Sionisme et pouvoir d’achat des uns et des autres

Nous l’avons vu dans L’État des Juifs de Theodor Herzl dont la publication remonte à 1896, en Palestine tout devait commencer par les Juifs les plus pauvres, mais tout devait aussi être organisé de façon à ce qu’un vrai marché s’établisse au plus vite. La haute finance judéo-britannique impliquée dans la société par actions de droit britannique dite Jewish Company envisageait d’obtenir, dès que possible – et ce serait tout de même assez loin dans le temps – ces fruits auxquels les risques qu’elle prenait lui donnaient, selon Theodor Herzl un droit certain : « les énormes gains résultant de la spéculation foncière« , chose possible pour autant seulement qu’on n’en resterait pas à l’afflux, en Palestine, des pauvres d’entre les pauvres…

pieces de monnaie

C’est pourquoi, nous explique Theodor Herzl :
« Je n’imagine nullement les tristes casernes ouvrières des villes européennes, pas plus que les misérables cabanes qui entourent les usines. Nos habitations ouvrières devront certes être bâties sur un modèle uniforme, parce que la Company ne peut construire qu’à bon marché si elle veut produire les matériaux en grande quantité. Mais les maisons individuelles avec leurs petits jardins devront partout former de beaux ensembles. » (page 51)

Ensuite, si les « plus pauvres » sont là, dès le début ils sont accompagnés, à raison de un pour dix, par des membres du service d’ordre qui compterait parmi eux les états-majors nécessaires, élite à laquelle s’ajouteront les responsables locaux de l’État provisoire, la Society of Jews, et de la société par actions commanditaire du tout : la Jewish Company.

Or, souligne Theodor Herzl :
« Les besoins plus raffinés des hauts fonctionnaires engendreront un marché adéquat qui croîtra progressivement. » (page 57)

Mais, au tout début, la dynamique pourrait avoir un caractère familial, ce qui ne serait déjà pas si mal, remarque-t-il :
« C’est d’ailleurs le mouvement que l’on constate actuellement chez les Juifs qui émigrent aux États-Unis. Dès qu’un immigrant est en mesure d’assurer sa subsistance, il fait venir sa famille. » (page 57)

S’il serait malvenu de décourager l’ardeur au travail des « plus pauvres » en les aidant prématurément à assurer la survie de leurs proches, les individus qui seront directement au service de la Company auront droit à quelques subsides supplémentaires :
« Les employés percevront des allocations familiales. Nous avons besoin de gens qui sont déjà là, de tous ceux qui suivront. » (pages 57-58)
… et qui, sans produire eux-mêmes de la valeur économique, aideront à faire croître la consommation de la classe moyenne, et donc le marché des biens et des services.

Il faut donc distinguer la situation des « plus pauvres » et celle des consommateurs. Si le pouvoir d’achat des premiers ne peut qu’être limité par la nécessaire faiblesse de leur rémunération, et si donc il leur faut disposer de produits de faible valeur, à l’inverse la classe moyenne doit pouvoir trouver un intérêt majeur à consommer des produits dignes de son rang social et de ses appétits diversifiés… Ce qui vaudra également pour les habitations occupées, les unes par les plus pauvres, les autres par les titulaires de revenus moyens.

D’où la question que pose Theodor Herzl :
« La Company construira-t-elle elle-même ou bien en confiera-t-elle le soin à des architectes privés ? Elle peut et doit avoir recours aux deux formules. Comme je vais le montrer, elle dispose d’une grande réserve de main-d’œuvre. Celle-ci ne doit pas être livrée à l’exploitation capitaliste, elle doit vivre dans des conditions heureuses et malgré tout elle ne sera pas chère. » (page 51)

Il faut donc, d’une part, lui assurer un logis – qu’elle se construira elle-même et sur un sol qu’elle louera -, mais un logis assuré de qualités de conception minimales mais satisfaisantes. Ici, la Company emploiera ses propres architectes. Mais il faudra aussi, à ceux-ci, assurer la venue intéressée de couches plus favorisées de la population juive d’Europe ou d’ailleurs. Voici pourquoi, selon Theodor Herzl :
« La Company fera également construire des maisons pour les bourgeois, par ses architectes : soit à titre d’échange, soit moyennant paiement. » (page 58)

Laissons tout d’abord de côté le fait de savoir sur quoi portera l’éventuel échange, et développons l’idée que poursuit l’esprit inventif de Theodor Herzl :
« Ces modèles seront coquets et serviront en même temps de propagande. Chaque maison aura son prix bien établi : la qualité de la finition sera garantie par la Company, celle-ci ne cherchant pas à faire des bénéfices dans la construction. » (page 58)

En effet, nous le savons, ce que vise cette haute finance qui intéresse tant Theodor Herzl, c’est, à la fois, la rente foncière et les plus-values immobilières… qui entraînent, derrière elles, la grande spéculation internationale. C’est lui-même qui nous le dit :
« Puisque la Company ne veut pas faire de bénéfices dans la construction mais seulement dans la vente des terres, il n’en est que plus souhaitable qu’un très grand nombre d’architectes travaillent pour les particuliers. Cela fait augmenter la valeur des terrains, cela fera venir du luxe dans le nouveau pays. Or, pour de nombreuses raisons, nous avons besoin de luxe. Il nous faut du luxe pour l’art, pour l’industrie et plus tard pour absorber les grandes fortunes. » (page 98)
…qui, elles-mêmes, font face à un antisémitisme qui leur est tout à fait spécifique :
« Oui, les Juifs riches, qui doivent craintivement cacher leurs richesses, qui doivent donner leurs tristes fêtes cachés derrière leurs rideaux, pourront enfin librement jouir de leurs biens. » (page 58)

Habitations modestes, habitations coquettes, demeures bourgeoises, et puis, et puis…
« Si les Juifs les plus riches se mettent à construire leurs châteaux dans notre nouveau pays alors qu’ils sont actuellement si jalousés en Europe, très vite, la mode s’établira de se faire construire de somptueuses demeures. » (page 58)

Ce qui rajoutera une couche à la spéculation foncière et immobilière concernant ces gros morceaux qui – à la semblance des tableaux de maîtres – ne peuvent être acquis que par les plus gros adhérents de la haute finance… accrochée à ses spirales apparemment sans fin.

Il ne va donc falloir manquer aucune étape… De la première à la dernière, Society of Jews et Jewish Company vont devoir veiller au grain et ouvrir grands les yeux sur les lointains. Ainsi, selon Theodor Herzl :
« […] pour les milieux élégants, tout doit être possible. En effet, on se sera mis d’accord bien longtemps à l’avance, puisque dans les meilleurs des cas il se passera des années avant que le mouvement ne gagne les classes possédantes : les personnes fortunées formeront des groupes de voyage. On partira avec ses connaissances personnelles. » (page 72)

Pour le reste, Theodor Herzl n’en doute pas :
« Les rabbins seront les premiers à nous comprendre et à s’enthousiasmer pour notre cause. Ils enflammeront les fidèles du haut de leur chaire. » (page 73)

Tandis que les antisémites…

Michel J. Cuny

Clic suivant : Le sionisme garant du marché de l’immobilier au départ comme à l’arrivée 


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