1871 – La grande trahison de la bourgeoisie française

Bondissons au moment où le Second Empire s’effondre à la suite de la défaite foudroyante des armées de Napoléon III devant la Prusse de Bismarck, le tout aboutissant à l’insurrection ouvrière du 18 mars 1871, date de naissance de la Commune de Paris. En fait d’insurrection, il s’agissait tout d’abord d’assurer la relève d’un mode de défense défaillant devant l’envahisseur étranger.

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De plus, à ce moment précis, la garde nationale populaire répondait à un coup de force tenté par Adolphe Thiers au profit de la bourgeoisie pour reprendre les canons dont la population parisienne était propriétaire, et surtout pour quadriller militairement Paris et se rendre maître d’une situation politique qui progressivement lui échappait. Le peuple en armes refusait de céder aux injonctions d’un pouvoir provisoire qui s’apprêtait à combattre l’ennemi intérieur plutôt que de continuer la guerre extérieure pour laquelle il avait été mis en place. Auguste Blanqui avait pu écrire dès la fin janvier 1871 :
« Le capital préfère le roi de Prusse à la République. Avec lui, il aura, sinon le pouvoir politique, du moins le pouvoir social. »

Le journal le Monde, qui n’éprouve aucune sympathie pour les « insurgés », constatera cependant le 30 mars 1871 :
« Le triomphe de la Commune de Paris a été le concours de circonstances extraordinaires. Les privations causées par le siège [mené par les Prussiens] ont excité l’impressionnabilité du peuple. Les efforts de la lutte ont tendu ses nerfs. Les éloges qu’on lui a faits pour sa longue patience l’ont grisé. En même temps la guerre avait fait tomber les outils de ses mains pour y mettre des armes. Les riches se sont enfuis. Le Gouvernement s’est trouvé désorganisé. Les révolutionnaires se sont donc trouvés, seuls, organisés, armés, prêts, et voilà comment à l’édifice du vieux Gouvernement écroulé ils ont pu substituer l’échafaudage de leurs fantastiques conceptions… »

Dans l’Ordre, Vermorel, qui, à l’inverse, est tout acquis à la Commune, ne dit pas autre chose :
« Que va-t-il advenir de Paris, abandonné par le gouvernement, et livré par lui à une insurrection qu’il a lui-même provoquée ? Est-ce même une insurrection ? L’insurrection est agressive de sa nature. Ici, il n’y a pas eu agression de la part des faubourgs. Ils ont été attaqués et se sont défendus… Paris a bien été livré, – le mot est littéralement juste -, à ceux que le gouvernement lui dénonçait dans ses proclamations comme des communistes et des pillards… Nous adressons un appel suprême à la population parisienne. Il faut qu’elle prenne elle-même la situation en main... »

C’est bien ce qui allait se passer.

Michel J. Cuny

(Ce texte est extrait de l’ouvrage de Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange « Le feu sous la cendre – Enquête sur les silences obtenus par l’enseignement et la psychiatrie » – Editions Paroles Vives 1986, qui est accessible ici.)  

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3 réflexions sur “1871 – La grande trahison de la bourgeoisie française

    1. Paris était alors la capitale de l’Empire de Napoléon III. Celui-ci avait pris le pouvoir, contre la IIème République (née de la révolution de 1848) par un coup d’Etat qui avait eu lieu en 1851. L’empereur s’était laissé manipuler par le chancelier prussien Bismarck (la Prusse étant l’Etat allemand le plus puissant de l’époque) qui l’avait entraîné dans une guerre franco-prussienne qui a tourné très vite au désavantage de la France envahie. Mais la population ouvrière de Paris n’a pas voulu plier devant les Prussiens ; elle s’est armée, et elle s’est tournée contre le gouvernement républicain provisoire qui, plutôt que de combattre les Prussiens, s’est retourné contre l’organisation étatique mise en place par les ouvriers parisiens pour combattre les Prussiens : la Commune de Paris.
      Après l’écrasement de la Commune de Paris, la Prusse a réuni les Etats allemands autour d’elle pour former ce qui allait devenir l’Allemagne. Trop faible désormais pour intervenir militairement en Europe, la France s’est alors décidée à aller tenter sa chance sur le continent africain. Vous connaissez la suite.

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