Vladimir Poutine et la ligne communiste

L’évocation du putsch organisé en 1991, en liaison avec le KGB, par certains membres du gouvernement de Mikhaïl Gorbatchev au détriment de celui-ci nous a orienté(e)s vers trois personnages : Krioutchkov pour la période contemporaine, Andropov pour celle qui avait précédé la venue de Gorbatchev au sommet de l’État soviétique, et Djerzinski pour les toutes premières années d’existence de l’Union soviétique.

Revenons à la situation de l’Union soviétique en 1988, à travers ce que Andreï Kosovoï nous en dit :
« Pour Gorbatchev, la Guerre froide va sur sa fin. Le seul à en douter est le nouveau patron du KGB, Vladimir Krioutchkov. L’ancien bras droit d’Andropov bombarde littéralement Gorbatchev de rapports sur l’infiltration de la CIA en URSS. » (Kozovoï, page 180)

Voilà qui nous permet de faire la connaissance de deux des trois personnages en question, le plus récent à s’être trouvé en fonction à la tête du KGB : Krioutchkov, et son prédécesseur au même poste : Andropov.

Vladimir Krioutchkov est arrivé à la tête du KGB en 1988. Il a donc été le patron d’un certain Vladimir Poutine, jusqu’au moment où il a été arrêté après le putsch manqué d’août 1991… De lui, Frédéric Pons écrit qu’il était…
« communiste sincère et partisan du putsch, agent depuis 1967 […]. » (Pons, page 80)

Et Vladimir Poutine… Quelle aura été sa position à ce moment-là ?

Russia's President Vladimir Putin attends a meeting in his Novo-Ogaryovo residence, outside Moscow on February 26, 2014. The headaches of Ukraine's new pro-Western interim leaders are compounded by Moscow's decision to freeze payments on a massive bailout package that Putin promised to ousted Ukrainian President Viktor Yanukovych as his reward for rejecting closer EU ties. AFP PHOTO/ RIA-NOVOSTI/ POOL/ MIKHAIL METZEL

Nous savons que Krioutchov n’a pas cessé de bombarder «  littéralement Gorbatchev de rapports sur l’infiltration de la CIA en URSS. »

Pour sa part, Frédéric Pons nous rapporte les propos tenus bien plus tard par Vladimir Poutine à propos de ce qu’il avait vécu durant cette même époque, alors qu’il était lui-même en fonction à Dresde (Allemagne de l’Est) :
« Personne à Moscou ne lit nos rapports. Ne les avons-nous pas avertis de ce qui allait se passer ? Ne leur avons-nous pas donné des recommandations sur ce qu’il fallait faire ? Il n’y a pas eu de réaction. » (Pons, page 75)

Il s’étonne même d’avoir eu, dès ce moment-là, la même impression qu’un certain Henry Kissinger… qui devait lui déclarer, à l’occasion d’une rencontre intervenue dix ans après la fin de la RDA :

« Franchement, jusqu’à aujourd’hui, je ne comprends pas pourquoi Gorbatchev a fait cela. » Qu’avait-il donc fait, qui pût tellement choquer ces deux hommes si différents : Henry Kissinger et Vladimir Poutine ? C’est celui-ci qui nous le rappelle (selon l’écho qu’en donne Frédéric Pons) :
« Kissinger avait raison. Nous aurions évité beaucoup de problèmes si les soviets n’avaient pas évacué l’Europe de l’Est aussi hâtivement. » (page 72)

Sans qu’il soit nécessaire d’approfondir ici le sens véritable de cette extravagante reculade, nous imaginons facilement le choc reçu par le patron du KGB de cette époque-là : Vladimir Krioutchkov, et le sens que peut en recevoir sa participation ultérieure au putsch du mois d’août 1991.

Et que faisait, à ce moment précis, Vladimir Poutine lui-même ?

Il faut redire que nous avons appris à faire le lien entre Gorbatchev et une certaine « intelligentsia » qui voulait sortir, à tout prix, d’un système soviétique auquel tenaient, par-dessus tout, les ouvriers… et ce KGB que dirigeait alors Vladimir Krioutchkov

Aura-t-on vu son ancien subordonné, Vladimir Poutine, se ranger du côté de l’intelligentsia, après qu’il eût constaté, dès l’époque de Dresde, à quel point sa figure de proue, Mikhaïl Gorbatchev était capable de trahir les intérêts fondamentaux de l’Union soviétique ?

Quand survient le putsch, Vladimir Poutine travaille aux côtés du maire de St-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak, qui fait parfois figure de libéral. Tournons-nous vers Masha Gessen, qui écrit :
« Neuf ans plus tard, Poutine a répondu aux questions de ses biographes à propos du coup d’État. « Il était dangereux de quitter le bâtiment du conseil municipal au cours des ces journées, a-t-il dit. Mais nous avons fait beaucoup de choses, nous avons été actifs : nous nous sommes rendus aux usines Kirov, nous avons parlé aux ouvriers, et nous sommes allés dans d’autres entreprises, bien que nous ne nous soyons pas vraiment sentis en sécurité. » » (Gessen, page 131)

… Aux ouvriers…

Et voilà que Masha Gessen nous fait effectuer un pas qui nous mène tout à coup très loin… en direction d’un Vladimir Poutine dont nous avons, apparemment, tout à apprendre encore :
« Contrairement à Sobtchak et à beaucoup d’autres, il n’avait même pas suivi l’exemple d’Eltsine quelques mois plus tôt en démissionnant du Parti communiste : l’affiliation de Poutine expira deux semaines après le putsch manqué, au moment où Eltsine promulgua le décret de dissolution du Parti. » (Gessen, page 133)

N’est-ce qu’un vague indice ? Pour sa part, Masha Gessen, qui ne cache pas l’antipathie qu’elle éprouve pour l’actuel « maître du Kremlin » et pour tous ces « conservateurs », qui sont tout simplement des… communistes, il n’y a pas l’ombre d’un doute…
« Est-il envisageable qu’il ait été celui, ou l’un de ceux parmi le cercle restreint de Sobtchak qui ont soutenu activement les conservateurs ? La réponse est oui. » (Gessen, page 133)

Or, que s’est-il passé aux lendemains du putsch de 1991, et après que ses auteurs eussent été arrêtés ? Sur ce point, nous pouvons consulter Hélène Carrère d’Encausse :
« Le 24 août paraît une déclaration signée Gorbatchev, secrétaire général du CC du PCUS, qui s’ouvre sur le constat que les plus hautes instances du Parti (Politburo, Secrétariat, CC) n’ont pas empêché le putsch et que nombre de responsables du Parti y ont pris part. À partir de là, Gorbatchev s’adresse d’abord au Comité central : « Dans cette difficile situation, le Comité central du PCUS [parti communiste d’Union soviétique] doit prendre une décision difficile mais honnête, celle de son autodissolution. » » (d’Encausse, page 253)

Et c’est encore la même historienne qui nous aide à situer que c’est bien une certaine « intelligentsia » qui se venge ici des ouvriers…
« Enfin, le décret n° 2461, après avoir posé en principe la défiance envers le cabinet des ministres qui a trahi, nomme un Comité présidé par Arkadi Volski, Iouri Loujkov et Grigori Iavlinski. L’élite russe, celle qui a rejeté le système soviétique, se trouve ainsi aux commandes de ce qui reste de l’URSS. » (d’Encausse, page 254)

Tandis que, selon Tania Rachmanova, le successeur futur de Boris Eltsine persiste et signe dans cette ligne qui lui vient de son père et de l’un de ses grands-pères :
« […] la plupart de ses biographes affirment que Vladimir Poutine a quitté le KGB en 1991. Or, en réalité, suite à sa lettre de démission, il a été intégré au début de 1992 dans le corps de réserve du KGB, avec le grade de lieutenant-colonel. Il n’a donc jamais quitté les services secrets, de même qu’il n’a jamais démissionné du Parti communiste de l’URSS : « Je n’ai jamais quitté le parti, c’est le PCUS qui a cessé d’exister et j’ai mis ma carte dans le tiroir, elle est toujours là », reconnaissait-il en 2000 sans la moindre gêne ni le moindre regret. » (Rachmanova, page 145)

À bon entendeur, salut !

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Michel J. Cuny


3 réflexions sur “Vladimir Poutine et la ligne communiste

    1. De toutes façons il ne faut pas cataloguer les personnes de manière définitive.
      Tout le monde peut changer d’avis.
      Il n’y a que les sots qui ne changent jamais d’avis.
      Bien qu’aucun système politique ne soit parfait , depuis qu’il est aux commandes , Vladimir à bien du se rendre compte en comparant que le système communiste est généralement moins bon en termes économiques de prospérité pour le peuple.
      Ceci dit, j’ai ouïe dire qu’au temps de l’URSS certains secteurs économiques prospéraient en URSS.
      Là s’arrête mon propos car Mr Poutine a sur le sujet pour son pays dans lequel il vit, un avis forcément plus pertinent que le mien.
      Je crois que Mr Poutine doit faire avec ce qu’il a y compris avec un climat très rigoureux qui impacte nécessairement l’économie de son pays.

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