3. « Un coup d’éventail » ? « un coup de chasse-mouches » ? ou « un coup de légende » ?

3.
« Un coup d’éventail » ? « un coup de chasse-mouches » ?
ou « un  coup de légende » ?

À Alger, le Turc, Hussein Dey, s’impatiente… Après avoir fourni d’importantes quantités de grains aux armées françaises, les deux négociants juifs d’Alger, les Bacri et les Busnach, des Toscans de Livourne, s’étaient toujours montrés des plus conciliants : leurs délais de paiement étant extraordinairement extensibles, ils avaient laissé la dette de la France courir, d’année en année, au point qu’avec les intérêts, elle avait fini par atteindre la somme de 14 millions de francs en 1814. Celle-ci avait été ramenée, lors d’une transaction entre les parties, à 7 millions de francs, chiffre qui avait été accepté par le roi de France et le dey d’Alger ; la première créance devait être honorée à compter du 1er mars 1820. Si les Bacri et les Busnach n’avaient eu à rembourser ce qu’ils avaient emprunté au dey d’Alger, la dette aurait pu peut-être courir encore longtemps…

Lors de son passage-éclair à la présidence du Conseil (9 juillet-26 septembre 1815), Talleyrand avait nommé Pierre Deval, consul général français d’Alger. Les BacriBusnach s’entendaient comme larrons en foire avec ce consul à la réputation sulfureuse qui n’était apprécié ni par le dey Ali Khodja (qui allait mourir en février 1818), ni par Hussein Dey (qui lui succéderait), ni par les résidents européens d’Alger.

Plusieurs autres manquements de la France à sa parole donnée, par l’intermédiaire de son consul général, avaient fini par irriter Hussein Dey. Dont celui-ci… La France, qui avait obtenu la concession d’un entrepôt commercial, situé sur un point du littoral, à La Calle (à quelque 500 kilomètres à l’est d’Alger, à proximité de la frontière actuelle qui sépare l’Algérie de la Tunisie), l’avait fait fortifier en dépit de son engagement à ne pas le faire, transformant ainsi un emplacement destiné au négoce en place militaire ; engagement qui avait transité par Pierre Deval. L’affaire était grave : exprimant sa volonté d’avoir des explications à ce sujet, le dey ne recueillit du consul que des réponses évasives et du dédain. Le dey, ayant demandé au ministre des Affaires étrangères français le rappel de son consul, n’obtint que son maintien ; il rédigea une lettre qu’il adressa, cette fois, au roi Charles X en personne. Il était en attente de la réponse…

C’était au moment des fêtes du Baïram ou fêtes du sacrifice qui durent trois jours… Instituées par le prophète Mahomet, elles célèbrent le sacrifice d’Abraham ; elles correspondent aux cérémonies du pèlerinage qui ont lieu à La Mecque. Durant ces fêtes, chaque famille rend un hommage à ses morts ; les enfants, habillés de neuf, s’égaient en bandes joyeuses, accompagnant les danses des Noirs qui parcourent les rues de la ville.

En cette circonstance, le 30 avril 1827, le dey Hussein accordait une audience. Le consul français, Pierre Deval, crut bon de se joindre aux autres consuls pour, conformément aux usages, complimenter le dey, mais cette présence ne pouvait être ressentie que comme une provocation. Les louvoiements de ce consul retors, obséquieux, qui ne se souciait guère de hâter le remboursement de la dette de la France contractée à l’égard des fournisseurs aux armées, Bacri et Busnach, et, par ricochet, à l’égard du dey, et encore moins de fournir des réponses claires aux questions qui lui étaient posées… ce fut la goutte qui fit déborder la coupe.

3-le-coup-deventail-ou-de-chasse-mouche-du-dey-dalger-au-consul-de-france-fin-avril-1827
Le coup d’éventail ou de chasse-mouches ou de légende,
du dey d’Alger au consul de France,
fin avril 1827

L’insolence du consul fit sortir le dey d’Alger de ses gonds, ou, plutôt, le fit sauter de son divan. Hussein Dey s’approcha de Deval, et lui aurait donné un coup de chasse-mouches au visage, en lui indiquant la porte. « Coup d’éventail », dira l’histoire de France pour ménager les susceptibilités. Coup de chasse-mouches ou coup de légende ?

Françoise Petitdemange
29 octobre 2016

Suite : 4. D’abord, « un coup de Trafalgar »

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