Le sionisme garant du marché de l’immobilier au départ comme à l’arrivée

Dans L’État des juifs (1896), Theodor Herzl indique que la Jewish Company – la société par actions dont il recommande la création dès la mise en œuvre du projet sioniste – devra rassembler la somme de 1 milliard de marks. Que fera-t-elle de ce capital ?

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Elle s’en servira, tout d’abord, pour organiser le départ vers la Palestine des membres des couches moyennes qui devront se séparer de biens non transférables. Ainsi, annonce Theodor Herzl :
« La Company deviendra administratrice des biens abandonnés et attendra le moment favorable pour les ventes. Elle percevra des loyers, affermera les terres et, par souci de prudence, nommera des gérants, là où cela sera possible, également sous forme d’affermage. » (page 48)

Ces gérants ne pourront être juifs, l’objectif étant, au contraire, de libérer les Juifs du poids de la gestion de biens dont la valeur vénale devra se trouver transférée au-delà des mers, et ceci dans les meilleurs délais. Donc, s’agissant des « gérants » :
« Partout, la Company facilitera à ceux-ci – des chrétiens – l’achat des biens. » (page 48)

Selon l’état du marché, elle fixera les prix de transfert et les dates de cession, en évitant tout effondrement des prix, ce qui passe par un échelonnement raisonné des ventes, et par une bonne connaissance de l’immobilier en général dans tel ou tel pays donné d’où partiront les membres des couches moyennes juives. Par conséquent, ce sera, pour la Jewish Company, une occasion extrêmement intéressante d’être présente un peu partout dans les pays de départ, et plus particulièrement dans leurs différentes zones de richesse immobilière.

À ce compte-là, imagine Theodor Herzl :
« La Company sera même en mesure de consentir des pertes apparentes en prenant à son compte les biens non transférables des émigrants les plus pauvres ; car elle pourra ainsi obtenir, sans frais aucun, la mise en culture de certaines parcelles, ce qui augmentera la valeur des autres parcelles. » (page 59)

S’agissant des exploitations moyennes, la Jewish Company pourra jouer le rôle de passeuse. En effet, personne morale de long terme, elle dispose de tout le temps nécessaire… C’est-à-dire qu’elle est maîtresse du crédit, et qu’elle peut transférer sa garantie par-delà les années, mais aussi par-delà les espaces. Par conséquent, grâce à sa médiation, et ainsi que Theodor Herzl s’en est fait l’écho :
« Le Juif qui part ne perd pas son crédit personnel : il l’emporte avec lui et pourra l’utiliser, dans le nouveau pays, pour son installation. La Jewish Company lui ouvrira un compte courant. Il pourra vendre librement son affaire actuelle. Il pourra également la mettre en gérance, sous le contrôle de la Company. Le gérant pourra être affermataire. Il pourra aussi acheter progressivement l’affaire. Par ses contrôleurs et ses avocats, la Company veillera à la bonne administration de l’affaire. Elle veillera aussi à la régularité des paiements. » (pages 59-60)

Comme on le voit, le capital se trouve ainsi doté d’une permanence et d’une sorte d’ubiquité qui devraient trouver à se rémunérer dans le système de production de la valeur économique… Comptons que Theodor Herzl ne tardera pas à y venir.

En attendant, laissons-le développer son explication des modalités de transfert d’un capital commercial…
« […] voici un exemple : la maison X est une importante affaire de modes. Le propriétaire veut émigrer. Il commence par créer une filiale là où il compte s’installer. Il y envoie sa marchandise démodée. Les premiers émigrants, les plus pauvres, formeront sa première clientèle. » (page 60)

C’est que, partout et toujours, les « plus pauvres » sont décidément la providence… du capital. Poursuivons :
« Peu à peu, arrivent de nouveaux immigrants, qui désireront des marchandises de qualité supérieure. X envoie des articles nouveaux, jusqu’à ce qu’il expédie les articles les plus modernes. » (page 60)

Le relais de croissance habituel a été trouvé : la consommation de la classe moyenne…

Or, la bascule obtenue du côté de la clientèle va se répercuter du côté des titulaires successifs du capital commercial correspondant, un peu à la façon de la fable du corbeau et du renard… Il semble bien que Theodor Herzl s’en amuse sans tout à fait le dire :
« La filiale est déjà prospère, alors que la maison principale subsiste encore. X a désormais deux magasins. Il vendra l’ancienne maison ou bien il la remet en gérance à un chrétien, lui-même part pour diriger sa nouvelle affaire. » (page 60)

Le même jeu de rôles pourra s’opérer en synergie avec les autorités politiques des pays de départ. Theodor Herzl y a songé :
« Dans sa sphère d’activité, la Jewish Company sera également en mesure d’offrir des avantages directs aux États. Partout, il sera possible d’assurer aux gouvernements la vente des biens abandonnés par les Juifs à des prix avantageux. À leur tour, les gouvernements pourront utiliser le montant de ces expropriations massives à l’amiable, pour introduire des améliorations sociales. » (page 62)

À chacun ses pauvres : la solidarité des puissants pourra même servir à assurer la fluidité internationale des capitaux…

Prenons maintenant une vue d’ensemble de la manœuvre immobilière de dimension planétaire – mais aussi tout particulièrement européenne – au centre de laquelle va régner, pour des décennies vraisemblablement, la Jewish Company, société par actions de droit britannique. Ce panorama nous est offert par Theodor Herzl :
« Les affaires immobilières qu’il faut prendre en considération sont les maisons, les biens fonciers et les clientèles locales des magasins. Au début, la Jewish Company se contentera de se déclarer prête à servir d’intermédiaire pour la vente de ces biens immobiliers. En effet, dans un premier temps, les ventes auront lieu librement, sans grande chute des prix. Dans chaque ville, les bureaux de la Company constitueront la centrale de vente des biens immobiliers juifs. Les bureaux ne prélèveront qu’une simple commission leur permettant d’assurer leur fonctionnement. » (page 48)

C’est que la prudence s’impose : rien ne permet encore de savoir à quel rythme les départs vont se faire, ni ce que sera le niveau de richesse des différentes catégories de partants. La spéculation peut même choisir de s’engouffrer dans cette affaire qui trouverait alors à se dynamiser pour peu que l’on en profite pour chatouiller l’antisémitisme, ou pour se faire chatouiller par lui… Le marché de l’immobilier pourrait s’effondrer très vite, ruinant du même coup les partants, et nuisant terriblement aux engagements déjà pris par la Jewish Company

Certainement, personne ne sera étonné de découvrir que Theodor Herzl a pensé à cela aussi. Écoutons-le :
« Dans toutes ses institutions européennes, la Company prendra soin de mettre en place des employés et des représentants (avocats, etc.) chrétiens, tout en évitant que ceux-ci ne deviennent les serviteurs des Juifs. Ils tiendront lieu d’autorité de contrôle de la population chrétienne, afin de constater que tout se passe correctement, en toute bonne foi, et que nulle part il ne soit porté atteinte au bien-être de la population. » (page 48)

Mais, une fois nos arrières assurées, à nous autres de la haute finance, voici que s’offrent le vent du large et la grande aventure, celle dont Theodor Herzl aura été l’annonciateur plus qu’avisé :
« En même temps, la Company apparaîtra comme acheteuse de biens, ou plutôt elle procédera à des échanges. Elle donnera une maison pour une maison, un bien pour un bien, tout cela là-bas [c’est Theodor Herzl qui souligne]. C’est là que la Company voit s’ouvrir devant elle une importante source de bénéfices, parfaitement licites. Là-bas [il souligne encore], elle donnera des maisons plus belles, plus modernes, dotées de tout le confort ; elle donnera de meilleures terres : le tout à des prix plus avantageux, puisqu’elle aura pu acheter à bon marché. » (page 49)

Tout ceci, sous une seule condition : que le travail local des « plus pauvres » se montre à la hauteur des capitaux qui vont lui tomber sur l’échine. Ce que Theodor Herzl n’a surtout pas perdu de vue… Bien sûr.

Michel J. Cuny

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