L’incroyable cagade des si fameux accords de Munich (30 septembre 1938) !…

Après avoir évoqué l’étrange entretien qui a réuni, en 1937, l’ambassadeur d’Allemagne à Londres, Joachim Ribbentrop – chargé par Hitler d’obtenir, si possible, une alliance avec la Grande-Bretagne au moment où il  était question pour le Reich de s’étendre à l’Est – et un Winston Churchill qui en rend compte en ces termes : « Notre conversation dura plus de deux heures. Ribbentrop fut des plus courtois. », nous allons revenir un tout petit peu en arrière, pour donner au grand homme d’Etat britannique nous en dire plus sur un événement qui nous permettra de constater, une fois de plus, que toutes les portes s’ouvraient benoîtement à cette époque-là devant le très intéressant  – pour les pays capitalistes – Adolf Hitler. Nous sommes en 1936 :
« Le 7 mars, à 10 heures du matin, Herr von Neurath, le ministre des Affaires étrangères allemand, convoqua les ambassadeurs anglais, français, italien et belge à la Wilhelmstrasse pour leur faire part de sa proposition : un pacte de vingt-cinq ans, la démilitarisation des deux rives de la frontière du Rhin, une limitation des forces aériennes, et des pactes de non-agression à négocier avec les voisins de l’ouest. » (page 108)

Etait-ce l’annonce d’une paix généralisée à l’ensemble de l’Europe pour vingt-cinq années ?
Ah que nenni, puisque, comme Churchill nous le dit :
« Ce même jour du 7 mars 1936 à midi, deux heures après avoir proposé son pacte de vingt-cinq ans, Hitler annonça au Reichstag son intention de réoccuper la Rhénanie, et au même moment, les colonnes allemandes, franchissant les limites de la zone démilitarisée, faisaient leur entrée dans les principales villes rhénanes. » (page 109)

Sur la France, la menace était directe… Qu’allait-elle décider ? Quel bon conseil allait-elle recevoir de sa grande alliée, la Grande-Bretagne ?

Mais l’affaire était-elle si grave ?… Oui, bien sûr, s’exclame Churchill :
« Ce n’était pas seulement la violation d’une obligation imposée par la force des armes pendant la guerre [mondiale de 1914-1918], ou celle du traité de Locarno signé librement en pleine paix ; c’était aussi la mise à profit de l’évacuation amicale par les Alliés de la Rhénanie plusieurs années avant l’échéance prévue. Cette nouvelle fit sensation dans le monde entier. »  (page 109)

C’est donc sous le regard vigilant du « monde entier » que la suite va intervenir : plieront, plieront pas ?… les Français… et leurs alliés d’Outre-Manche ?…

Tout d’abord – et sans doute pour bien montrer à sa population qu’ils veillent sur elle -, les responsables politiques français crient très fort. A juste titre, considère notre mémorialiste :
« Le gouvernement français de M. Sarraut, dans lequel M. Flandin était ministre des Affaires étrangères, se dressa en un courroux vociférant et lança un appel à tous ses alliés, ainsi qu’à la SDN [Société des Nations]. Par-dessus tout, elle [la France] était en droit de compter sur la Grande-Bretagne, puisque nous avions garanti sa frontière contre toute agression germanique, et avions fait pression sur elle en faveur d’une évacuation anticipée de la Rhénanie. Or, on était en présence d’une violation caractérisée, non seulement du traité de paix, mais aussi du traité de Locarno, et toutes les puissances intéressées étaient liées par leurs engagements. » (pages 109-110)

Mais il ne faudrait tout de même pas oublier ce que toutes les chancelleries occidentales savaient à ce moment-là… Du fait, en particulier, de son ex-ministre de l’Air, Pierre Cot, la France était considérée comme un très mauvais élève selon un critère qui ne trompe pas. Souvenons-nous de ce traité franco-russe qui, tout écorné qu’il ait pu être par Pierre Laval, n’en continuait pas moins de réunir la France et l’URSS autour de la défense de la Tchécoslovaquie en cas d’agression allemande. Or, les initiés ne pouvaient pas avoir déjà oublié le petit message émis deux mois et demi plus tôt par le meilleur garant de la lutte contre le bolchevisme. Nous l’avions d’ailleurs déjà lu nous aussi sous la plume du bon Churchill :
« Hitler déclara à l’ambassadeur de Pologne à Berlin le 18 décembre [1935] qu’il était « absolument opposé à toute collaboration de l’Occident avec la Russie ». » (page 108)

La France étant en faute, comment ne pas permettre au Reich allemand de se mettre en situation de pouvoir venir lui taper sur les doigts à la moindre incartade, et dans les plus brefs délais…

Or, deux ans et demi après la venue inattendue des troupes allemandes aux abords immédiats de la France, Hitler en sera à régler, définitivement si possible, la question de cette Tchécoslovaquie qui a le grand tort, selon lui, de maltraiter des Allemands de souche, installés dans la région des Sudètes.

Une question pressante se pose donc aussitôt… France, URSS : qui répondra quoi au Führer qui vient de faire avaler l’Autriche par l’Allemagne (Anschluss, mars 1938) ?

Référons-nous une fois de plus à Winston Churchill… La scène se passe à Genève. Elle met en scène un grand ami de Pierre Cot, dans la personne du commissaire du peuple aux Affaires étrangères de l’Union soviétique
« Le 21 septembre [1938], devant l’Assemblée de la SDN, Litvinov donna un avertissement officiel :

« La Tchécoslovaquie subit actuellement l’ingérence d’un État voisin qui menace publiquement et bruyamment de l’attaquer. L’une des nations européennes les plus anciennes, les plus cultivées, les plus travailleuses, et dont l’indépendance a été acquise après des siècles d’oppression, peut avoir, aujourd’hui ou demain, à reprendre les armes pour la sauvegarder. Lorsque, quelques jours avant mon départ pour Genève, le gouvernement français s’est enquis pour la première fois de notre attitude en cas d’agression contre la Tchécoslovaquie, je lui ai donné, au nom de mon gouvernement, cette réponse parfaitement claire et sans équivoque :
« Nous avons l’intention de remplir nos obligations aux termes du pacte, et d’apporter aux côtés de la France notre aide à la Tchécoslovaquie, par tous les moyens dont nous disposons. » » » (page 157)

USSR. A portrait of Russian revolutionary Maxim Litvinov, Ambassador to Estonia and later People's Commissar for Foreign Affairs of the USSR, Ambassador to the United States and full member of the Central Committee of the Communist Party between the years of 1934-1941. Mikhail Dubnov/TASS

Maxime Litvinov (1876-1951)

Qu’a fait l’Occident de cet engagement formel ?… Et la France, au beau milieu de ce joli ramassis ?
Rien que la cagade des fameux accords de Munich.

Mais elle ferait bien mieux encore, par la suite…

Michel J. Cuny


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