IV. 16 – Une mise en demeure adressée au président de la république française

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Une Lettre ! Encore une Lettre… Encore une…

IV. 16 – Une mise en demeure
adressée au président de la république française

Il serait faux de croire que l’ASL (Armée syrienne libre), branche militaire d’une opposition, pour partie exilée depuis fort longtemps, dite laïque et modérée, qui se répandait dans les médias en attendant de se jeter sur les fonctions politiques en Syrie, était sans moyens et sans armes.

Cette opposition appartenant, pour bon nombre de ses membres, à la classe moyenne supérieure n’était pas et n’est pas dans la dèche : les sbires des États capitalistes – s’ils empêchent, non pas franchement mais sournoisement, les rares personnes qui s’opposent au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme en utilisant les moyens les plus légitimes qui soient (la pensée, la parole et l’action) de la façon la plus pacifique possible, d’accéder aux moyens d’expression publique pour les maintenir dans l’anonymat, bâillonner leur parole (quand ils ne les mettent pas en prison pour des décennies) et tuer tout débat sur ces questions fondamentales qui concernent l’humanité entière – ouvrent toutes leurs portes aux opposant(e)s qui ont quitté les pays socialistes pour rejoindre l’eldorado capitaliste, c’est-à-dire l’eldorado où règne l’exploitation de l’être humain par l’être humain.

L’opposition syrienne a, depuis les années qui ont précédé la guerre civile provoquée en 2011, tout le loisir de quémander des financements, ici et là, en se répandant dans les médias : toutes les portes lui étaient ouvertes et lui restent ouvertes dans la mesure où elle est pro-capitaliste et donc anti-socialiste. D’où la création, durant les six dernières années, d’organisations destinées à faire un coup d’État en Syrie… CNS (Conseil national syrien), ASL (Armée syrienne libre), CNFORS (Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution syrienne), CNCD (Comité national de coordination pour le changement démocratique), Groupe des Amis de la Syrie, etc.

Tout conflit est une aubaine pour certains : si les armes font des morts, elles permettent aussi aux profiteurs de guerre de constituer un capital ou de l’engraisser. La frontière turco-syrienne était fréquentée par des affairistes qui pouvaient faire passer, aux groupes armés de l’opposition dont l’ASL, des vivres, des armes, des matières premières comme le pétrole, des renseignements, etc. Peu importe aux vendeurs quel groupe va utiliser les engins de destruction : ils vendent et cela leur suffit…

Puisque les “assis” de l’ONU s’étaient “mouillés” jusqu’au cou en Libye au point de se déconsidérer complètement à la face des peuples du monde, Bassma Kodmani, directrice exécutive de l’ARI (Arab Reform Initiative), liée au CFR (Council Foreign Relations), bien qu’ayant déserté, en août 2012, le CNS qui se déchirait les lambeaux d’un pouvoir qu’il ne détenait pas encore…, était co-signataire, en juillet 2013, d’une Lettre ouverte au Président de la République dans laquelle étaient exposés tous les maux que la bourgeoisie syrienne exilée mettait, de façon unilatérale, sur le compte de l’armée et du gouvernement de Syrie, en passant sous silence le fait qu’elle avait elle-même provoqué cette guerre, et récapitulées ses doléances… comme l’avaient fait, en mars 2011, auprès du président Nicolas Sarkozy, les membres du Conseil national de transition dont beaucoup étaient des exilés libyens de longue date.

En écho au « Moi, Président » de François Hollande, l’opposition syrienne commençait chacun des paragraphes de sa lettre par « Vous, Président de la République » :

Les maux de la République Arabe Syrienne ont été suffisamment débités au cours de ces six années écoulées pour qu’ils soient repris ici… Voici donc les doléances…

« Vous, Président de la République, vous savez que le régime despotique et mafieux de Bachar El-Assad n’est pas réformable, qu’il ne connaît aucune limite à la répression, qu’il est par essence un état de barbarie. » Les très démocrates exilé(e)s faisaient fi, sans vergogne, des élections et du peuple syrien qui avait réélu Bachar El Assad, en 2007, à la présidence de la République Arabe Syrienne.

« Si à très brève échéance, une zone d’exclusion aérienne n’est pas mise en place, en surmontant les “difficultés techniques” dont, de leur côté, les Israéliens semblent se jouer dans leurs interventions répétées en Syrie ; »… C’est exactement ce qu’avait demandé le CNT (Conseil national de transition) “libyen” : « une zone d’exclusion aérienne », avec les conséquences sur le peuple libyen et sur la Libye que chaque citoyen(ne) du monde peut connaître cinq ans après la guerre civile et coloniale… Les rédacteurs(rices) de cette Lettre apportaient, par la même occasion, confirmation – si besoin était – que les Israéliens violaient l’espace aérien en intervenant militairement en Syrie !

« Si la mise au ban diplomatique du régime syrien n’est pas décidée, facilitant une action officielle des organisations humanitaires onusiennes et un soutien plus effectif aux administrations civiles et aux organisations sanitaires mises en place par la résistance dans les zones libérées ; » Les opposant(e)s à l’armée syrienne régulière, qui font aussi dans le pipeau humaniste, étaient bien placé(e)s pour savoir que les armes peuvent très bien transiter par les organisations dites humanitaires ; et ce passage d’armes, parfaitement clandestin, n’est pas une cause négligeable de la prolongation des guerres… Par ailleurs, de quelle « résistance » était-il question ? En tout cas, il ne s’agissait pas de « la résistance » de ce groupe d’exilé(e)s qui restaient bien à l’abri des bombes qu’ils-elles appelaient à cor et à cri sur leur pays d’origine et, donc, sur la population syrienne ?

« Si une aide substantielle sur le plan militaire aux brigades de l’Armée libre indépendantes des groupes islamistes radicaux n’est pas accordée : » Les exilé(e)s, qui se mettaient donc hors de portée des bombes, constituaient la branche politique du coup d’État en gestation depuis 2011 qui, s’il réussissait, leur permettrait de prendre le pouvoir… tandis que la branche militaire, l’ASL (Armée syrienne libre), se battait sur le terrain… principalement contre l’Armée de la République Arabe Syrienne.

« Alors, vous, Président de la République, vous savez qu’en restant passif devant les massacres annoncés, notre pays encourrait le grief de non-assistance à peuple en danger. Dans l’espoir que vous saurez éviter cette terrible défaite morale de notre démocratie, nous vous adressons, Monsieur le Président, l’expression de notre respectueuse considération. » D’où il ressort que, pour ce groupuscule de bourgeois(es), leur installation, de plus ou moins longue date, à Paris, à Londres, à New York, et ailleurs… leur donne le droit de dire et d’écrire, à propos des pays où ils-elles vivent, « notre pays », et, surtout, « notre démocratie », dont ils-elles tirent tant d’avantages… mais cette installation, de plus ou moins longue date, leur donne-t-elle le droit de faire pression sur le président de la république française, de lui réclamer une entrée en guerre, et de juger leur pays d’adoption sur le plan moral ?… La menace, à peine voilée, annonce une note à payer… « cette terrible défaite morale » qui touchera qui ? certainement pas le président qui en a eu d’autres… mais le peuple français. Quant au « peuple en danger », le peuple syrien, si cher à la bourgeoisie exilée en mal de pouvoir, il réélirait Bachar El Assad, en pleine guerre, le 3 juin 2014.

Suite : IV. 17 – L’opposition syrienne : une opposition de classes 

Françoise Petitdemange
25 janvier 2017

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