’organiser, de conclure ensemble le pacte de la paresse et de la haine… »

Dans le même numéro, il affirmait :
« Il faut que Paris cède et soit vaincu. Dût-on noyer cette insurrection dans le sang, dût-on l’ensevelir sous les ruines de la ville en feu, il n’y a pas de compromis possible... »

Dans Le Figaro du 15 mai, on pouvait lire :
« Mettez sur les bords de la Nouvelle-Calédonie les cent cinquante mille personnes qui ne veulent pas se soumettre aux lois. Donnez-leur des vivres et des vêtements pour un an, fournissez-leur des outils, des armes, faites-leur une pacotille et dites-leur de fonder leur commune en paix... »

Le lendemain, le ton de plaisanterie avait disparu :
« Jamais pareille occasion ne s’est offerte pour guérir Paris de la gangrène morale qui le ronge depuis vingt ans. Les Parisiens doivent subir les lois de la guerre, si terribles qu’elles soient. Aujourd’hui, la clémence serait de la folie. »

Il ne s’agissait pas que de mots. Le 24 mai, Washburne, ambassadeur des Etats-Unis à Paris, rapportait, dans une dépêche, qu’un employé de l’ambassade avait…
« cet après-midi-là, sur la chaussée d’Antin, compté huit cadavres d’enfants, dont le plus âgé n’avait pas quatorze ans ; on les a surpris en train de distribuer des boîtes incendiaires et fusillés sur-le-champ ».

paris-la-commune

Le même jour, Adolphe Thiers télégraphiait à Jules Favre :
« Je rentre de Paris, où j’ai vu de bien terribles spectacles. Venez, mon ami, partager notre satisfaction. »

C’était également l’époque où la brochure Le Fils Duchêne crachait tout son venin :
« Il importe peu à ces braves communeux que Paris se ruine, que la misère, la maladie et la mort fassent des rafles dans la population ; ils n’ont rien à perdre, eux, puisqu’ils ne possèdent rien et qu’ils ne se battent pas… Assez de batailles comme ça ! Que l’armée de Versailles arrive jusqu’à vous, vous entoure, vous écrase, vous anéantisse et refasse la France tranquille, riche, heureuse… L’amputation de votre présence est nécessaire à la vie. »

Un seul cri : la mort !

Les massacres de la Semaine sanglante avaient débuté le 21 mai. Désormais, la Commune cessait d’être redoutable. L’heure de la grande boucherie avait sonné. Les hommes de plume allaient pouvoir entonner l’hallali. L’Indépendance Française, le 26 mai :
« Au moment où le souffle nous revient, où l’air rentre dans nos poumons flétris par l’impur courant de ces monstres odieux, un seul cri peut sortir de nos lèvres, et ce cri sera celui de tout Français : Pas de pitié pour ces infâmes ! Un seul châtiment peut expier de pareils crimes : La mort ! »

La Constitution, le 27 mai :
« Ces hommes ne sont plus des ennemis qui combattent : ce sont des assassins et des incendiaires. Qu’on les traite comme les homes qui ont versé le sang et mis le feu. Qu’on ne fasse pas de quartier, surtout aux étrangers qui sont à leur tête ! »

Le Fils Duchêne, le 28 mai :
« Pas de pitié… Nous ne voulons user jusqu’au bout, sans colère, que d’un seul droit : le droit de faire justice ! » « De tous les animaux sauvages, le socialiste est certainement le plus dangereux. »

Ce qu’il faut à ces gens, selon cette brochure…
« ce n’est pas le trait plus ou moins acéré de la critique, c’est une balle de chassepot dans la tête ».

Encore n’était-ce qu’un début…

Michel J. Cuny

(Ce texte est extrait de l’ouvrage de Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange « Le feu sous la cendre – Enquête sur les silences obtenus par l’enseignement et la psychiatrie » – Editions Paroles Vives 1986, qui est accessible ici.)  

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