Sionisme et mise au pas du travail

Ainsi que nous allons le voir dans ce dernier des quatorze articles que j’aurai consacrés au sionisme selon le livre L’État des Juifs publié à Vienne (Autriche) par Theodor Herzl, l’ensemble de ce projet politique est manifestement centré sur la mise au pas, souhaitée par la haute finance juive, des Juifs pauvres, par le biais d’une concentration géographique dans un lieu stratégiquement essentiel pour l’Empire britannique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe.

Pour autant qu’un pays se laisse définir par l’étendard derrière lequel il se range, le souhait formulé en la matière par Theodor Herzl me paraît être de la nature d’un aveu :
« Je pense à un drapeau blanc, avec sept étoiles d’or. La couleur blanche représente la nouvelle vie, une vie pure ; les étoiles sont les sept heures dorées de notre journée de travail. Car c’est sous le signe du travail que les Juifs se rendent dans le nouveau pays. » (page 96)

À l’époque où Theodor Herzl écrivait, une journée de travail de sept heures relevait d’un rêve plus ou moins fantastique. Bienheureux les ouvriers et les ouvrières si l’on avait pu leur dire qu’ils et elles ne travailleraient plus – pour certain(e)s Européen(ne)s, en tout cas – que huit heures par jour une vingtaine d’années plus tard, après que la première guerre mondiale aurait fait tous les dégâts que l’on sait.

S’exprimant comme il le fait, Theodor Herzl offre donc une sorte de paradis aux Juifs pauvres qui rejoindront la Palestine.

salariés agricoles

Mais ce sera pour ne rien gagner… pendant trois ans peut-être, le temps que, par un travail véritablement assidu et utilisé à construire leur propre maison, ils puissent en être réputés propriétaires. Répétons ce que Theodor Herzl nous a déjà dit :
« Nos ouvriers non qualifiés, qui viendront d’abord du grand réservoir russe et roumain, devront également se construire mutuellement leurs maisons. » (page 52)

Et encore ceci :
« Par leur travail, ils acquerront la propriété de leur maison, mais seulement après trois années de bonne conduite. » (pages 52-53)

Et enfin cela, qui débouche sur une question :
« J’ai dit que la Company n’aurait pas à payer ces unskilled [non qualifiés]. Certes, mais de quoi vivront-ils ? » (page 53)

Pas de salaire… pour les sept heures de travail, mais, annonce Theodor Herzl :
« Celui qui voudra travailler plus de sept heures sera payé en sursalaire. » (page 54)

Certes, il pourrait vouloir utiliser cet argent-là pour améliorer sa consommation… À quoi bon ? Et c’est ici que nous découvrons une partie de la face cachée du paradis des sept heures quotidiennes de travail. Nous n’y avons affaire qu’avec des miséreux. C’est ce que nous révèle la suite immédiate du propos de Theodor Herzl :
« Comme tous ses besoins auront été couverts et comme les membres de sa famille qui seraient incapables de travailler auront été pris en charge par les institutions de bienfaisance elles aussi transférées et centralisées dans le nouveau pays, il sera en mesure de faire des économies. » (page 54)

Le travailleur pourra-t-il échapper à l’éventuelle nécessité de transformer son sursalaire en économie ? Ce qui est sûr, c’est que les autorités ne le quitteront pas de l’œil sitôt qu’il envisagera de faire des heures supplémentaires, puisque, selon Theodor Herzl :
« Personne ne sera autorisé à travailler plus de trois heures supplémentaires et cela sans strict contrôle médical. » (page 54)

Mais pourquoi y aurait-il un tel risque à travailler plus de sept heures par jour ? C’est qu’il faut tout d’abord tenir compte de cette exclamation qui vient à la bouche de Theodor Herzl :
« La journée de sept heures ! De fait, elle permet des journées de travail de quatorze heures. On ne saurait pas en mettre plus en un jour. » (pages 53-54)

Allons bon ! Au-delà de deux équipes successives effectuant sept heures chacune, ne pourrait-on pas en mettre une troisième, ce qui couvrirait vingt et une heures d’une journée qui en compte vingt-quatre…

Si nous posons cette question, c’est que nous n’avons pas encore vraiment compris le sens du montage présenté ici par Theodor Herzl, de sorte qu’il n’y aurait rien de fou à penser avec lui ce paradoxe en système d’exploitation :
« Quelques sociologues d’avant-garde prétendent même que la journée de cinq heures serait parfaitement suffisante. » (page 54)

Huit heures, sept heures, cinq heures de travail par jour… La perspective est fascinante. Mais, au-delà de la durée du travail, il y a la question de son intensité. Et c’est ce que Theodor Herzl a parfaitement compris. Les sept heures affichées seront rendues bien plus intenses si on les découpe en deux tranches qui viendront s’imbriquer d’une équipe de travail dans l’équipe qui la double. Consultons Theodor Herzl :
« On travaillera quatorze heures. Mais les équipes de travail se relaieront toutes les trois heures et demie. » (page 53)

Ainsi la journée de travail de chacune des deux équipes s’étendra-t-elle sur dix heures et demie, tout en offrant, en son milieu, une pause de trois heures et demie, repos salutaire pour reprendre une cadence de champion… Theodor Herzl le remarque tout tranquillement :
« Un homme sain peut fournir pendant trois heures et demie un travail très concentré. Après trois heures et demie, une pause. Celle-ci sera consacrée au repos, à la famille, à la formation continue. Le voici à nouveau dispos pour le travail. Une main-d’œuvre de ce type peut accomplir des miracles. » (pages 53-54)

De sorte que, pour lui permettre d’en faire plus, il faudra exiger l’intervention du corps médical… À l’inverse, il ne saurait être question de laisser lambiner cette main-d’œuvre aux moments forts de sa journée de travail. Theodor Herzl nous aura prévenu(e)s :
« L’organisation sera toute militaire, avec des grades, de l’avancement et la retraite. » (page 53)

Quant aux éventuels sur-champions, c’est à l’accumulation du capital qu’ils travailleront avec leur sursalaire sous contrôle médical et de non-dépense quasiment obligatoire :
« Nous voulons encourager l’esprit d’épargne qui existe déjà chez les nôtres, parce qu’il favorise l’ascension sociale et parce qu’il permettra de constituer une réserve incroyable de capital pour des prêts futurs. » (page 54)

Agrippée, comme nous le voyons, la masse des travailleurs non-qualifiés pourra être livrée à un système de tri, de mise en condition et d’expédition scientifiquement organisé. Le brave Theodor Herzl nous en donne maintenant la formule :
« En outre la main-d’œuvre mise à la disposition des entrepreneurs sera centralisée. L’entrepreneur s’adressera au bureau central de placement : celui-ci ne percevra qu’une taxe nécessaire à assurer son fonctionnement. C’est ainsi que l’entrepreneur télégraphiera par exemple : j’ai besoin demain matin, pour trois jours, trois semaine ou trois mois, de cinq cents ouvriers non qualifiés. Ceux-ci, assemblés par la centrale, se présentent le lendemain à l’entreprise agricole ou industrielle. Le système si primitif des saisonniers saxons sera donc bien affiné et amélioré. » (page 66)

Salaire ? Pas salaire ? Nous ne le savons pas. Sans doute s’agira-t-il ici des « plus pauvres » qui n’auront pas été admis par le système de la construction d’un logis bien à eux… Seront-ils rémunérés en nature, comme ces saisonniers qu’ils sont encore manifestement eux-mêmes ?

N’empêche, l’affichage restera ce qu’il doit être, selon Theodor Herzl :
« Nous avons besoin de la journée de sept heures comme cri de ralliement à l’échelle mondiale pour notre peuple qui viendra librement. Cela sera inévitablement la terre promise. » (page 54)

À condition que certains, ailleurs, y aident en s’avisant de ne plus laisser, aux plus pauvres d’entre les Juifs, que ce qui engendre la « force motrice« , la « détresse » et le « désespoir« : l’antisémitisme.

C’est-à-dire : ce sur quoi Theodor Herzl nous a dit compter le plus…

Michel J. Cuny

Clic suivant : Guerres et finance juive, selon Hannah Arendt


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