Sionisme et spéculation foncière et immobilière

Selon L’État des Juifs publié en 1896 par Theodor Herzl, le sol sur lequel les Juifs pauvres pourront construire eux-mêmes leur maison en Palestine appartiendra, dès le départ, à la société par actions de droit britannique : Jewish Company. De plus, celle-ci gérera, en régie directe, toutes les modalités techniques de la construction elle-même, et pourra se dispenser de salarier les travailleurs puisque ceux-ci seront ainsi occupés à préparer un abri pour eux-mêmes et leurs familles, tout en ne faisant que louer un sol qui restera propriété de la haute finance…

constructions

Que la technique de construction, les travaux d’architecture, etc., soient aux mains de la Jewish Company, cela aura un intérêt majeur que Theodor Herzl souligne aussitôt :
« Pour construire des maisons, nous ne planterons pas des pauvres huttes au bord de la mer. Nous construirons comme on le fait aujourd’hui. Nous construirons de façon plus hardie et plus grandiose que ce qui se fait jusqu’à présent. Car nous disposons de moyens qui n’ont jamais existé jusqu’à maintenant. » (page 43)

C’est qu’il faut distinguer les tout premiers temps de l’installation en Palestine, et ce qui pourra résulter – ensuite et dès que possible – d’une hausse de la productivité du travail et d’une hausse qualitative du produit fini. Au début, il y a du troc, des outils rudimentaires et des travailleurs non-qualifiés. Mais, aussi rapidement que possible, tout changera, sans quoi ni la rente foncière, ni la rente immobilière n’atteindraient les sommets espérés par la Jewish Company

Dès la seconde étape – c’est-à-dire dès que ceux qui voudront construire ne seront plus ni les anciens mendiants, ni les plus pauvres d’entre les Juifs, mais des individus disposant de salaires –, le processus de construction sera tout différent. Suivons, sur ce thème, le propos de Theodor Herzl :
« La Company cédera à ses employés des terrains à construire à bas prix et elle leur accordera des prêts amortissables pour la construction de maisons agréables. Elle se remboursera en opérant des retenues sur les salaires, à moins qu’elle ne les porte en compte peu à peu. Cela constituera une manière de rétribution pour leurs services, à côté des honneurs qui leur sont dus. » (page 50)

Les honneurs ?… À quel titre ? Peut-être pour être remontés de très bas…

À moins que ce ne soit l’honneur de s’être fait méchamment avoir… En tout cas, voici la phrase qui suit immédiatement celle que je viens de citer :
« Les énormes gains résultant de la spéculation foncière reviendront à la Company, parce qu’elle doit être rétribuée pour les risques encourus, comme n’importe quelle entreprise privée. Là où il y a des risques dans l’entreprise, il y a lieu d’encourager le bénéfice de l’entrepreneur. La corrélation entre risque et bénéfice constitue la moralité financière de cette affaire. » (pages 49-50)

Cette affaire… Mais quelle affaire ?… Le sionisme ?… Ce sionisme qui ne pourra réussir que si la « force motrice« , la « détresse« , le « désespoir » engendrés par l’antisémitisme sont suffisamment forts ?…

Le « risque » ? Oui, le « risque » couru par tout un peuple !… Voilà donc la source qui doit pouvoir engendrer, selon Theodor Herzl et la haute finance judéo-britannique, ces « énormes gains résultant de la spéculation foncière » en Palestine

Et pas que foncière… Immobilière, également… La seconde servant à dynamiser la première. C’est Theodor Herzl qui nous l’explique tout tranquillement :
« La Company s’adonnera donc à l’échange des maisons et des biens. C’est de là qu’elle retirera ses gains. Cela est évident pour quiconque a pu observer comment la plus-value foncière est gérée par les aménagements du monde civilisé. On s’en rend compte dans le cas des enclaves dans les villes et les campagnes. Les parcelles non construites augmentent de valeur au fur et à mesure que la civilisation s’étend autour d’elles. » (page 50)

On se souvient que Theodor Herzl est allé chercher son modèle d’ »assistance par le travail » à Paris… Manifestement, il n’y a pas vu que cela…
« Une spéculation géniale dans sa simplicité a été conçue lors de l’extension de la ville de Paris : en effet, les nouveaux bâtiments n’ont pas été ajoutés immédiatement à proximité des dernières maisons de la ville, mais au contraire, les terrains avoisinants ont été achetés et la construction a commencé à partir d’une couronne extérieure. » (page 51)

Tandis que les terrains concernés restaient en friche… Vicieuse, la haute finance…
« Cette manière d’agir, selon une logique inversée, n’a pas manqué de provoquer une plus-value très forte et très rapide des parcelles : au lieu de construire à la limite extérieure de la ville, une fois la couronne achevée, ils se trouvèrent pouvoir édifier des immeubles en plein centre, c’est-à-dire sur des terrains de bien plus grande valeur. » (page 51)

Encore faudrait-il que, comme à Paris, la population s’accroisse assez rapidement dans d’importantes proportions, et qu’il ne s’y trouve pas que des très pauvres…

Mais Theodor Herzl le sait, bien sûr, mieux que quiconque…

Après le troc, après les vêtements modestes mais neufs, après les travaux non qualifiés, après les habitations construites sur mesure pour les plus pauvres, les temps vont bientôt changer. Theodor Herzl n’en doute pas. Et il en doute d’autant moins que, là aussi, il compte sur l’antisémitisme européen, voire mondial :
« Les classes moyennes seront entraînées dans le nouveau pays, bon gré mal gré. Les uns auront là-bas leurs fils comme fonctionnaires de la Society ou employés de la Company. Les juristes, les médecins, les techniciens de toutes branches, les jeunes commerçants, tous les Juifs qui cherchent leur voie partout dans le monde, fuyant l’oppression dans leurs patries respectives, se rassembleront sur cette terre d’espérance. » (page 76)

Ce qui leur évitera, entre autres malheurs, d’avoir à devenir les sous-officiers du socialisme.

Or, chance à ne pas négliger, insiste Theodor Herzl :
« Dans la classe moyenne, chaque émigrant en attire d’autres. » (page 76)

Mais s’il faut ouvrir la voie aux classes moyennes, comment passer du troc au marché ? Et comment obtenir qu’arrivent leurs premières cohortes ?

Sur le premier point, Theodor Herzl répond de la façon suivante :
« Le travail que nous installerons dans le nouveau pays nous permettra d’y développer un marché. » (page 57)

Tout doit donc partir du travail lui-même, et non pas du capital. Si le travail est pertinent dans le contexte local, s’il est correctement conduit et effectué, il ne pourra que se traduire peu à peu par des échanges monétaires… La monnaie est en effet la mesure du travail. Mais gare aux emballements ! D’où les précautions qu’annonce Theodor Herzl :
« Nous commencerons par acheter dans les États voisins ou en Europe, mais nous veillerons à devenir autonomes le plus vite possible. » (page 57)

Quant aux précurseurs de la classe moyenne, ils devraient d’abord apparaître au sein même des tâcherons employés sur place par la Jewish Company, mais surtout parmi les membres du service d’ordre…
« Peu à peu, les nombreux employés de la Company feront apparaître de nouveaux besoins, plus raffinés (je compte parmi ces employés les officiers des troupes de protection qui devront toujours compter au moins un dixième des émigrants de sexe masculin. Cela devrait suffire à contenir les éventuelles mutineries des éléments perturbateurs. » (page 57)

« Mutineries » !… Pas sûr, effectivement, que tous ces braves gens se croient aussitôt arrivés dans un quelconque paradis. Mais à un pour dix… le risque paraît assez bien couvert. La Jewish Company sera décidément toute en muscles.

Michel J. Cuny

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