Ce que valait une URSS débarrassée de sa cinquième colonne

Aujourd’hui que Lénine et ses successeurs sont réputés avoir fait cent millions de morts (nous tenons cela d’Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française), il est plus que difficile de se risquer à tresser des couronnes à Joseph Staline en particulier.

la cinquieme colonne

Si, comme nous l’avons vu précédemment, le journaliste spécialisé en histoire militaire, Boris Laurent, n’aime pas le mépris que les commentateurs occidentaux voue, dans leurs ouvrages, à l’Armée rouge telle qu’elle est apparue en 1941, il ne peut s’empêcher de chanter le couplet obligatoire pour qui veut trouver un éditeur et des relais dans la presse nationale… Ainsi, dès le début des combats…
« Staline, choqué par l’attaque allemande, disparaît et se terre. » (page 80)

Ou encore…
« Alors que Staline se terre durant les premiers jours de l’invasion, les généraux ne ménagent pas leur temps ni leurs efforts pour faire le point sur la situation et reprendre le contrôle. » (page 80)

Mais chez Boris Laurent, il y a aussi une certaine forme de naïveté…

S’il nous vante la couardise de Staline, il oublie qu’à la fin de la page 79 qui précède tout juste cette page 80 où il vient baver sur la mémoire d’un responsable politique qui en vaut bien d’autres, il a écrit :
« Le 23 juin [1941], le Commissariat à la guerre est activé sous la nouvelle nomenclature Stavka (Stavka Glavnogo Komandovaniia). Ce conseil de guerre est présidé par le Commissaire à la guerre Timochenko et comprend Staline, le commissaire aux Affaires étrangères Molotov, les généraux Joukov et Boudienny. »

Ce sera donc là que Staline sera venu se « terrer ».

Sans doute pour rejoindre des copains qui ne se réunissaient que pour boire de la vodka… et pour oublier.

Et comme, pendant les premiers jours, Staline n’a fait que pleurer toutes les larmes de son corps, il était assez logique que survînt bientôt ceci, qu’il devint le chef de cette belle équipe :
« Après une série de modifications, la Stavka est une nouvelle fois réorganisée le 8 août en haut commandement suprême (Stavka Verkhnogo Glavnokomandovaniia) avec Staline comme commandant en chef. En théorie, c’est le Comité d’État à la Défense (Gosudarstvenyi Komitet Oborony ou GKO) qui reste l’organe militaire le plus élevé. Le GKO est créé par Staline le 30 juin et ses décrets ont force de loi. » (pages 79-80)

Ce n’est donc qu’en présence des ronflements avinés du trouillard Staline que ceci se produisit :
« Dès le 24 juin [1941], le Comité d’État à la Défense crée un Conseil spécial pour l’évacuation afin de relocaliser les usines et les industries à l’est de l’Oural et en Sibérie. » (page 85)

D’où ce phénomène particulièrement lamentable sans doute :
« Au total, 1523 usines, dont 1360 pour l’armement, sont transférées de la Volga vers la Sibérie et l’Asie centrale entre juillet et novembre 1941. Près de 1,5 millions de wagons sont utilisés pour le transport. Il faudra un an pour que la production soviétique atteigne son maximum, mais à la fin de l’année 1941 et dans de nombreux cas, cette production sera supérieure à celle d’avant-guerre. » (page 86)

Il suffit de réfléchir une seconde à ce que cela implique du point de vue du choix des localisations, des décisions à faire passer dans la réalité à partir de quantités innombrables, et de l’affectation des moyens adéquats, pour imaginer l’invraisemblable panique dont Staline et ses copains de couardise ont dû faire preuve.

…en laissant toute la responsabilité aux pauvres généraux, puisque, comme nous l’avons lu : « Alors que Staline se terre durant les premiers jours de l’invasion, les généraux ne ménagent pas leur temps ni leurs efforts pour faire le point sur la situation et reprendre le contrôle.« 

Pour clore cette partie d’un débat que nous devons, en fait, à la couardise politique des dirigeants occidentaux de la fin des années 30 et de l’an 40, disons que Staline n’a pas agi autrement que la grande majorité des Soviétiques, et tout spécialement de ceux qui se sont trouvés au beau milieu du champ de bataille, et dont Boris Laurent nous dresse lui-même le portrait :
« Contrairement aux campagnes précédentes, durant lesquelles l’ennemi se rendait, l’Armée rouge se bat jusqu’à la dernière cartouche ou parvient à s’échapper et à se cacher dans les épaisses forêts avant de reprendre le combat. » (page 75)

Avec ce résultat, que la France aura été loin d’atteindre huit jours après l’attaque allemande du 10 mai 1940 :
« À la fin du mois de juin [1941], les généraux allemands constatent amèrement que l’Armée rouge est loin d’être annihilée. » (page 75)

Mais ceci n’est encore qu’une façon d’amortir le choc réellement subi par l’armée allemande au-delà des déplacements qu’elle a pu produire dans un espace soviétique dont elle ne faisait qu’entamer le bord. Laissons à Boris Laurent le loisir de nous en dire plus :
« Dans l’ensemble, la première phase de l’opération Barbarossa est un succès. La percée a été réalisée par les panzers lentement suivis par l’infanterie. Pour autant, cette première frappe n’a pas eu les résultats militaire et psychologique escomptés car l’État soviétique ne montre aucun signe d’effondrement et l’Armée rouge, malgré une situation globalement critique, a résisté jusqu’à la dernière cartouche. » (page 70)

Et ceci, bien sûr, alors que Staline a déjà sur les mains (cf. purges et autres gamineries) le sang de quelques millions de Soviétiques… et qui se « terre ».

Ainsi l’Armée rouge est-elle décidément bien faite, et le bolchevik de base bien naïf. N’empêche, du côté nazi on ne rigole pas vraiment. Boris Laurent lui-même en convient :
« L’inquiétude commence à gagner les généraux allemands d’autant plus que les pertes subies par la Wehrmacht, supportables sur le court terme, dépassent toutes les estimations. Ils sont nombreux à réaliser que cette guerre va demander de grands sacrifices. » (page 70)

Bien sûr, en face du couard et sanguinaire Staline, le soldat allemand se comporte avec toute la délicatesse qui convient à l’honnête homme européen de ce temps-là, comme à celui d’aujourd’hui qui a perdu ses yeux à trop se laisser accaparer par l’Holocauste. C’est Boris Laurent qui l’affirme bravement dès son évocation des combats de 1941 :
« Le génocide des juifs perpétré en Europe masque l’horreur des crimes commis contre les populations slaves en Union soviétique. Au moins trois millions de Russes, de Biélorusses et d’Ukrainiens sont envoyés en Allemagne comme travailleurs forcés. Ils y travaillent dans des conditions qui défient l’imagination par leur dureté et leur cruauté. Au moins 3.300.000 prisonniers de guerre soviétiques meurent de malnutrition, de maladies ou de mauvais traitements. » (pages 78-79)

Très peu, finalement… sur les 100 millions de morts du bilan soviétique selon… l’Académie française.

Michel J. Cuny

Clic suivant : Ne jamais citer Staline pour pouvoir toujours lui donner tort


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